Quand il est temps de partir

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C'est un vieux brouillon que je fais remonter aujourd'hui. Les quelques idées que j'y avais jetées n'avaient jamais pris forme jusque-là. Deux petites choses m'ont pourtant incitée à faire de l'archéologie. La première, c'est un ensemble de discussions étalées sur plusieurs mois avec un ami libertin sur lesquelles je reviendrai amplement dans la deuxième partie de ce post. La seconde, c'est ce billet sur Gleeden publié sur le blog Le Fil du rasoir. J'ai immédiatement fait suivre l'article à l'ami libertin susmentionné qui m'a tout de suite répondu : "J'aurais pu l'écrire celui-là." Tu m'étonnes, John !

Petit retour en arrière. 

J'ai tiré une croix sur les sites de rencontre libertins en février 2018. Je n'y trouvais plus vraiment mon bonheur ; il était temps de partir. J'y ai eu une présence assidue pendant 4 ans et il se sera écoulé huit mois entre la dernière rencontre en demi-teinte et le moment de la suppression définitive de mon compte. Mon excuse pour rester, c'était que je voulais garder contact avec quelques personnes ; je continuais également à cultiver le mince espoir de tomber sur quelqu'un qui me ferait sortir de ma léthargie libidinale sur ce site. Plus officieusement et pour être tout à fait honnête, bien sûr que j'étais à l'affût de ma boite de réception, de la liste des favoris en ligne et du petit dwuling annonçant un message sur le chat. Et encore plus officieusement, il planait sur moi une dernière injonction : si je n'étais plus inscrite, si je ne rencontrais plus, alors je n'étais plus libertine. J'avais résolu mon dilemme dans ce post ; aujourd'hui, je ne remets plus en question le fait que j'ai toujours été une libertine dans l'âme, avant même de savoir ce que c'était, et que je vais le rester encore longtemps, à moins de rentrer dans les ordres sur un coup de tête. Au final, ce furent huit longs mois à supporter les "CC ça va" et les accroches sans recherche. J'ai fini par comprendre et accepter que ce fonctionnement ne me convenait plus, surtout dans la mesure où j'avais déjà un petit cercle libertin mobilisable selon les envies de chacun et un amant top notch. La nature ayant horreur du vide, j'ai vite trouvé des activités de substitution et je n'ai jamais regretté mon départ. Les gens qui comptent ont mon adresse mail de toute façon. Si un jour, certaines envies refont surface dans mon bas ventre et dans ma tête, ce site ou d'autres seront toujours là. Reste à savoir ce qui j'y redécouvrirai, mais la question ne se pose pas pour le moment.

Il y a trois ans, j'avais moi-même essayé de dresser un portrait des femmes présentes sur les sites de rencontre libertins, d'une part en me basant sur les retours de mes contacts masculins, d'autre part grâce à ma propre expérience de recherche de femme seule. Ce n'était pas toujours glorieux et j'avais déjà bien conscience que le comportement des uns n'était que trop souvent une réaction au comportement des autres. J'ai retrouvé un certain nombre de ces constats dans l'article sur Gleeden plus haut. Comme quoi, il y a des choses qui ne changent pas quelque soit le lieu virtuel de rencontre.

Durant tout ce temps passé en ligne à discuter avec les uns et les autres, j'ai croisé tout un tas de profils d'hommes très différents pour qui le libertinage était ou devenait un poids pour diverses raisons. Mon intention n'est pas de dresser une liste exhaustive, ce sont juste quelques exemples parmi ceux qui me reviennent à l'esprit quand j'y repense.

Il y avait donc ceux qui comprenaient assez vite qu'ils n'avaient pas leur place sur ces sites et qui ne restaient pas, soit parce que la concurrence était trop rude, soit parce que leur confiance en eux n'était pas bonne ou était mise à mal, soit parce que les premières désillusions arrivaient très vite. Toutes ces femmes, toutes ces fiches aguichantes, tous ces messages lus sans réponse. S'inscrire et payer pour accéder à du sexe facile, c'était tentant ; au pire, ils pourraient toujours se contenter d'un peu de chaleur humaine, d'un fantasme, de virtuel. Dans les faits, ils découvraient vite que ces sites étaient des miroirs aux alouettes avec un modèle économique bien pensé et que tout le monde ne trouve pas chaussure à son pied. Ils avaient une réaction radicale mais finalement salutaire : supprimer ou abandonner leur fiche.

L'impression reste encore aujourd'hui étrange, mais je sais que j'ai été la source de désillusion pour quelques-uns. Des gens avec qui j'ai sympathisé, avec qui les conversations étaient intéressantes, j'ai même parfois pris des cafés juste pour le plaisir de les voir en vrai. J'ai alors éprouvé toute la difficulté de discuter simplement sur un site libertin. Dans la mesure où je m'efforçais de ne pas être ambiguë dans mes intentions, mais que je ne pouvais pas non plus être tenue responsable des projections des autres, j'ai fini par m'habituer au silence radio du jour au lendemain et j'ai fait en sorte de ne jamais me laisser trop atteindre par la déception de mes interlocuteurs.

À l'opposé, il y avait les entêtés qui ont l'irritabilité des gens accros, sont impatients et qui en ont marre mais qui persistent. Certains avaient éclusé des dizaines et des dizaines de sites et ne comprenaient pas comment, en déboursant parfois jusqu'à 90 € par mois, ça ne fonctionnait toujours pas pour eux, alors qu'ils ne faisaient que trimballer leur aigreur et leur frustration avec eux. Un en particulier m'a particulièrement marquée, je pense même l'avoir déjà évoqué ailleurs sur ce blog. Il y avait tant de colère, tant de sentiments négatifs macérés qu'il était évident qu'il ne trouverait jamais. Son état d'esprit n'était plus à la rencontre, mais à la revendication des injustices qu'il vivait au quotidien sur ces sites. Je ne lui ai même pas suggéré l'idée de passer à autre chose, il était décidé à démontrer au monde entier qu'il avait raison. J'ai fait en sorte de couper court rapidement.

J'aime bien dire que c'est quand on ne cherche pas qu'on trouve. Autrement dit : c'est quand on s'y attend le moins que ça nous tombe dessus. Conseil un peu facile, je vous l'accorde. Le hic, c'est que, sur un site de rencontre, il faut savoir faire preuve de patience, avoir du temps, compter parfois sur un gros coup de bol et consentir à un investissement financier parfois non négligeable qui potentiellement n'aboutira à rien. C'est d'ailleurs ce que semble avoir bien intégré l'auteur du Fil du rasoir. Il va et vient au gré des envies sans trop attendre du lieu, mais tout en sachant ce qu'il peut y trouver aussi.

J'ai heureusement aussi croisé des personnes comme lui qui ont toujours su garder la distance nécessaire ou su faire des pauses quand ils sentaient qu'ils en avaient besoin ou tout simplement quand ils n'avaient pas envie de rencontrer. J'étais souvent amusé d'en voir certains disparaitre pendant trois mois, repointer le bout de leur nez et venir me donner des nouvelles comme si de rien n'était et redisparaitre dans la foulée. Que la légèreté est plaisante quand elle n'est pas feinte :) Ce sont finalement des gens de cette catégorie avec lesquels je suis restée en contact hors site.

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Aujourd'hui. 

J'ai bien conscience que le début de ce post n'est pas très vendeur, il est même suffisamment négatif pour être décourageant. Pour contrebalancer, je sais, avec le recul, que, sans cette expérience, je n'en serais pas là où j'en suis aujourd'hui, c'est à dire particulièrement épanouie. Mon retour est donc plus que positif et, finalement, j'ai su partir à temps (Bon, OK, avec un petit temps de retard quand même.) Je sais qu'homme comme femme, nous sommes un certain nombre à y trouver notre bonheur.

Il est difficile pour moi de savoir comment le microcosme des sites de rencontre libertins (ou pas) a évolué en quelques mois puisque je n'y suis plus. Les échos que j'en ai sont contradictoires : pour les uns, les choses ne changent pas, pour les autres, les comportements irrespectueux empirent. J'essaye de ne pas oublier que ces impressions dépendent beaucoup de l'état d'esprit de la personne à qui je parle, du temps qu'elle passe sur ces sites, de sa longévité dans le milieu et surtout de ce qu'elle recherche vraiment. J'ai néanmoins la sensation que plus on y reste dans l'optique de trouver quelque chose de très précis, plus on y consacre du temps sans prendre le temps de s'aérer l'esprit, plus on s'abîme.

Revenons maintenant à John, mon ami libertin mentionné plus haut, car il illustre bien mon propos.

John est en fait le premier libertin que j'ai rencontré il y a presque cinq ans. Nous avons navigué ensemble pendant presque six mois et nous n'avons jamais perdu contact même quand nous avons cessé de coucher ensemble. Nous avons continué à nous tenir mutuellement au courant de nos évolutions respectives dans le libertinage, et dans le polyamour pour ma part. Au fil des derniers mois, j'ai néanmoins senti qu'il y avait de plus en plus de petites ombres qui s'imposaient dans son libertinage. Ce qui, le concernant, était plutôt étonnant. Il accumulait les lapins, les vents, les ghostings, les déconvenues, etc., et, ce, quelque soit le site de rencontre fréquenté (il jongle avec au moins trois différents, libertins ou classiques). La tendance était donc générale. Là, il est bon de préciser que c'est quelqu'un qui d'ordinaire n'a pas trop de problèmes à engager la conversation et à attirer l'attention de potentielles partenaires. Il fait d'ailleurs partie de ces hommes seuls qui peuvent aller en club et ne pas repartir brocouille (comme on dit dans le Bouchonnois). Il se passait visiblement quelque chose que je n'arrivais pas vraiment à définir. Cela venait-il de lui, des autres, d'autre chose ou de tout en même temps ?

Puis arriva la goutte d'eau. Suite à la disparition du jour au lendemain de la fiche d'une de ses futures potentielles rencontres (que je soupçonne d'avoir flippé ou de s'être fait pincer), il a fini par lâcher un : "En tout cas, je suis écœuré une fois de plus. Je les accumule depuis le début de l'année". Tout ce que j'ai trouvé à lui dire, c'est que je n'avais pas envie de le voir se transformer en libertin aigri comme j'en avais croisé trop souvent par le passé et qu'il devenait vraiment nécessaire, cette fois, de faire une pause à durée indéterminée pour prendre du recul et y voir plus clair avant d'être totalement dégouté ou blasé. Il a reconnu qu'il sentait effectivement l'aigreur s'installer. Mais j'ai bien compris aussi qu'il ne bougerait pas, pas encore en tout cas. Il sait qu'il est accro à ces sites et qu'il est pris au piège. Je ne peux pas y faire grand-chose à part me répéter, même si ça me touche forcément plus dans son cas. Voilà néanmoins comment j'analyse la situation.

Pendant des années (sept ou huit), John a navigué d'un site à un autre et séduisait toujours quelques femmes ou couples au passage. Bref, il avait du succès. Mais, comme assez souvent finalement dans le parcours libertin, il en est venu à espérer une relation suivie avec le ou la partenaire qui ferait un bout de chemin avec lui pour explorer des choses que le solo ou la rencontre sans lendemain ne permettent pas. Je ne parle même pas de relations amoureuses, mais juste d'atomes crochus très fort. Je peux en témoigner, trouver des partenaires particuliers change la donne et ça a un impact direct sur la façon dont on envisage les nouvelles rencontres ensuite, surtout si on s'attache à la tête plus qu'au corps. Pour moi, ça a signé l'arrêt de mort de mon profil coquin. J'ai enchainé trop de belles rencontres qui m'ont rendue plus exigeante avec le temps et, surtout, mon énergie est devenue soudain encore plus précieuse. Cette énergie a toute son importance ici.

Pour John, je n'étais pas la première ni la dernière, mais ma rencontre avec lui fait partie de celles qui lui ont fait miroiter ce que peut être une relation suivie construite dans la durée. Sauf qu'à chaque fois, ça n'a pas marché (y compris avec moi) et qu'il lui a fallu recommencer encore et encore. Et surtout y croire à chaque fois parce qu'il faut bien s'investir un minimum pour que ça fonctionne. Forcément, il y a un moment où se crée une spirale descendante. L'envie forte de LA rencontre est très présente, à la limite de l'obsession car le reste n'a plus beaucoup de saveur, mais l'énergie qu'on peut encore consacrer à sa recherche s'amenuise, car on garde toujours dans un coin de la tête que ce sera vraisemblablement un nouvel échec, et la réalité vient rappeler que l'on n'est plus tout à fait dans le bon état d'esprit, mais on force quand même les choses. Y croire en boucle devient coûteux en énergie et source de déception. Si l'on rajoute à cela le consumérisme sexuel de plus en plus prégnant alentour et le fait que les gens sont incapables de se comporter sur le net comme ils se comporteraient dans la vraie vie, et voilà comment un site de rencontre où l'on venait prendre du bon temps peut finir par avoir un impact négatif sur les plus aguerris des libertins.

Il est fort probable qu'à la longue, il s'installe en plus une forme de lassitude. Une fois qu'on a compris comment tout ça fonctionne, qui est la population présente, et que l'on a contacté toutes les personnes avec qui ça aurait pu coller, que reste-t-il ? À part l'espoir de voir apparaitre la perle rare parmi les nouvelles inscriptions ? C'est ce qui retient John pour le moment, il refuse de tirer un trait sur tout ça et d'affronter le vide que cela laissera dans sa vie pendant un temps. Pourtant, ce n'est pas faute de lui avoir conseillé de prendre un livre, faire du tricot, s'entrainer pour le marathon de Paris, voir des amis, faire du yoga, s'inscrire sur On va sortir, etc. Ce n'est pas ça qui le rendra moins libertin d'un coup. Au contraire, c'est cet arrêt qui lui permettre sans doute de retrouver la légèreté qui rend le libertinage si plaisant.

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Lu ailleurs #30


  • Les femmes doivent apprendre à draguer, et les hommes à se laisser draguer : Fiona Schmidt semble bien en phase avec les écrits de Belinda Cannone. Je dis juste : "Pas mieux !"
  • Clergé catholique : le bien et le mâle : Un podcast des Couilles sur la table qui m'a fait tomber de ma chaise tant j'ai été bousculée par des évidences qui étaient pourtant sous mon nez. D'un autre côté, je ne m'étais jamais vraiment posé de questions à ce sujet. Je recommande néanmoins un film qui n'est pas cité dans ce podcast, mais qui m'a profondément marquée lors de sa sortie : Priest d'Antonia Bird.
  • "La nouvelle actrice, c'est le fioul du porno" : Des fois qu'on ne saurait pas déjà que "Jacquie et Michel", c'est de la merde.
  • Prélèvement spermatique, tampax et dogme catholique : Sur le grand écart entre religion et société qui finira bien par avoir raison des premiers qui croient encore qu'ils peuvent régir nos vies. 
  • Idéaliser les seins ronds n'est qu'une question de reproduction : une analyse intéressante de la représentation des seins dans l'art.
  • What it really means to be in a dominant/submissive relationship : Quand je dis qu'il y a un amalgame pas forcément bienvenu entre sub et bottom, et dom et top.
  • Polyparents : Les Pieds sur Terre s'intéresse à des parents qui ne sont pas juste un papa et une maman, mais deux mamans et deux papas ou encore deux papas et une maman. Et ça fonctionne et c'est beau.  
  • Rencontre avec Anouk Perry, la podcasteuse qui parle de sexe sans filtre : Encore elle, en interview sur le Tag Parfait cette fois.
  • Une grosse parenthèse au sujet du blog Sur le fil du rasoir. J'ai découvert le lieu grâce à la revue de presse de Maïa Mazaurette et j'ai tout épluché d'un bout à l'autre en partant du début. J'ai particulièrement aimé les mots contraints où l'auteur s'amuse à prendre de majestueux contre-pieds, comme ici et . J'ai aimé l'humour absurdement génial de ce billet-ci. Je pourrais aussi parler de la chute de celui-là ou de celui-ci. Je me suis donc abonnée.
    Au fil de ma lecture, le paragraphe suivant a retenu tout particulièrement mon attention :
    Je suis un sensoriel, donc.
    Et je pense que nous le sommes tous.
    Fermons les yeux un instant et souvenons-nous :
    Je peux associer la plupart des moments importants au souvenir de l'un de mes sens.
    Le bruit que faisaient les voitures en passant sur les rails qui traversaient la rue de mon enfance.
    L'odeur inoubliable du pâté en croute que faisait ma grand-mère, pour chaque fête de Pâques (il s'appelait le pâté de Pâques - absolument ^^).
    Aujourd'hui je me concentre sur les gens.
    Non, je reprends : aujourd'hui je me concentre sur les femmes qui me font l'indicible honneur de passer dans ma vie.
    Aujourd'hui je me concentre sur les femmes de ma vie, n'ayons pas peur des mots.
    Chacune a une signature unique, composée de sensations tactiles, d'un goût, d'un timbre de voix, d'une émotivité et d'une personnalité propre.
    Je ne privilégie pas, je refuse l'exclusivité (à tout moins je le tente parce rien n'est aussi simple) ; chacune forme une entité totalement unique et incomparable.
    Ces deux dernières phrases sont ce qui, à mon sens, rend le polyamour concevable, ce qui permet de défricher la jalousie aussi, et qui est parfois ce qu'il y a de plus difficile à comprendre, faire comprendre et intégrer. Comme il le dit, rien n'est aussi simple, mais c'est joliment formulé ici en tout cas.
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C'est samedi, c'est ravioli

https://www.instagram.com/stephanie_sarley/

Après le post sur le sperme, j'aurais pu continuer à parler fluides corporels. Vous dire que, comme la moitié de la population mondiale (ou presque), j'ai mes règles très régulièrement (je suis naturellement un vrai coucou suisse), qu'elles durent sept jours, que mon humeur est "fluctuante" quatre ou cinq jours avant le début, jamais pendant, et que je me fais encore systématiquement avoir au point de devoir m'excuser penaudement auprès de mes partenaires et amants à qui je pourris la vie ce jour-là, que j'ai envie de péter les dents de tous ceux qui parlent de corps impur, que j'ai mal au bide le premier jour puis plus après (vive les anti-inflammatoires), que mes seins (surtout le gauche) doublent de volume et sont trop douloureux pour porter autre chose que des brassières de sport (so sexy), que je fais de la rétention d'eau, que j'ai les traits tirés, que je ne supporte pas les coupes menstruelles que j'ai d'ailleurs arrêté d'utiliser pile quand c'est devenu la grande mode parce qu'elles appuient trop sur mes intestins hypersensibles à ce moment-là, que j'ai investi dans les culottes à règles récemment et que c'est vraiment top, que l'odeur de fleur des serviettes Always m'écœure et que je ne comprends pas comment ça peut être un argument de vente, que je ne comprends pas non plus pourquoi les tampons ont un applicateur en plastique aujourd'hui alors qu'il était en carton dans ma jeunesse, que faire l'amour pendant mes règles ne me dérangerait pas si : 1) je n'étais pas HS avec une libido en berne, 2) mon col descendu pour l'occasion supportait qu'on lui tape dessus, 3) si j'arrivais à avoir ne serait-ce qu'un petit orgasme, mais ça n'est pas le cas ; mes muscles dédiés refusent de se contracter comme il faut, comme s'ils étaient en période réfractaire ; j'ai un leitmotiv ces jours-là : "Mais j'ai toujours une bouche par contre... et une éponge". 

Bref, j'aurais pu parler un peu de mes règles histoire d'ajouter mon témoignage à tous les autres, mais je vais surtout vous inviter à regarder ce court documentaire de 31 minutes sur le sujet qui fait un petit topo sympa, visible de tous et surtout à le partager.  

 

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Folle semence


Des fois, il y a des questions qui me viennent à l'esprit à des moments saugrenus. Comme pendant le visionnage d'une énième scène de gang bang se terminant par le traditionnel remplissage d'une bouche par trois ou quatre mecs, si ce n'est plus. Là, par exemple, je me suis demandé combien d'hommes ont déjà eu la curiosité de goûter leur propre sperme. Non parce que, personnellement, je sais quel goût ont mes sécrétions vaginales et j'avoue que j'aime bien mon odeur intime en plus. J'ai bien sûr eu également l'occasion de croiser la trajectoire de quelques spermes au fil des années. Donc pourquoi les hommes ne s'intéresseraient-ils pas eux aussi à leur goût et à leur odeur ? Hein ?

Ce que vous savez sans doute, surtout si vous souffrez d'anosmie : sans odorat, pas vraiment de goût. 
Ce que vous ne pouvez pas savoir : je suis très sensible aux odeurs.

Là, normalement, tout le monde me voit venir. Le sujet du jour, c'est l'odeur et le goût du sperme. Pour tout dire, je suis comme un certain nombre de femmes, je trouve l'odeur du sperme particulièrement âcre. Il paraît qu'il y a un rapprochement à faire avec l'odeur de la javel ; j'avoue n'avoir jamais fait attention. Je trouve juste l'odeur âcre. Trop âcre. Ça a un impact direct sur ma perception de son goût et sur mon envie de l'avoir en bouche. Autant dire que je n'aurais jamais pu faire carrière dans le porno, surtout à l'heure actuelle où tout est très ritualisé.

Cette odeur, c'est une constante chez tous les partenaires dont j'ai eu l'occasion de sentir le sperme, à défaut de le goûter. Il faut dire que j'avale peu. Je crois même n'avoir avalé qu'avec trois partenaires dans l'ensemble. Avec certains, la question ne s'est pas posée, avec d'autres, ça aurait été de toute façon hors de question, pas assez d'intimité entre nous. Comme je ne suis pas une grande séminophage dans l'âme, je ne réclame jamais ma dose, mais il arrive parfois que ça se produise dans le feu de l'action, toujours parce que j'indique que je suis disposée à le faire, jamais parce qu'on me le demande. 

Sur les trois partenaires en question, l'un avait un goût tellement salé que ça m'a décapé la bouche. Je n'y suis jamais revenue. Pour les deux autres, je leur ai dit que leur goût était plutôt agréable, surtout en comparaison avec M. Salé, ce qui est vrai et ce qui, pendant un temps, m'a permis d'avaler assez régulièrement. Mais, il y a un mais. J'y reviens vite.

En parallèle, j'aime qu'on m'éjacule dessus, généralement sur le ventre, la poitrine, le dos ou les fesses, et de manière très occasionnelle sur le visage. C'est dans ces pratiques que la confrontation avec l'odeur se produit. Vient aussi se rajouter à cela l'aspect visqueux, grumeleux parfois, non homogène que je n'affectionne par particulièrement pour je ne sais trop quelle raison ; c'est ainsi. Odeur et texture suffisent donc à me faire grimacer intérieurement ; hors de question de lécher tout ça, même en me le demandant très gentiment. Mais tout ça me gêne néanmoins beaucoup moins quand ça se déroule à l'extérieur de mon corps (ou sur le corps de mon partenaire d'ailleurs) ; le plaisir partagé du moment court-circuite le froncement de nez assez facilement. Un mouchoir, une  douche, un mars et ça repart. Alors que lorsqu'il s'agit d'accueillir le produit de la jouissance dans ma bouche, les choses sont tout de suite moins simples pour moi. Il y a certainement des éléments communs avec l'expérience sur le dégoût de Rozin et Fallon qui, dans un premier temps, consiste simplement à demander à quelqu'un d'avaler sa salive, puis, dans un second temps, de cracher dans un verre et d'en avaler ensuite le contenu. Faites-le à la maison si vous avez deux minutes. Lors de la deuxième partie de l'expérience, il y a fort à parier que vous aurez un petit réflexe de dégoût et rechignerez sans doute de vider le verre. Pourtant, il s'agit toujours de votre salive, mais elle a eu un parcours hors de votre corps qui l'a rendue étrangère à vous. C'est pour ça que les baisers mouillés passent souvent mieux que le crachat dans la bouche de l'autre. Et c'est un peu ça avec le sperme dans la bouche en ce qui me concerne.  

L'éjaculation au moment où je pratique une fellation provoque généralement un haut-le-cœur réflexe que j'ai dû mal à réfréner. Même en anticipant, je n'arrive pas à faire abstraction de l'odeur et de la texture associées à une forme de dégoût bien ancré dans un coin de ma tête alors que, pour le contrer, j'ai justement pris l'habitude de fermer les écoutilles avec le nez pour canaliser l'odeur et de noyer ma bouche de salive pour diluer au maximum la texture du sperme. Ce qui me permet d'ailleurs de l'avaler plus facilement d'un coup. Cette astuce m'évite ainsi les deux choses que je n'aime pas. Ça me permet aussi de vraiment finir le travail et de ne pas en laisser une goutte tout en donnant un dernier coup de langue chaude sur le gland sensible de mon partenaire. Ce qui rend les choses plutôt agréables pour les deux participants finalement. 

Pourquoi avaler, me demanderez-vous, si c'est si désagréable que ça pour moi ? Encore une fois, parce que, parfois, le moment et/ou le plaisir de mon partenaire m'en donnent l'envie. Je ne m'étonne donc pas non plus d'avoir eu celle d'ouvrir ma bouche en grand et de sentir le jet atterrir sur ma langue. C'est toujours une question de moment et de personne.
Pourquoi alors ne pas recracher plutôt ? Parce que vous ne m'avez jamais vu essayer de recracher du vin lors d'une dégustation. C'est une boucherie sans nom dont je préfère épargner la vision à mon entourage.

Entre parenthèse et pour conclure, le truc auquel je ne m'attendais vraiment pas et que j'ai trouvé étonnamment hot, c'est lorsqu'un de mes partenaires m'a embrassée directement après que j'eus avalé. Une surprenante cerise sur le gâteau. Maintenant que j'y repense, je me demande s'il serait capable de snowballer avec moi sous le coup d'une pulsion partagée... Au fait, cette odeur âcre est due à la spermine, sécrétée par la prostate. Et ci-dessous, il s'agit de la photo d'un adorable petit spermophile, mais je crois qu'il ne suce pas :)

The Lilac Breasted Roller
CC BY 2.0

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Lu ailleurs #29


  • Parfum aux pieds de lycéenne : je crois que j'ai un gros faible pour « Essence de jeune fille dont le lait est pompé de force ». L'intitulé en tout cas.
  • La salope du lycée : interviewée par Anouk Perry, une salope du lycée raconte son parcours, son pourquoi, son comment. On en a tous connu et on les a tous jugées sans chercher à comprendre. 
  • J’ai testé la figuration dans un film porno féministe (et j’ai fait la rencontre d’Anoushka) (Pas moi bien sûr :) )
  • Un gay vous drague : que faites-vous ? Je découvre le Homosexual Panic Defense et ça me laisse sans voix. C'est vraiment une circonstance atténuante de merde qui ne fait pas avancer les mentalités. 
  • « Le polyamour, c’est oublier le couple et inventer ses propres valeurs d’amour » : interview de François Simpère dans Le Monde.
    La bienveillance manque à ceux qui ne savent pas et qui s’accrochent au couple monogame parce qu’il est rassurant, omniprésent, oppressant. Ce n’est pas de leur faute, tout est fait pour que l’on pense couple. Dans les magazines, on vous demande comment va votre couple, à la banque, on vous conseille de faire des projets en couple, dans les soirées, on vous demande pourquoi vous n’avez toujours pas trouvé « le bon », « la bonne ». Il faut rentrer dans la case. La société maintient la question dans la sphère privée pour ne pas remettre en cause l’organisation affective sociale et éviter que le modèle du couple éclate.
    Le modèle du couple monogame trace un « droit chemin », qui détermine ce qu’on peut ou ne peut pas faire. Or, décider de rester le plus libre possible équivaut à inventer ses repères tous les jours. Se poser des questions qui donnent le vertige : « Qu’est-ce que j’attends de la vie ? Qu’est-ce que je veux vraiment ? Est-ce que le modèle que l’on me propose me convient ? Et s’il ne me convient pas, qu’est-ce que je peux inventer ? » La liberté est une bataille de chaque instant, perçue comme bien plus perverse que le sexe, qui peut être récupéré comme un marché. La liberté d’avoir des relations avec qui on veut, sans se cacher, parce qu’on se sent bien, gratuitement, pose problème. Cette notion de gratuité affective est très mal admise dans notre société. 
  • La délicatesse des Gang Bangs : encore Anouk Perry que je découvre en ce moment. Ce n'est pas une pratique que j'ai envie de tester un jour, mon corps a ses limites, mais j'ai aimé l'approche et le ton de ces podcasts qui démystifient les choses. 
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