jeudi 23 mars 2017

Lu ailleurs #14


dimanche 19 mars 2017

Clitoris

Crédit photo : Marie Docher
Crédit photo : Marie Docher

J'étais partie pour écrire un texte sur le jouissance féminine qui me chatouille les doigts depuis quelque temps, puis j'ai été reroutée par le grand Internet.

L'image ci-dessus a fait le tour du net et d'une partie de la presse l'année dernière. La vidéo qui suit est encore mieux même si elle date de 2010, contre 2016 pour l'impression 3D du clitoris dans son ensemble. Tout est tellement limpide et simple. Ça explique le fameux, et ô combien remis en question, point G, le fait qu'orgasme vaginal et orgasme dit clitoridien sont en fait la même chose même si les ressentis ne seront pas les mêmes (et pour cause), et il y a même des IRM du cerveau et du cervelet pour comparer orgasme et simulation.

Si je dois expliquer le plaisir sexuel féminin à quelqu'un un jour, je lui enverrai cette vidéo de 15 minutes sans hésiter. Et ça ne fera peut-être pas de mal aux 20 % de femmes qui ne savent pas où il se trouve aussi. La faute à l'excision psychologique l'occidentale sans doute... 


dimanche 5 mars 2017

Carnet de bal d'une courtisane de Grisélidis Réal



Présentation de l'éditeur - Grisélidis Réal, prostituée genevoise, a tenu un carnet noir de 1977 à 1995, petit répertoire téléphonique où elle consignait par ordre alphabétique les prénoms de ses clients, agrémentés de leurs us, coutumes et petites manies ainsi que du prix de la passe. Outre ce document exceptionnel, Carnet de bal d'une courtisane comprend un choix de textes de Grisélidis Réal en "courtisane révolutionnaire" qui mettent en lumière son engagement dans les mouvements de prostituées initiés à partir des années 70. 



Claude -- Gros homme gentil, très tendre, rencontré près de chez moi un soir de pluie en rentrant de L'Aiglon - d'origine française - suce, baise, 100 Frs. (Lui ai prêté Pourriture de psychiatrie et La Redresse.)
Christian -- (de Berne) Gentil, quarantaine, cheveux blancs frisés, assez rondelet, sucer devant le miroir, puis sur le lit, enculer profond, sucer à fond. 100 Frs. Intérieur de l'anus assez lamellifère, prostate enfoncée.
Pierre -- Grand très maigre, 40 ans, lunettes, plus beaucoup de cheveux - aime la musique et l'écologie - air Français moyen intellectuel - jouis dans la bouche - ne pas enculer - sucer avec beaucoup d'art et de nuances, fourmis japonaises, etc., 80 Frs. (Dit que je suis une 'parenthèse dans le Temps".)
Willy -- Homme charmant genre méditerranéen, très caressant (genre Truand de charme ou intellectuel) - sucer, enculer doucement (ou pas ?), 80 Frs. (On pourrait en être presque amoureuse...) (Oh la la...!) (Intérieur du cul extrêmement moelleux.)

Ce ne sont que quelques extraits de la longue liste de clients soigneusement consignés dans son petit carnet noir par Grisélidis Réal. Une liste qui pourrait paraître rébarbative à lire à première vue et qui se parcourt en fait très vite et avec beaucoup de plaisir, voire avec le sourire. Pourtant, il ne s'agit que de prénoms suivis d'un petit descriptif de la personne, de ses pratiques et du prix de la passe pour ne pas s'y perdre, mais ce n'est pas que cela. Entre les mots se lisent aussi de la tendresse, de la douceur, une forme de bienveillance et de l'empathie parfois même. Il est évident qu'un certain nombre d'hommes viennent voir la prostituée pour le contact humain et la conversation en plus de la décharge et qu'ils ne sont pas tous que de vils personnages abusant de la misère humaine.

Ce que dévoile aussi ce travail de compilation, c'est un aperçu au plus près des pratiques demandées, avec notamment cette propension des hommes à accompagner la fellation d'un petit massage prostatique, chose qui, de toute évidence, ne se demande pas à la maison. Pas plus à l'époque qu'aujourd'hui d'ailleurs. Avec le recul, il n'y a finalement pas que la femme qui a encore du pain sur la planche pour être vraiment libérée.

Bien sûr, en contrepartie, il y a aussi le cru, le sale, le désagréable. Rare, masqué par le pragmatisme des phrases, mais bien présent. Les deux faces d'un métier que l'auteur assume et défend dans la seconde partie du livre, plus pamphlétaire. Là où l'on découvre que Réal a une belle plume et une belle intelligence et fut très engagée dans la reconnaissance d'un droit à se prostituer pour donner à ce métier un rôle social fort qui soulage un peu ce monde de sa misère sexuelle. Une initiative qui serait à saluer si elle n'était pas noyée sous la violence, le drame, la drogue et l'irrespect profond pour les femmes que l'on retrouve aussi dans le porno tout puissant. Il y a aussi un peu de cette mentalité que je croise de temps en temps sur les sites de rencontre où, à partir du moment où un homme paye, alors l'acte sexuel lui est dû, effaçant encore une fois l'humain au passage. Dans un monde meilleur, la prostitution trouverait sans doute sa place dans nos sociétés. En l'état, elle reste un miroir dérangeant de l'âme humaine.

Maïa Mazaurette a publié le dimanche 26 février sur le site du Monde un article intitulé Pour un droit minimum à jouir ?. Elle s'y interroge justement sur l'épanouissement sexuel. De manière amusante, Réal s'aventurait sur le terrain de l'anticipation et répondait à sa façon à la question.
LE BORDEL DU FUTUR
[...] C'est là, enfin la plus belle victoire des Ligues Abolitionnistes et de la propreté helvétique conjuguées au dernier cri de la morale judéo-chrétienne : il n'y a plus une seule Putain dans les rues de Genève, ni aux Pâquis, ni égrenées comme autrefois sous les ponts du boulevard Helvétique. On les a toutes recyclées en Bourgeoises-dites-Honnêtes à la périphérie de la ville, chacune dans un pavillon entouré d'un jardin, où elles coulent leurs derniers jours dans le calme de la repentance, aux frais de l'État et de l'Église, assistées socialement, médicalement et gratuitement par toute la communauté de leurs anciens clients reconnaissants.
Désormais délivrés de toute angoisse, de toute culpabilité et de la crainte autrefois toute-puissante des virus, les consommateurs de l'amour se rendent régulièrement au palais comme au va au musée, où d'étage en étage, servis par d'habiles mécanismes cachés à l'intérieur des statues (à chaque fois immédiatement désinfectés après usage), ils réalisent impunément leurs fantasmes. Ces splendides Robots érotico-sexuels fonctionnent jour et nuit, mobiles, souples, se déplaçant à volonté, avançant qui une main ou un cul compatissants, une bouche vibratile, une verge à la finesse de pulpe, un clitoris fruité, parfumé à la fraise ou au lys martagon, offerts à la convoitise des usagers éblouis.
Nul besoin maintenant dans ce Paradis aseptique d'avoir recours aux anciennes rebutantes protections (plus connues sous le nom des capotes anglaises) au goût si âcre, et qui pétaient souvent au moment le plus dramatique, vous menaçant d'une mort à long terme.
Tranquilles, sûrs de leurs droits et n'éveillant la jalousie de leurs épouses par aucune aventure "sur le vif", bien au contraire, les soulageant d'un devoir conjugal et bestial trop souvent répété et subi à leur corps défendant... les citoyens s'en retournent chez eux libérés et joyeux, et tout réconfortés de pouvoir sans arrière-pensée se consacrer à leur famille et spirituellement à leur femme, n'ayant qu'une tendresse sans risque à lui donner, et sans craindre l'échec qui guettait autrefois des rapports incertains.
C'est ainsi que Genève, ville humaniste de toute éternité se souvenant de sa grande époque de pureté calviniste, a su rendre tout leur éclat aux Droits de l'Homme enfin réconciliés avec les Droits si souvent méconnus et trop bafoués de la Femme. 
Extrait de Carnet de bal d'une courtisane, Grisélidis Réal, péripatéticienne, in Mot de Passe n° 5, avril 1993.


[Appel à toi, ô grand Internet (qui n'a pas vraiment su me répondre quand j'ai utilisé un moteur), sais-tu ce que sont ces fourmis japonaises dont il est fait mention plus haut et qui reviennent régulièrement dans la liste des pratiques ? Mon seul réel indice est celui-ci : « Les femmes, elles, flattent "le chapeau du commissaire", font "les fourmis japonaises" ou "scalpent le Mohican".  », trouvé ici. J'en déduis qu'il s'agit probablement d'une histoire de gland et de prépuce. Pour le reste, mon imagination travaille dur.]