Conquête


Enfin libre ! Ou presque. Tu as l'air bien décidé à ne pas me laisser de répit. Non seulement tes bras m'emprisonnent, mais en plus tu te sers de tout ton corps pour me faire reculer vers la chambre. Je te soupçonne fort d'avoir posé ta main sur ma fesse dans le seul but de m'empêcher de tomber disgracieusement, ce qui aurait pour effet immédiat de t'entraîner dans ma chute. La position horizontale a beau être ta favorite, tu as quand même l'air de viser le lit.

À peine arrivés à destination, c'est avec un cri de surprise que j'atterris sur ledit lit sur lequel tu m'as poussée sans grand ménagement. Mais c'est pour mieux m'y rejoindre. Soudain, tu te fais chat, et tu progresses une patte après l'autre, le regard félin et plein de promesses. Si j'avais eu des moustaches, je suis sûre qu'elles frémiraient. A défaut, je suis ta progression avec l'attention d'une proie prise au piège et tente même une fuite vers l'arrière en faisant glisser mon corps vers les coussins. Ma manœuvre semble définitivement éveiller le prédateur en toi, et tu bondis pour m'immobiliser sous ton poids. Tu en profites pour me saisir les poignets et les épingler prestement au-dessus de ma tête avec la ceinture en tissu de ma robe. Me voilà à ta merci, dominée.

C'est ma bouche que tu captures maintenant. Une pénétration sûre et profonde contre laquelle j'essaye de lutter. En vain. Ma langue ne peut que se résoudre à danser avec la tienne. À ma respiration, tu sais déjà que les préliminaires ne seront pas nécessaires. Encore quelques coups de patte, quelques ronronnements, quelques dos ronds, et je serai fin prête pour l'assaut final.

Un genou vient déjà se glisser entre mes jambes serrées pour me forcer à les écarter. Par jeu, je fais mine de résister, mais ma volonté n'est déjà plus au rendez-vous. C'est avec un plaisir inavoué que je te facilite la tâche. Même ma jupe collabore et remonte toute seule en haut de mes cuisses. La voie est libre pour venir frotter cette bosse contrainte par ton pantalon contre ma culotte humide. Il y a encore trop de tissu entre nous, mais tu continues à onduler des hanches de manière appuyée, et moi de venir à ta rencontre à chaque poussée. Nous ne serions pas tant immergés dans le moment et les sensations, nous ririons sans doute de cette vision de deux ados se chauffant à grand renfort de chastes frictions, et n'osant pas encore franchir le pas.

Sauf que nous ne sommes plus des ados depuis longtemps. Tu sais que si tu décides de déchirer ma petite culotte, je ne vais pas prendre peur. Bien au contraire, ce petit acte violent va m'exciter encore plus. Alors tu n'hésites pas. Tu la déchires d'un geste sec qui me fait crier. Tu prends quand même le temps de tâter le terrain du bout des doigts, comme si tu doutais encore de l'effet que tu me fais... mais la preuve est là, indéniable. Je mouille. Et pas qu'un peu.

La rupture dans la continuité ne dure jamais longtemps avec toi, tu as vite pris l'habitude de baisser ton froc et de te coiffer rapidement. C'est les yeux dans les yeux que tu me pénètres enfin. Lentement, si lentement, trop lentement ; j'ai l'impression que tu veux profiter de chaque centimètre carré de mon intimité. Ou alors, est-ce pour prolonger mon agonie ? En appui sur tes deux bras, tu as tout loisir de me voir remuer comme je peux en dessous de toi pour te forcer au plus profond de moi le plus vite possible. Tu pares chacune de mes tentatives en te retirant un tout petit peu, juste ce qu'il faut pour m'énerver et me faire grogner. J'essaye même de t'attirer en t'enserrant entre mes jambes, mais un petit « tss tss tss » impératif du bout de ta langue sur ton palais me fait comprendre que j'ai intérêt à bien me tenir si je ne veux pas me retrouver seule sur le lit. Tu sembles prendre un malin plaisir à ce petit jeu du chat et de la souris. Surtout que ta souris est attachée au lit et ne peut pas faire grand-chose quand tu lui claques un sein avec ta main. Oh oui, tout ceci t'amuse beaucoup : mon œil brillant, mes tétons dont tu devines les pointes à travers le tissu de ma robe, ma bouche entrouverte, mon entrejambe détrempé, mes hanches qui s'agitent malgré moi. Il est grand temps de m'en donner un peu plus.

C'est le premier coup de reins brutal. Enfin. Je me sens remplie de toi. Enfin ! Mais merde ! Déjà, tu t'immobilises, tu attends à nouveau, bien au fond, bien au chaud. Plutôt que de bouger tes fesses, tu préfères savourer le spectacle de mes joues rougies, de mes pupilles dilatées par l'excitation, de mes suppliques : « Encore, ne t'arrête pas ! ». Tu en profites même pour déposer quelques baisers furtifs sur mes lèvres, sur ma joue, dans mon cou. Ça me fait enrager. J'ai envie de te mordre. Ça te fait rire. Puis tu repars, lentement, et tu pousses d'un coup. Et je crie. Ce rythme en deux temps s'installe, tu l'imposes, je dispose, je ne peux que me cambrer pour mieux t'accueillir. Je gémis, je souffle, je vibre, je tire sur mes liens dans l'espoir de me détacher et de pouvoir enfin saisir tes fesses à deux mains pour y planter mes griffes, je cherche désespérément quelque chose pour m'agripper. Vaines tentatives.

Tu sens que je suis à point, que ton coup de grâce provoquera une explosion. Tu ne te retiens plus, tu bourrines, tu fourres, tu besognes comme un cabot. Quelle énergie, soudain. La bête à deux dos s'est réveillée et elle gémit à deux voix. Mes jambes glissent sur les tiennes et mes genoux remontent pour changer ton angle de pénétration. Là, tu es dans l'axe idéal, tu touches au but, et tu ne t'arrêtes toujours pas. Tu es inépuisable. L'anarchie des sensations me fait partir : un cambrement des reins, l'étreinte de mes jambes, l'étau de mes muscles autour de ton sexe, ma gorge blanche qui s'offre alors que ma tête part vers l'arrière. Et ce râle libérateur, si peu féminin, si bestial, que j'ai à peine conscience de pousser. Il n'en faut pas plus pour que tu me rejoignes de l'autre côté. Tout ton corps est en arrêt maintenant et tu es saisi par l'orgasme. Je te sens, mais je ne te vois pas. Je ne suis pas encore revenue. C'est trop bon là où je suis.

« Respire. »

Tu t'écroules sur moi, le nez enfoui dans mes cheveux ; je n'ai plus la force de bouger non plus. L'un comme l'autre, nous essayons juste de retrouver notre souffle. Il ne doit pas être parti loin. D'un geste maladroit, tu libères enfin mes bras qui viennent aussitôt t'encercler. Une main vient se poser derrière ta tête pour la garder au creux de mon cou, l'autre dans ton dos pour te retenir au cas où tu voudrais déjà t'enfuir. On dirait que le syndrome de Stockholm a eu raison de moi ; tu es en terrain conquis.
Aujourd'hui, j'ai perdu une bataille, mais certainement pas la guerre.

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