Pause gourmande


L'idée s'est imposée à mon esprit un soir. Je t'avais même demandé à brûle-pourpoint si tu aimais le chocolat. Puis je n'avais plus rien dit pendant un temps. Quelques recherches plus loin, quelques fantasmes aussi, j'ai trouvé comment allier ta gourmandise et mes besoins de tendre douleur...

Le petit réchaud à bougie acheté pour 3€ a tout doucement fait fondre un judicieux mélange pralinoise/chocolat noir/pointe de crème fraîche. Le résultat onctueux parfume agréablement la chambre. J'en ai l'eau à la bouche, mais je ne peux pas bouger. Dans notre petit jeu du jour, il n'est pas prévu que je puisse bouger. Allongée sur ton lit, tu as trouvé le moyen d'attacher mes poignets et mes chevilles aux quatre coins du lit. Me voilà belle étoile aux yeux bandés et surtout entièrement nue. Pas de jupe ou de bas oubliés cette fois. Tu savoures sans doute de me voir attendre en silence, avec mon demi-sourire collé aux lèvres, ne sachant pas trop où tu es dans la pièce et surtout quand tu vas te décider à passer aux choses sérieuses. Je guette le bruit de la petite cuillère dans le bol.

Tu me prends en traître. La première goutte de chocolat tombe sur mon ventre et m'arrache un petit cri de surprise. Lâchée de la bonne hauteur, la préparation liquide a le temps de redescendre à une température supportable avant de rentrer en contact avec ma peau. C'est calculé. La brûlure se doit d'être délicieuse et de ne pas laisser de marques pour rester un préliminaire idéal. Là, c'est parfait.

Plaf. Second service. Celui-ci s'écrase à moitié sur ma peau et à moitié sur la Mara des Bois charnue posée sur mon nombril. Tant qu'à jouer avec du chocolat, autant faire une fondue aux fruits, n'est-ce pas ? C'est pour cela que tu as disposé d'autres fraises sur mon corps : des moitiés sur mes seins et sur mon ventre, une autre entière dans ce petit creux à la naissance du cou dont je ne connais pas plus le nom que Lazlo Almasy. Mon esprit ne peut s'empêcher d'anticiper déjà la suite, et ça doit se voir d'une manière ou d'une autre, car tu me rappelles vite à l'ordre. Cette goutte sur mon sein droit est tombée de moins haut, la chaleur plus intense provoque un gémissement très évocateur et une montée de plaisir immédiate et contradictoire. Tu n'attends pas pour jeter une nouvelle salve, un grand jet en diagonale qui force mes reins à se cambrer. Les yeux bandés et l'esprit échauffé, j'ai déjà envie que ce soit toi qui m'arroses ainsi...et de connaître le goût d'une fraise au sperme...

C'est le moment que tu choisis pour déguster ma peau chocolatée. Ta bouche vient épouser un sein, aspire, je sens tes dents venir croquer la fine couche de chocolat et la fraise qui va avec tout en laissant mon mamelon intact. J'ai l'impression que c'est moi que tu manges. Encore. Tes lèvres épaisses et humides parcourent mon torse, elles dévorent tout sur leur passage. Ma respiration saccade, mon corps se tend. Tu as saisi la fraise de mon nombril et tu joues avec sa rondeur, tu sembles dessiner des arabesques invisibles sur ma peau tout en te rapprochant de mes lèvres. Non pas celles du haut, mais bien celles du bas. Sans doute inspiré par Almodovar, tu en pousses la pointe à l'orée de ma chatte et la noies dans ma mouille. Je te vois venir bien sûr, j'ai déjà la bouche ouverte, prête à me goûter sur fond de fraise et de chocolat. L'excitation monte en moi, mes hanches roulent sur le lit pour attirer ton attention vers le bas de mon corps... « Pas si vite. » J'ai ordre de garder cette fraise coincée entre mes dents et de ne surtout pas croquer. Et d'attendre, encore.

J'entends le bruit de l'emballage de la capote qui cède. Tu as toute mon attention. Le poids de ton corps se déplace sur le lit et se stabilise entre mes cuisses écartées. J'essaye de ne pas sourire, ça pourrait être fatal à la fraise. Enfin, ta peau vient se coller à la mienne, et ton sexe se frotter au mien... Allez ! Vas-y ! Un coup de reins et tu es en moi. Gémir sans décapiter la fraise. On dirait que ça t'amuse beaucoup. Te retirer doucement, à la limite de ressortir, et pousser un grand coup pour me faire craquer. Je ne peux même pas t'encercler de mes jambes pour te maintenir au plus profond de moi, je ne peux que subir tes coups de butoir. Tu accélères ; la fraise et moi n'en menons pas large. Ta bouche vient soudain dévorer la mienne, au moment précis où un gémissement plus fort me fait lâcher le fruit. C'est l'explosion en bouche, ta langue, le goût du chocolat, le jus de la fraise, quelque part mon propre suc. Et toujours le jeu inlassable de tes hanches qui me laisse à peine le temps d'avaler avant d'entraîner l'explosion suivante qui, elle, envahit le reste de mon être et se répand dans la moindre de mes extrémités. Je te sens proche de la jouissance, mais tu réserves le meilleur pour la fin. Ton retrait est aussi brusque que ton entrée, la capote vole (enfin, je suppose) et cette fois il s'agit bien de ton foutre épais qui atterrit sur mes seins, sur mes côtes, dans mon nombril.

Tu fais rouler cette dernière fraise – celle qui était dans le creux de mon cou et en a été délogée depuis un moment – dans ton abondante production. Comme pour l'hostie consacrée, c'est la bouche ouverte et la langue offerte que j'attends. Tu l'y déposes délicatement et prends le temps de regarder le liquide blanc couler tout doucement sur mon bout de chair tendu et sur mes lèvres. « Croque. » Je ne me fais pas prier. Fantasme ultime : c'est le sucre et le sel qui se rencontrent enfin. Une dernière fraise pour la route. La meilleure. Il ne te reste plus qu'à venir te goûter à mes lèvres pour un dernier baiser avant la libération. Ou pas.

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