Cinquième sens


Je ne t'ai même pas cherché du regard dans le parking en me garant, tout du moins j'ai essayé, j'ai juste espéré que tu étais déjà là, à m'épier, le cœur battant aussi fort que le mien. Comme nous l'avions convenu, je suis arrivée à l'hôtel seule et j'ai filé directement à l'accueil pour prendre la chambre. Que je déteste ce moment ! Au point de toujours laisser l'homme s'en charger d'habitude. Mais pas aujourd'hui.

Aujourd'hui, je me suis fait violence pour réaliser ce petit fantasme de rien du tout, mais néanmoins inédit pour moi. Tout ça parce que j'ai rarement senti mes sens autant en éveil qu'avec toi, parce que tu m'as fait remarquer toi-même qu'ils étaient très présents dans mes textes et surtout parce que jusqu'à présent, nos regards n'ont jamais pu vraiment se croiser.

Je suis entrée dans la chambre, j'ai pris le temps d'absorber en mémoire tout ce que je pouvais de son agencement, puis j'ai juste posé mon sac dans un coin, ma veste pas loin et j'ai été chercher la chaise pour la positionner, les mains un peu tremblantes, dans l'axe de l'entrée. Mes doigts n'étaient guère plus habiles quand je t'ai envoyé le SMS avec le numéro de la chambre, t'invitant à me rejoindre. Puis j'ai sorti un bout de tissu de mon sac, je me suis assise sur la chaise, j'ai noué le foulard noir autour de ma tête. Bien droite dans ma petite robe noire, j'ai attendu, à l'affût, avec ce tambourinement sourd dans la poitrine pour seul compagnon.

Tu as toqué à la porte et tu es entré. Si tu savais tout ce que mon corps a subi à cet instant-là. Un frisson, la peur, l'excitation, une explosion d'hormones et de sensations, ma respiration s'est accélérée d'un coup ; j'ai presque eu envie de tout arrêter tant j'étais dépassée. Et ce n'était rien à côté de ce que le son de ta voix a eu comme effet sur moi quand tu as juste dit : « C'est moi, Ana. » Doux et rassurant. Je me suis sentie me liquéfier à plus d'un titre, j'ai eu envie de retirer le bandeau pour te voir, envie de me lever pour me jeter sur tes lèvres et ton corps tant désirés, mais je restais soudée à ma chaise. Je ne me souviens même plus si j'ai souri. Mon cerveau ne faisait que me crier : « Enfin ! Enfin ! »

La porte s'est refermée, puis il y a eu un bruissement, quelques pas sur la moquette, ta main sur ma joue, caressante, un peu tremblante aussi, ta respiration, ta chaleur. Je n'ai pas pu résister plus longtemps, j'ai été prise de ce besoin de te sentir, de tendre les mains devant moi pour enfin te toucher. Du tissu d'abord, puis, dessous, de la peau et des poils, de la chaleur et du mâle. J'ai laissé mes mains courir sur ton ventre, sur ta taille, remonter jusqu'à ton torse. J'ai presque eu envie de m'excuser de commencer par là, mais je n'ai rien dit. Je me suis juste approprié à ma manière un bout de toi et j'ai souri. « Enfin... »

Tes deux mains sont venues se poser sur mon visage et je t'ai senti m'attirer à toi. Tout mon corps a suivi le mouvement jusqu'à ce que mes lèvres rencontrent les tiennes. Si douces avec une once de timidité et d'amusement. Ta langue venant caresser mes lèvres et se frayer un chemin, ma langue te rejoignant à mi-chemin. Ce premier baiser aveugle pour moi, si riche en sensations, nous a embrasés. Perchée sur mes talons, j'étais plus grande que toi de quelques centimètres, mais ça n'a pas empêché nos corps de se coller comme deux aimants, nos bras nous scellant l'un à l'autre. C'est alors que j'ai senti ton érection à travers le tissu, tu étais déjà si dur. Et tu n'avais pas encore la moindre idée de l'abondante humidité régnant entre mes cuisses.

« Baisse ton pantalon », t'ai-je dit, un sourire malicieux aux lèvres.

Tu ne t'es pas fait prier une seconde de plus. Et je n'ai guère attendu plus longtemps pour te prendre en main. Juste un premier contact pour te faire frémir, pour te brusquer un peu, pour imaginer ta réaction en ne me basant que sur ton souffle. Qu'il est terrible ce jeu en aveugle. Tu ne pouvais pas profiter de mon regard coquin, mais je ne pouvais pas non plus jauger ton plaisir directement dans le tien. Tu ne le savais pas encore, mais je ferme rarement les yeux quand je suce… et là, la situation ne me laissait pas vraiment le choix.

Alors que je me mettais à genoux devant toi, avec toute l'élégance que mes talons et ce bandeau m'autorisait, j'ai enfin découvert l'odeur musquée de ton sexe. Son goût n'allait pas rester un mystère bien longtemps non plus. Par contre, pour apprécier sa taille et sa forme, je ne pouvais me fier qu'à ma bouche. Vraiment, il s'agissait d'une grande première pour moi. Du bout de la langue, j'ai trouvé ton gland et mes lèvres sont venues épouser sa forme arrondie avant de s’entrouvrir et de prendre plus profondément en moi. Je t'ai senti te tendre à mesure que je progressais. J'ai entendu ton premier râle de plaisir quand ma bouche n'a pas pu aller plus loin. Je suis restée ainsi quelques secondes, à jouer du plat de ma langue contre ton membre. Ta main est venue se glisser dans mes cheveux, m'invitant à bouger je suppose, ou juste pour avoir un autre point de contact avec moi. Et j'ai bougé, lentement, libérant ta queue centimètre par centimètre, jusqu'à retrouver son extrémité que j'ai léchée, sucée, pompée, encore et encore, avant de te reprendre en bouche en entier et de m'aider de ma main pour te branler, vite et bien. Le jeu rapide des va-et-vient a suivi, accompagné de bruits de bouche humides et gourmands. J'ai bien senti à la façon dont tu m'offrais ta queue que la tentation de prendre ma tête entre tes deux mains et de pomper dans ma bouche avec moins de délicatesse était très présente, mais tu t'es retenu, tu m'as laissée continuer à mon rythme, jusqu'à ce que tu n'en puisses plus, jusqu'à ce que tu n'aies plus d'autre choix que de te retirer…et de me laisser là, haletante, demandeuse, avec ce tiraillement dans le bas ventre. Dans l'attente.

« Relève-toi, soulève ta robe et baisse ta culotte »

J'ai obtempéré. Encore une fois, tu avais l'avantage de la vision et je ne pouvais pas savoir si tu appréciais ce que je t'offrais. Trempée comme je l'étais, l'intérieur de mes cuisses devait être luisant. Un témoignage incontestable de mon désir pour toi. À nouveau, le bruissement de tes pas sur la moquette, un mouvement. Et j'ai senti ton souffle chaud sur ma chatte, suivi de ta langue. Gourmande, invasive, directe. Je n'ai pas pu retenir un cri, j'aurais voulu écarter encore plus les jambes pour te laisser encore mieux me goûter, me laper, me prendre avec ta bouche, me conquérir avec ta langue, si douce, si chaude, si habile. Heureusement que tes deux mains sur mes fesses étaient là pour me retenir et me presser contre toi.

« Baise-moi. Baise-moi. Prends-moi. S'il te plaît. »

Tes mots, si souvent lus, enfin dans ma bouche, suivis des miens. Le besoin urgent de me sentir enfin remplie de toi, de te sentir au fond, de me sentir autour, de te sentir glisser dans mon abondante mouille. Les gestes se sont faits plus pressants, tu t'es relevé, m'a prise par la main et m'a assise sur le lit, j'ai basculé vers l'arrière, tu m'as débarrassée définitivement de ma culotte, j'ai entendu le son de l'emballage qu'on déchire, le son de la capote qu'on déroule, senti ton poids quand tu es venu me rejoindre sur le lit et te mettre en position entre mes cuisses écartées. En appui sur un bras au-dessus de moi, tu as placé ton gland à l'entrée, juste là, en attente, comme pour me tenter, et, de l'autre main, tu as retiré mon bandeau et tu as poussé en moi. Profondément. Tes yeux enfin dans mes yeux. Instant magique, intense, qui m'a totalement dépassée. J'ai eu envie de rire, j'ai eu envie de pleurer, j'ai eu envie de jouir tout de suite. « Baise-moi, Léo, baise-moi » Et tu m'as baisée. Enfin. Sans retenue, sans répit, sans te poser de questions, sans un mot. Tu m'as baisée et à chaque mouvement de bassin, j'étais là pour t'accueillir, je venais à ta rencontre, j'en exigeais encore plus, toujours plus. Tu m'as baisée jusqu'à ce qu'on en perde notre souffle, jusqu'à ce que l'un capitule, puis l'autre, ou les deux en même temps. Et j'ai ri de soulagement. Enfin, on s'était trouvés. Après tout ce temps à se tourner autour et à contenir notre désir. Enfin !

J'ai fait courir ma main sur ta joue, et mon pouce sur ton menton - « tes fesses » comme tu as, un jour, appelé cette petite dépression, si ma mémoire ne me joue pas des tours – et tu as souri en te remémorant ces dernières lignes que je viens de taper. Un beau sourire, accompagné d'un beau regard.

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