Léo

Tigre le dévoué


Léo, Léo, Léo. D'habitude je ne prononce jamais le nom de mes partenaires, ni dans mes textes ni dans la réalité. Ils sont là devant moi, il suffit de dire "tu" et ils se reconnaissent. Avec Léo, c'est différent. Ses textes m'ont donné envie de prononcer son nom, de l'associer à d'autres mots, de lui donner une réalité dans ma bouche. « Baise-moi, Léo, baise-moi. » Pas juste « Baise-moi comme une chienne, allez ! Plus fort ! » Non. « Baise-moi, Léo, baise-moi. » Comme une supplique. Comme une injonction à me soulager adressée à lui et à personne d'autre. 

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L'avantage de la petite frayeur du jour, c'est que je n'ai pas eu le temps de me poser beaucoup de questions. Je suis dans la chambre, j'ai quelques minutes pour tout mettre en place, pour me mettre en place et il sera là. Enfin ! Il est tout bête ce scénario, d'une banalité sans nom, sans doute déjà réalisé par des millions de personnes. Pourtant le fait d'attendre là, dans le silence, à l'affût, sachant, comme l'annonce son SMS, qu'il est dans le couloir, est inédit pour moi. Léo toque, Léo entre, Léo parle, sa voix encore plus basse que d'habitude – sans doute l'émotion. Ma voix aussi est plus grave que d'habitude – l'émotion sans la moindre once de doute. Je ne sais plus à quel moment j'ai perdu pied, je n'ai jamais eu autant conscience de ma respiration haletante, des frissons, des battements de mon cœur dans ma poitrine qui s'est emballé avec tout le reste de mon corps. Même sa voix est devenue une longue vibration qui me caresse. Putain, que j'aime sa voix ! Elle me donne envie de me rouler en boule comme un gros chat et elle me fait mouiller. Et elle me cloue sur ma chaise tout comme je l'avais prédit. Je suis submergée par les sensations et l'expectative. 

Je crevais tellement d'envie qu'il me touche que je ne me souviens que de cette main se posant sur mon épaule gauche, la suite est un grand flou. Ne devais-je pas me lever avant qu'il ne m'embrasse ? Peu importe, il goûte mes lèvres, il goûte ma bouche. Et je goûte sa queue, je m'y attarde. J'aime sucer. Je vais beaucoup sucer ce jour-là. Sa main glisse entre mes cuisses. Je sais que ça surprend la première fois, je mouille vraiment beaucoup, on m'a déjà fait la remarque. Je veux toujours croire que s'ensuit une espèce de satisfaction à savoir pour qui je mouille comme ça et que c'est excitant au possible. Enfin, j'espère.

Le flou continue. Léo se retrouve nu, mais reste un mystère visuel ; je perds culotte, porte-jarretelles et bas au passage. J'aime cette façon dont il donne des coups de langue en plongeant sur moi. L'intérieur de mes cuisses, mon clito, ça titille juste ce qu'il faut. Comme si je n'avais pas déjà assez envie... 

Le bandeau glisse. Il est là, le bel homme indécent au beau regard, exactement comme je l'avais imaginé grâce à la magie Skype : une belle présence physique, une aura, associée à quelque chose d'à la fois imprévisible et rassurant. Une contradiction. Une contradiction qui fait travailler l'imagination : Léo, que caches-tu comme cartes dans tes manches ? 

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Le premier assaut ? Un soulagement qui s'emballe. « Baise-moi, Léo, baise-moi ! » Je ne peux pas me permettre de le griffer, mes mains se plaquent dans son dos, sur sa peau, sur ses fesses, elles font tout pour l'attirer à moi, plus profond, plus fort, mon corps en avait tellement marre de le réclamer. Je m'en fous qu'il jouisse vite, je ne veux que son ardeur, sa force, son lâcher-prise, son corps collé au mien. Et pourtant j'ai bien failli capituler et sortir le drapeau blanc à un moment. Ça aurait été une première, c'est moi qui épuise les hommes d'habitude… Changement de position, les classiques, on s'emboîte bien. Sa longueur est comme je l'aime, je suis à l'aise sous lui, sur lui, devant lui. Vraiment ! Aux chiottes, les ersatz de Rocco Siffredi !

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Léo ne débande pas après la décharge, mais prend le temps de s'occuper de moi. Ses doigts disparaissent dans ma chatte, s'agitent, glissent, il s'aide de sa bouche. Je suis toujours aussi incapable de dire combien il y a de doigts en moi. Je laisse faire, j'ai appris à ne pas résister, des fois que… Là encore j'ai perdu le fil. Le souvenir est étrange, je sais que la contraction sans retour est partie - comment, pourquoi, par quel miracle, peu importe -, je n'arrive pas à me rappeler où sont parties s'accrocher mes mains par contre, j'ai l'impression qu'elles se sont envolées. J'ai repris le fil en ouvrant les yeux, en retrouvant son regard, je voyais flou, un autre signe qui ne trompe pas. Est-ce qu'il a compris ? J'ai besoin qu'il sache. Je prends sa main et la place sur mon cœur après cet orgasme-surprise. « Ça cogne dur là-dedans », dit-il. Je voulais lui en donner une preuve. Et maintenant tu sais quand c'était, Léo.

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À un moment, plus tard, Léo me pousse des deux mains sur le lit d'un geste nonchalant comme pour tester quelque chose. Ou rien, juste par jeu. À un autre, il force ma tête à rejoindre sa queue et moi à me mettre à genoux. Deux moments qui me trottent encore dans la tête, parce qu'à ces deux moments, j'ai perçu autre chose...Autre chose qui m'a surprise, mais qui n'était pas désagréable. La contradiction peut-être. Mon imagination travaille à nouveau. Ça m'excite.

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Léo, si tactile, n'arrête pas de me caresser. Je m'en rends compte sans vraiment faire attention. Ses mains prennent le temps de passer sur chaque centimètre carré de ma peau, de mes orteils à mes lèvres ; la panthère n'aura jamais été aussi câlinée. Il garde le contact avec mon corps quand nous discutons, quelle que soit la position de nos corps. Sauf quand c'est moi qui viens me coller sur son dos, comme un gros félin sur une branche. À un moment, il s'allonge sur le flanc et, d'un doigt, vient caresser ma vulve entre mes jambes repliées devant moi. Le geste semble l'hypnotiser. Il observe et je l'observe observer. À quoi pense-t-il donc à cet instant ? 

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Il y a le jeu des regards aussi bien sûr. La fenêtre de l'âme. Je me gave de la moindre réaction à mes mouvements, caresses, baisers. Je me gave du plaisir qu'il prend, je trouve ça tellement beau un homme qui s'abandonne comme il le fait. Il est beau ce spectacle que tu m'offres, Léo. J'en veux encore...

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Je me sens bien dans cette chambre en sa compagnie, nue et sans gêne, à rire et à baiser. C'est notre galop d'essai, notre phase de calibrage, le passage obligé pour savoir s'il y aura plus. On a testé nos corps, on a testé notre complicité. La fluidité n'est pas encore optimale, sans doute par ma faute, il me faut du temps pour faire confiance, mais ça s'arrangera si nous entretenons le fil comme il faut... 

Deux mois qu'on savait que nous étions en phase, deux mois à nous désirer, deux mois à ne pas savoir si le rendez-vous confirmerait ou infirmerait cette forte intuition. Ou plutôt à ne pas vouloir trop y croire de peur d'être déçus. Et maintenant ? Mon intuition, toujours elle, me fait dire qu'il y a encore beaucoup à découvrir sur Léo, ses envies, ses fantasmes… 

Maintenant, on verra bien où ça nous mène... 

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