Le Journal d'un maître de Patrick Le Sage

Le Journal d'un maître de Patrick Le Sage

Célèbre maître dominateur parisien, Patrick Le Sage vous invite dans son monde en se prêtant au jeu de la confession. Artiste du sexe qui vit pour son plaisir, il raconte tout : les soumises, leurs maris et amants, les grands patrons, les notables, les gens de tous bords et de tous milieux qui visitent son donjon. Il évoque les moments les plus forts de trente années de pratique. Un témoignage aussi fort qu'Histoire d'O sauf qu'ici le récit est authentique.
L'intention de départ était louable : du partage d'expériences. Je suis bien mal placée pour jeter la première pierre. Et chose assez rare pour être soulignée, il s'agit ici de la vision d'un maître sur les pratiques BDSM. Que se passe-t-il donc de l'autre côté de la lorgnette ? Enfin, d'une lorgnette en particulier pour être précise. Car il n'y a jamais qu'un type de maître et qu'un type de soumise après tout. Il y a avant tout des rencontres entre une offre et une demande qui se rejoignent.

Je ne suis sans doute pas assez parisienne et initiée dans les bons cercles pour avoir entendu parler du personnage, je ne peux donc m'en faire une idée qu'à travers ses écrits. Je crois que ce qui aura scellé mon opinion pour le moins négative sur l'auteur, c'est cette volonté non déguisée de tendre une perche énorme (une de plus au milieu d'une forêt de godes à pattes) en dissimulant son numéro de téléphone entre les lignes de son livre. Sans doute que si sa maîtrise plaît, il sera ainsi plus facile de rentrer en contact avec lui dans la foulée.

Contrairement à ce que laisse à penser la quatrième de couverture, point de grands patrons, de notables, de détails croustillants ; on apprend surtout que le maître aime ses soumises avec une bonne CSP, belles et intelligentes. Plus grand sera le plaisir à les humilier sans doute. Je peux comprendre. Pour ce qui est de la description des pratiques, il s'agit surtout d'une grande succession de scènes au scénario très répétitif où les soumises sont assez interchangeables. À peine glisse-t-il de temps en temps que l'une d'elles a formulé son intérêt pour un fantasme très particulier, qui sera satisfait comme il se doit. Pour le reste, à part être écartelées, fouettées, forcées à jouir, trifouillées avec du matériel gynécologique, abandonnées et enfin livrées en pâture à une armée d'étalons qui les prendront brutalement par tous les trous avant de se finir sur elles, il y a assez peu de variations autour du thème. Ou alors celui de la boucherie peut-être. Oui, je suis un poil de mauvaise foi ici, mais c'est sans doute parce que j'ai eu la sensation que le lien unique qui aurait dû unir maître et soumise n'avait rien d'unique au final, ou n'était tout du moins pas assez souligné.

L'impression qui me restera sera celle d'un homme imbu de lui-même et trop sollicité qui essaye de satisfaire tout le monde et qui en demande encore (d'où le petit jeu avec le numéro de téléphone mentionné plus haut, j'imagine). L'auteur finit par ressembler à un junkie qui a toujours besoin de plus ; la dernière scène au donjon de Bessan est assez parlante à ce sujet. Du shoot vaniteux, mais aussi ce fameux shoot hormonal qui booste le cerveau après une séance et qui, pour l'avoir expérimenté, m'a vraiment donné la sensation de pouvoir devenir accro à la domination.

Une mention spéciale aux deux extraits suivants qui m'ont fait vivement réagir en cours de lecture :
De telles femmes d'exception sont évidemment appelées à rencontrer un maître à la hauteur de leur talent.
Effectivement, j'y retrouve mon monde, tranquillement attablé et sirotant un cocktail à quelques pas de deux dominatrices bardées de cuir qui, cravache en main, sont occupées à mater deux soumis rampant au sol. Pitoyables à mon goût. Je n'ai décidément aucune sympathie pour ces hommes qui mordent la poussière, leurs attributs à l'air, aplatis devant une femme qui les fouette au sang.
Eh bien, j'ai envie de dire : restez donc entre vous. Avec un tel respect pour les pratiques des autres, je crois que tout est dit sur l'ouverture d'esprit du monsieur. Ne pas être en phase et le savoir est une chose, regardez et jugez tout ça en se pinçant le nez en est une autre.

L'écriture ne suffit pas non plus à sauver l'ouvrage, pas de grande littérature au rendez-vous, pas de comparaison possible avec l'Histoire d'O mentionnée au dos de l'ouvrage. La curiosité que le résumé a pu susciter n'est au final pas satisfaite. 

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