Une question de taille

La Belle et la Bite (Des Fists et des Lettres)
Claude se remarque par sa gentillesse, cette espèce de charme joueur et coquin qui réside dans son sourire ; mais surtout Dame Nature l'a doté d'un membre exceptionnellement long, large, et endurant. D'aucunes déclarent, selon le trivial dicton, préférer "une petite travailleuse à une grosse fainéante". Dans le cas de mon ami, l'adage ne fonctionne pas ; il en possède une "grosse ET travailleuse", qui cent fois sur le métier peut remettre son ouvrage, sans la moindre trace d'épuisement ou de lassitude. Non seulement Claude jouit d'une verge de dimensions à faire pâlir les plus chauds des fornicateurs, mais, de surcroit, il sait tenir en laisse cette queue prodigieuse, et lui intimer tous ses désirs.
Le Journal d'un maître de Patrick Le Sage. 

Pardon, je ris. Comment encore une fois réduire l'homme à la taille de son sexe et à ses performances ? Parce qu'à le lire ici et ailleurs dans le livre, les soumises (et par extension, les femmes de manière plus générale) en veulent des grosses, des énormes, des monstrueuses, des titanesques, des gargantuesques. Apparemment, plus c'est long, plus c'est bon. Dans tous les sens du terme. D'où l'armée de "godes à pattes" décérébrée et déshumanisée au possible - mais respectueux  - du dudit maître qui lui sert à parachever une séance par un gang bang ou un viol consensuel. Ceci amenant la soumise non seulement à l'épuisement, mais à la jouissance ultime. LA cerise sur le gâteau.

Ces fantasmes, et leur réalisation le cas échéant, je peux les comprendre. Je ne les partage pas, c'est tout. C'est vraiment l'insistance sur l'aspect physique qui retient mon attention ici. Et bien sûr le sentiment de jalousie que d'autres hommes pourraient éprouver par comparaison.

Oups. Bella déglutit sa salive avec difficulté. Son sexe érigé était... énorme. Une parfaite, merveilleuse et énorme anomalie de la nature. Était-ce réellement possible que ça... entre en elle ?
La Résurrection du vampire de J.R. Ward.

Le phénomène (si je puis dire) ne s'arrête pas là, puisque l'homme ultra mega super membré est aussi très présent dans le reste de la littérature érotique plus généraliste. Et il fait grave fantasmer les lectrices. La question est : Pourquoi en rajouter une couche aussi épaisse quand on sait que ça perturbe la perception que les hommes et les femmes ont d'eux-mêmes et de l'autre ? (Insérez ici la petite idée pernicieuse qui dit que l'homme qui a la plus grosse du quartier est forcément un amant plus valeureux et vous laisserez beaucoup de monde sur le carreau.) 

Qu'en est-il de la réalité ? Depuis un peu plus d'un an et demi d'évolution dans le monde libertin, j'en ai vu passer des sexes, principalement en photos, en long, en large et en travers si je puis dire. Et au fil des mois, c'est aussi devenu un critère d'exclusion assez bête et méchant. D'une, parce que physiquement, ça ne passe tout simplement pas. La nature est ainsi faite, quand ça tape trop au fond, j'ai mal, et si j'ai peur d'avoir mal, je ne m'abandonne jamais complétement. Autant dire que le processus d'identification dans mes lectures est très vite limité par une sensation de douleur dans le coin de la tête. De deux, parce que c'est malheureusement devenu le reflet de la personnalité du propriétaire qui ne semble exister que par son sexe fièrement brandi en érection sur une photo en gros plan. Bel éphèbe, n'as-tu donc pas d'autres arguments à mettre en valeur ? N'es-tu que ton sexe long, large et en travers plutôt pointé vers le haut ? Ah pardon, tu es effectivement un queutard ? Ben tschüss alors !

En discutant un peu avec quelques hommes croisés çà et là, il est évident qu'ils ont du mal à savoir ce que veulent vraiment les rares femmes seules sur ce genre de sites et doivent s'adapter pour séduire (ou tirer un coup pour être bassement triviale). Certains essayent même de couvrir les deux aspects pour doubler leur chance : la séduction et le cru. Car oui, certaines sont exclusivement demandeuses de ce genre de matos, et si le matos en question n'est pas montré avant même d'avoir le temps d'ouvrir la bouche, c'est next. Bienvenue sur le marché de la viande. Pour le petit coup de pied bien senti à l'égo et à la confiance en soi, prenez un ticket. A l'opposé, il y a aussi celles comme moi que ça fait fuir au premier coup d'œil. 

Pire. Je pousse souvent le vice jusqu'à demander explicitement à ne rien voir d'explicite avant la rencontre, même si parfois c'est assez dur de ne pas déraper quand le jeu de la séduction à distance est bien engagé. Je peux faire durer le suspense plusieurs semaines comme ça, sans craquer. Mais toujours avec la petite crainte d'avoir une grosse surprise à l'arrivée. Les statistiques semblent être de mon côté pour le moment. Le petit plus ? Le regard échangé au moment de la découverte, et un en particulier qui me reste en mémoire encore aujourd'hui, plus d'un an après la rencontre. Ce petit coup d'œil discret et touchant pour jauger ma réaction qui voulait dire mille choses et que j'avais résumé ainsi : "Voilà, c'est moi entièrement nu, je suis comme ça. Pas trop déçue ?" A l'époque, nous nous étions juste sautés dessus et ça avait suffi à le rassurer. Aujourd'hui, j'ai envie de répondre : "Mais pourquoi veux-tu que je sois déçue ? Tu as l'air super content de me voir en plus !"

Une queue n'a pas besoin d'être grosse pour être désirée, complimentée, adorée. Ce que je trouve particulièrement sexy, ce sont ces hommes qui portent leur masculinité sur eux, dans l'attitude, dans le regard, dans leurs mots, dans ce que l'ensemble de leur corps affirme pour eux. Ils sont mâles et n'ont rien à prouver. Ils ne surjouent jamais, mais en jouent parfois un peu, avec une certaine sensualité qui plus est. Ils ne se résument très certainement pas qu'à la taille de leur sexe. Et ils ont d'ailleurs oublié leur double-décimètre au lycée.

De tous les partenaires que j'ai eu dernièrement et même avant, le plus gâté reste celui avec qui je partage ma vie. Et je ne l'ai pas choisi pour ça du tout. L'anecdote cocasse serait d'avouer que j'avais tellement pris l'habitude de sa morphologie qu'en me remettant à rencontrer d'autres hommes, j'ai eu l'impression bizarre que le reste du monde était petit. Puis j'ai recalibré mon regard. Depuis, ça va mieux. Tant que ça fonctionne... et d'ailleurs, même quand ça ne fonctionne pas, il y a toujours moyen de s'amuser autrement. Après tout, les femmes ne sont pas toutes que des trous non plus.

PS : En plongeant dans les archives de Maïa Mazaurette, je suis retombée sur ce graphique plutôt bien vu.

Copyright Maïa Mazaurette pour GQ



Note : J'ai volontairement omis la production pornographique, c'est de la triche de toute façon. Puis allez comprendre la contradiction, j'aime bien les mots clés : dick, cock, monster, huge. Mais uniquement dans les pornos, là où la notion de plaisir est très relative. La réalité, c'est une autre histoire. 

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