En toute discrétion

Fired Wife (1943)

Il y a souvent cette petite partie à renseigner sur les sites de rencontre "libertins" pour indiquer si l'on est célibataire ou en couple (vivant ensemble, séparément, illégitimement, autre). Certains hommes mariés indiquent clairement leur état matrimonial soit parce qu'ils assument, soit par souci d'honnêteté, soit parce qu'il y a un arrangement derrière et qu'il n'y a donc pas anguille sous roche. Peut-être que certains s'en foutent aussi parce qu'ils ne sont là que pour tirer un coup. D'autres hommes restent plus flous, ils préfèrent donner un vague "non divulgué", ce qui correspond de toute façon très clairement à un "oui, je suis marié", mais qui peut sous-entendre qu'il va falloir être discret. Ou de se mêler de ses affaires. C'est selon.

L'infidélité est donc bien représentée ici comme ailleurs. Sous des formes aussi diverses que variées. Les hommes vont voir ailleurs, les femmes aussi. Il parait même qu'un homme sur deux est infidèle pour une femme sur trois. Avec de telles statistiques, le jugement de valeur frôle l'hypocrisie.

Et pourtant, j'ai pu constater que beaucoup de femmes seules et de couples stigmatisent un peu trop facilement l'homme marié en quête d'action coquine. L'homme infidèle, l'homme qui ne respecte pas sa femme, l'homme qui est un vil salaud sans cœur, l'homme qui n'a rien à faire là. Sans doute l'homme qui fait peur aussi et qui crée un vague sentiment d'insécurité. "Ouh, comme je n'aimerais pas que cela m'arrive."

Moi, par contre, femme qui affiche très clairement qu'elle est en couple, personne ne m'a jamais fait la moindre remarque... JAMAIS. Les gens s'en fichent tout simplement que je sois la compagne de quelqu'un d'autre. Les anglophones ont une expression pour ça : double standard. 



La première fois qu'il a été question de rencontrer un homme marié, je me suis demandé : "Est-ce bien éthique ?" Dix secondes d'interrogation plus tard et j'avais réglé la question. Je ne suis pas inscrite pour trouver un compagnon, j'en ai déjà un ; je suis là pour passer du bon temps avec des hommes qui me plaisent physiquement et intellectuellement. Rien de plus. Un homme marié qui veut être infidèle trouvera toujours un moyen de l'être. Tout ce que je gagne à lui dire de passer son chemin en le pointant du doigt ("Ouh, c'est mal ce que tu fais là, vilain !"), c'est de laisser filer un mec qui me plait et qui ira s'en taper une autre alors que ça pourrait être moi. Voilà, problème réglé. Car, voilà, c'est bien ça, ce n'est pas mon problème. Alors, oui, je rencontre aussi bien des hommes célibataires que des hommes en couple. Et ça ne fait pas de moi une briseuse de ménage pour autant.

Le seul aspect que je prends vraiment en compte quand j'ai affaire à un homme marié, c'est la logistique. Les rendez-vous auront lieu le plus souvent en journée, durant les heures de bureau ou entre midi et deux, ce qui m'arrange assez aussi, car j'ai un certain attachement pour mes soirées pépères à la maison. Pas de SMS ou de coups de fil n'importe quand, notamment le soir. Pas de griffures ou de marques ; attention aux cheveux et au parfum aussi. Il suffit de me le dire, je m'adapte. Je sens souvent cette petite crispation quand je commence à poser des questions qui touchent d'un peu trop près au couple légitime, comme si j'allais me mettre à juger et à faire des reproches d'un coup, alors que mon seul but est de cerner les limites pour ne pas empiéter. Là encore, il s'agit plus de respect qu'autre chose pour la personne que j'ai en face de moi. Et je peux comprendre que beaucoup n'auront pas la patience ou l'envie de poursuivre dans une relation qui impose quelques contraintes. Mais il en va de même avec les couples qui ont des enfants. Il faut faire avec les horaires de la nounou ou de l'école. Je dis juste, en réponse à ces arguments, que quand on veut vraiment, on peut.



Ce que j'ai le plus souvent perçu à travers mes discussions avec les hommes mariés, c'est une forme de souffrance et de fatalisme liés à la rupture du lien qui cimente un couple ; parfois de la lassitude aussi. Il y a ce terrible constat que quelque chose a changé avec le temps et que la communication ne se fait plus comme avant. Un couple, ça s'entretient, ça demande de l'attention et du travail. Il faut être deux pour ça, mais quand il y a le boulot, les soucis, les enfants qui prennent toute la place... on s'éloigne vite l'un de l'autre si on n'est pas vigilant et le mal est fait, et souvent difficilement réparable. Ça marche pour les hommes, ça marche pour les femmes. Et pour des raisons qui leur appartiennent, ils préfèrent la plupart du temps laisser les choses en l'état.

Si un homme marié de ma connaissance a en tête de se séparer, je n'ai pas à faire partie de la décision, car, encore une fois, il s'agit d'une histoire qui ne me concerne pas. Je peux être une oreille, une épaule, mais pas un catalyseur. L'une des choses que je refuse bien évidemment, c'est d'être instrumentalisée dans le cadre d'une vengeance ou pour provoquer la jalousie d'une autre. Mais il y a fort à parier que le mauvais feeling serait tel dès le départ que la conversation s'arrêterait très vite. Impossible d'aboutir sur une belle rencontre si elle est polluée par une arrière-pensée de ce genre et j'apprécie trop les gens vrais bien dans leurs pompes.

Fired Wife (1943)


Sous un angle d'approche différent, rares sont les personnes qui ont une seule forme de sexualité et pas de fantasmes du tout. Mes pratiques changent d'un homme à l'autre et aucun de mes partenaires ne couvre tous les aspects de ma sexualité aux multiples facettes. Même avec la meilleure volonté du monde, ils n'y arriveraient pas. À partir de ce constat, pourquoi se limiter à un seul partenaire quand on est en quête d'épanouissement personnel ? Un de mes contacts aurait eu bien du mal à satisfaire sa bisexualité et ses besoins de soumission sans aller chercher des partenaires hors de son mariage. Et ceci a été négocié, même si ça l'a été dans la douleur et la tempête au début. Le résultat est là : marié, père et plus épanoui. Que demande le peuple ?

La vérité, c'est que beaucoup de couples se porteraient beaucoup mieux si justement il y avait infidélité, négociée ou pas (ce qui est la partie la plus délicate), mais sans doute un peu mieux assumée. À partir du moment où l'on considère le fait d'aller voir ailleurs comme une soupape, de jardin secret, et pas comme une volonté de nuire ou de partir, il peut peut-être en ressortir quelque chose de positif pour le couple. Mais apparemment, c'est toujours plus facile de tirer des conclusions sur la base d'une petite case cochée sans chercher à en savoir plus. J'ai envie de dire : merci à Gleeden d'exister. Au moins, tout le monde sait à quoi s'en tenir là-bas.

Fired Wife (1943)


Une petite anecdote amusante en guise de post-scriptum. Il semblerait que le couple illégitime soit aussi mal vu que l'homme marié par certains. J'ai donc cette fiche couple avec un de mes amants et nous nous sommes vus claquer la porte au nez juste parce que nous avons voulu être honnêtes. Que s'est-il passé dans la tête de la personne en face (l'élément féminin d'un couple en l'occurrence) ? Mystère. Est-ce que là aussi il y a eu un jugement moral porté d'office sans même nous laisser le temps d'expliquer la situation (qui est pourtant d'une limpidité incroyable) ? Est-ce que c'est la perspective de devoir jongler avec un planning parfois compliqué et qu'il y avait urgence de leur côté à baiser ? Une autre raison qui m'échappe peut-être ? En tout cas, c'est sûr qu'avec ce type de réactions, on ne risquait pas d'aller bien loin ensemble.

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