Une question de feeling


Joseph Ducreux Meme
Partenaire passé : Ana. Merci pour cet échange. Vos photos sont très belles.
J'adore le rouge et le noir :-D 
Que pensez-vous des miennes ?
Je serais enchanté d'échanger bien plus que des photos  
Bise
C.
Moi : Ah, Stendhal ! Un grand classique ;)  
Loin de moi l'idée de tenter pour ensuite dire non, mais vraiment il faudra beaucoup beaucoup de patience (le dilemme de la femme seule sur un site de rencontre) et surtout que le feeling soit là. Mais vos photos me plaisent assez :)
Partenaire passé Oui. C'était facile. "La vérité, l'âpre vérité."
Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. Voilà ça, c'est fait :-D Sérieusement ce dilemme n'enlève rien à l'idée de vous dire oui.
Merci pour votre assez plaisant sur mes photos ;)  
Développons.

Feeling \fi.liŋ\ masculin singulier (Anglicisme)
  1. Ressenti, intuition.
  2. Sympathie ou empathie entre deux personnes. 
    Avec elle, j’ai un bon feeling.


Ceux qui fréquentent les sites de rencontre "libertins" sauront de quoi je parle. Peu de femmes seules, beaucoup d'hommes seuls et la concurrence des fiches couple pour ces derniers. Censés faciliter la mise en relation entre adultes très consentants désireux de faire des folies de leur corps, il faut se rendre à l'évidence : c'est une jungle. Et par-dessus tout ça vient se rajouter l'implacable feeling

Le feeling ? C'est cette impression prégnante mais insaisissable qui nous fait dire oui, non, peut-être. C'est cette première impression, bonne ou mauvaise, qui dicte la suite. Mais le feeling reste avant tout très personnel, il peut varier d'un jour à l'autre selon l'humeur, il peut être totalement foireux et mener à des situations délicates, il peut s'affûter au fil du temps, il peut intervenir différemment à plusieurs étapes de la relation aussi. Il peut agir pour simplement donner l'impulsion nécessaire pour répondre à un premier message, donner accès à un album privé, prendre un café, se rencontrer dans les 10 minutes pour baiser sous une porte cochère, pour commencer à jouer la carte de la séduction, pour en dire un peu plus plus sur soi et s'ouvrir à l'autre, pour savoir si ce sera un coup d'un soir ou une relation suivie, etc. "Ce mec a des abdos/une queue de dingue, j'ai le feeling qu'il va me faire décrocher la tringle à rideaux." "Cet homme respire la confiance en soi, il sait ce qu'il veut, il est franc, il ne me colle pas une pression de malade pour se rencontrer, j'ai le feeling qu'on peut trouver un terrain d'entente très intéressant."

Autant dire qu'essayer de mettre des mots sur ce que le feeling représente, ne serait-ce que pour soi-même, est une mission impossible. Même au bout de plusieurs mois de pratique, je suis incapable de dire précisément ce qui m'attire sur une fiche plus que sur une autre, surtout que physiquement, mes partenaires ont peu de points communs. Pourquoi ce profil me happe-t-il, et pas celui d'à côté qui, pourtant, est très similaire ? Et pourquoi je m'intéresse à ce mec dont je n'aime ni l'avatar, ni l'annonce, ni les pratiques ? Mais voilà, ce feeling est la chose essentielle qui me sert à faire un tri rapide entre mes prétendants les plus sérieux. (Allo romantisme, bonjour !) J'ai appris à lui faire confiance alors que son aspect magique et incontrôlable me dépasse totalement. Et pour l'instant, il s'est révélé être un allié précieux.



Près de 2 000 fils de conversation. Des échanges la plupart du temps très courts de l'ordre du "Bonjour, tu me plais beaucoup./Bonjour, ça n'est pas réciproque. Bye.", pour caricaturer, parfois plus longs mais qui ne mènent à rien, parfois plus longs et qui aboutissent à une rencontre. Et encore plus rarement, des conversations fleuves, de véritables romans, avec un premier message décisif qui fait dire : là, je vais dévorer le premier chapitre et le suivant, et celui d'après, parce que l'histoire est passionnante. Et à la fin, cette personne aura peut-être sa place dans ma bibliothèque des livres marquants de mon parcours libertin, que nous ne nous voyions qu'une fois ou dix. 



Le tout premier à avoir réussi à m'attirer dans un café avant de m'attirer dans une chambre d'hôtel a bénéficié de la chance du débutant. Sauf que c'était moi la débutante. Nos premiers échanges n'avaient rien d'extraordinaires ; aujourd'hui, c'est probablement une entrée en matière qui me ferait passer mon chemin et à côté de quelqu'un de très bien. Malheureusement, les choses sont ce qu'elles sont. Beaucoup de prétendants, une seule moi, il faut optimiser. Et le feeling est vraiment ce sur quoi je me repose le plus aujourd'hui. Il parait que les femmes ont un instinct plus développé que les hommes en plus, le fameux sixième sens. Raison de plus pour lui laisser la main de temps en temps et écouter ce qu'il a à me dire.

Alors, qu'est-ce qui m'amène à avoir un bon feeling ? Une belle annonce, une photo mystérieuse, une entrée en matière, une pointe d'humour, un trait d'esprit, un peu tout ça en même temps ? Il y a toujours ce moment où mon sourcil se lève, où je suis intriguée pour je ne sais quelle raison, où, tout à coup, je suis à l'écoute parce que quelqu'un me semble soudain sortir du lot. Parfois, je sens que ça peut coller, alors je joue le jeu. Parfois, je suis déçue assez rapidement parce que ça ne colle pas tant que ça alors que nous partageons pourtant une vision similaire de ce monde. Parfois je pressens aussi que la relation sera autre, mais non moins enrichissante. 

Avec le temps, je sais que quand j'accepte de prendre ce café en terrain neutre que j'impose quoiqu'il arrive, la messe est déjà dite de mon côté. Soit effectivement, il ne s'agira que d'un café parce que j'étais très curieuse de rencontrer la personne en vrai et j'avais été très claire sur ce point avant, soit c'est un café pour la forme, histoire de vérifier que la marchandise est bien conforme à l'annonce et parce que je veux tout de même me réserver le droit de dire non à ce moment-là. Question de principe.

Jusqu'à présent, je ne me suis plantée qu'une fois. À un moment où j'avais peut-être envie d'accélérer un peu le mouvement. Il y a donc eu cet homme pas désagréable, avec qui il y avait eu des échanges intéressants, mais le moment venu, il s'est révélé trop axé sur mon plaisir à moi. J'ai rapidement eu cette impression désagréable de faire l'étoile de mer, parce qu'on en revenait toujours à mon plaisir, malgré mes efforts pour recentrer le débat. L'arrière-goût n'a pas été terrible, voire décevant. Cette passivité, ce n'était pas moi et je n'avais rien vu venir. Les conversations que nous avons eues ce jour m'ont confirmé qu'il ne comprenait pas tout à fait de quoi je parlais quand je mentionnais mes expériences et ce que j'en retirais comme boost de bien-être. Ça aurait dû me mettre la puce à l'oreille. Sur ce coup-là, mon feeling n'avait pas eu beaucoup de nez. Un seul faux pas sur l'ensemble de mes rencontres, et pas vraiment une catastrophe non plus ; juste un rendez-vous très en demi-teinte. Je ne m'en sors franchement pas si mal.

J'ai expérimenté le bon feeling immédiat aussi, en club. Alors que je sortais à peine d'un divin rendez-vous avec un couple, soudain, de l'électricité dans l'air entre un homme au bar et moi. L'échange de regard n'a duré que quelques secondes et j'ai à peine eu le temps de voir la femme sculpturale à côté de lui, c'est avec lui que le courant est littéralement passé. Ce moment reste un grand mystère, mais comme nous avons fait en sorte l'un comme l'autre de trouver un moyen de nous recontacter rapidement, nous avons pu confirmer qu'il y avait eu quelque chose à cet instant et qu'il fallait l'exploiter, suivre notre instinct sans attendre. Nous nous sommes revus à trois la semaine suivante. Et ce fut un moment assez marquant pour moi, avec une spontanéité dont je ne suis pas coutumière. 

Un autre exemple du véritable pouvoir magique du feeling. J'en reviens encore une fois à cet homme qui a croisé le chemin de ma fiche couple un jour par hasard. Une photo qui a accroché mon œil et qui m'a fait cliquer sur le pseudo. Une annonce bien écrite qui renseignait bien sur l'état d'esprit de celui qui l'avait écrite. Peut-être y avait-il une part de mystère dans tout ça et que ça a réveillé ma curiosité. Qui es-tu, bel homme dont le menton me nargue ? Je ne m'explique toujours pas comment j'ai su, mais vraiment viscéralement su, qu'il y avait quelque chose chez lui qui allait faire "clic", alors même qu'il n'y avait encore eu aucun contact. Le reste a découlé de cette première impression très forte, de validation en validation, jusqu'à cette belle histoire qui continue de s'écrire. Tout ça, parce que mon feeling m'a prise aux tripes un jour. Allez donc expliquer ça.

L'un de mes amants a pour phrase fétiche : Il y a des gens que l'on croise et des gens que l'on rencontre. Sans doute inspirée de celle de Daniel Herrero : J'ai longtemps arpenté les chemins d'Ovalie, le territoire sans frontières des amateurs de rugby. C'est un monde où l'on se rencontre plus qu'on ne se croise. (Dictionnaire amoureux du rugby)

Et je commence à vraiment croire qu'il y a effectivement des gens que l'on rencontre et que ça n'arriverait pas sans une bonne dose de très bon feeling.


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