Átame!


"Serre tes poignets l'un contre l'autre dans ton dos."

La corde se pose sur la peau, la première boucle se forme, la corde glisse. Au début, c'est long, car il y a des mètres de corde à faire passer dans la boucle. Au début, ça ne serre pas. Puis la corde repasse, glisse, sépare les poignets, change de direction et la corde serre la corde qui serre les poignets. Il faut bouger les doigts, les poignets, car ce n'est que le début. "Chérie, ça va serrer."

Parfois, il faut défaire pour refaire et c'est long, car il y a des mètres de corde à faire revenir en arrière pour desserrer de quelques millimètres, avant de les refaire passer à nouveau dans l'autre sens pour serrer les poignets. Et serrer la corde qui serre les poignets aussi.

Il y a le silence, les respirations de l'un et de l'autre, un souffle qui court sur la peau et parfois quelques mots pour s'assurer du confort ou pour évacuer une banalité qui passe par l'esprit. "On pourrait peut-être prendre un café lundi." "Oui, ça me ferait plaisir." Un sourire. Et le silence reprend le pouvoir. L'un concentré sur ce qu'il fait, l'autre concentrée sur ce que fait l'un avec tant de concentration.

La corde remonte le long des bras, se sépare en deux brins, puis passe devant le corps, sous les seins, fait un détour dans le dos, fait un nœud entre les bras, repasse devant le corps, au-dessus des seins, refait un détour dans le dos, retrouve le nœud entre les bras. Et ainsi de suite pour encadrer les seins pâles dans un rectangle rouge. 

La corde change de nouveau de direction, se sépare en deux brins qui contournent le cou par la droite et la gauche pour replonger devant, et le rectangle n'est plus. Un nœud vient de se former devant, entre les seins. La corde continue sa plongée verticale ; elle se tend contre la peau du ventre, coince quelques poils pubiens et s'enfouit entre les lèvres humides où elle disparait. Elle ressurgit derrière, à la naissance des fesses et remonte pour recroiser les poignets, puis retrouve le nœud entre les bras. Et là, elle arrête sa course. C'est le dernier nœud.

L'artiste admire son œuvre. Il commente. Il savoure. Mais l'œuvre ne verra pas le résultat. Il n'y aura pas de photos cette fois. Il y aura juste le souvenir de la corde qui frotte délicieusement entre les lèvres humides. Le souvenir d'une voix qui guide et apaise. Le souvenir d'un autre nœud entre d'autres lèvres humides. Le souvenir d'un bref moment d'abandon empli de confiance et de complicité baignant dans l'intimité la plus pénétrante. La lenteur qui se mêlent à la douceur. C'est l'instant de communion.

Puis vient le moment de faire le chemin inverse pour de bon. Les mètres de corde qui se défont, se déroulent, se dénouent. Le corps se libère, mètre après mètre, jusqu'aux poignets qui se desserrent enfin... 

La marque des cordes restera sur la peau quelques heures. Un souvenir très éphémère, mais tellement satisfaisant. Puis tout sera à refaire. Encore et encore. Toujours différemment, toujours religieusement. 

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