Fantasmes et rapport à la lecture érotique

Antoine Joseph Wiertz - La lectrice de roman

Je lis. J'ai besoin de lire. Je ne lis pas tout le temps, c'est par période et la thématique change régulièrement, mais je ne pourrais pas vivre sans lire. Étonnamment, s'il y a pourtant bien un domaine auquel j'arrive peu ou prou à m'intéresser, c'est celui de la romance, de l'érotisme et des histoires de sexe torride, avec ou sans fouet. La majorité (comprendre : ce qui est à la mode actuellement dans le rayon érotisme) ne me fait ni rêver ni mouiller ma petite culotte. La sauce ne prend pas avec les livres, alors qu'avec les films, j'arrive encore à avoir des palpitations si les choses sont bien amenées.



Les romances ? Je ne suis pas romantique, je ne crois pas au prince charmant, je n'ai que faire des fleurs, des soirées aux chandelles, des bulles de champagne, des promesses de mariage et de chien qui galope avec les enfants dans le jardin derrière une barrière blanche. Je ne vais même pas m'attarder sur la Saint-Valentin qui approche à grands pas. J'aime et je partage toute l'année et plutôt trois fois qu'une maintenant en plus. Je ne crois pas non plus à l'amour comme au premier jour au bout de dix ans de vie commune. 

Les jeunes et beaux éphèbes bien membrés et endurants ? Je leur dis non dans la réalité, pourquoi irais-je les chercher ailleurs que dans les pornos dans les livres ? J'aime les "vieux" beaux.

Le sexe torride où la femme jouit dès qu'on la touche, rejouit quand on la pénètre, puis encore trois ou quatre fois avant que l'homme ne jouisse à son tour provoquant une pluie d'étoiles... et qu'il y a moyen de remettre ça encore six fois dans la nuit. Trop d'irréalisme tue le réalisme. Faut-il rappeler qu'une femme a le droit de ne pas jouir à tous les coups et que l'ego de l'homme n'a pas à en prendre ombrage ?

Les riches célibataires avec un trauma d'enfance bien caché et un amour pour les menottes et la cravache qui stimulent à la fois l'instinct maternel et le penchant pour la soumission ? Vade Retro, Grey Satanas ! Prends le taureau par les cornes et va voir un psy plutôt que de chercher la seule, l'unique qui saura te comprendre et t'accepter et te soigner parce qu'elle n'attendait que ça : trouver un homme mal dans sa peau qui lui dira où et quand faire pipi ! J'y reviendrai plus bas.

Les bêtes de muscles, c'est pareil. J'aime la virilité subtile. Pas les mecs baraques et bourrus qui s'affirment en envahissant le territoire du Highlander voisin pour impressionner la donzelle, alors qu'il lui suffit de sourire pour montrer qu'au XVIe, les soins dentaires, c'était pas ça et que le résultat devait être très impressionnant en effet. D'un autre côté, comme elle a des oxyures qui lui remontent par les trous de nez et des poux dans les cheveux, ça doit passer.

Jeune fille lisant, de Théodore Roussel

Et les hommes possessifs et obsessionnels ! Comme si le rêve de toutes les femmes était de se donner entièrement à l'autre, de vivre pour l'autre, de fusionner dans l'autre, de ne faire que la même chose que l'autre ou ce que l'autre lui dit de faire, parce que c'est ça l'amour, c'est ne former plus qu'un seul être qui regarde dans une seule direction tout le temps, ce qui les condamne à pratiquer les positions de la cuillère et de la levrette jusqu'à ce que la mort les sépare. Adieu veau, vache, cochon, soirées entre potes et sorties entre copines donc. Si, en plus, la femme est vierge ou quasi sans expérience et que l'homme est un bad boy tombeur qui se range pour elle, alors là, c'est l'explosion de paillettes. Ces deux-là étaient vraiment faits l'un pour l'autre. Vite, un labrador.

M'affirmer petit à petit en tant que féministe pro-sexe ne m'aide certainement pas à comprendre l'attrait croissant pour cette littérature si stéréotypée, que je trouve en plus assez contreproductive au final. J'ai un souci avec les gros clichés et les relations entre les hommes et les femmes dans ce type de romans qui ont la fâcheuse tendance à s'appuyer toujours sur les mêmes codes et la même dynamique correspondant aux attentes des lectrices, qui du coup lisent encore et toujours plus ou moins la même histoire et en redemandent. Et la boucle est bouclée, parce que ça devient une lecture rassurante et doudou, et ça serait bien si la réalité était comme dans les livres. Mais, résultat, la réalité n'évolue pas, elle. Le modèle du conte pour enfants perdure : et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.

Heureusement, il y a des auteurs qui arrivent, avec succès critique à la clé, à apporter de la fraîcheur dans le genre. À tout hasard : des héroïnes fortes, indépendantes, qui assument totalement leur sexualité débordante ou sélective ou très particulière, et qui n'hésitent pas à plaquer tous leurs prétendants à la fin parce que les combats de coqs et les concours de bites, ça va bien deux minutes, et une femme, ce n'est pas un trophée. 

Marie-Madeleine au désert d'Emmanuel Benner

Et puis, comment ne pas parler de cette mode autour du BDSM puisque j'en suis une modeste pratiquante ? J'ai déjà évoqué mes premiers émois livresques en la matière et ils ne datent pas d'hier. J'ai donc vu débarquer Grey, ses cinquante nuances et tous ceux qui ont surfé sur la vague dans la foulée. Beaucoup d'éditeurs se sont mis à en publier, beaucoup d'auteurs ont fait surface. D'un seul coup, les gens (surtout les femmes) voulaient du cuir et des menottes en pilou à la maison pour pimenter leur vie sexuelle. Curieusement, il y a eu des accidents et ça n'a pas forcément été agréable pour tout le monde. Hé !, le BDSM, ça ne s'improvise pas.

Catherine Robbe-Grillet avait été invitée un peu partout pour parler du phénomène 50 nuances à l'époque et elle avait bien résumé les choses :
C'est un conte de fées. Ou, plutôt, c'est du Harlequin. J'aimerais quand même savoir ce qui, en ce qui concerne l'écriture, relève de la traduction stricto sensu... Quel couple ! Voyez cette héroïne : oh, la pauvre petite ! Elle n'arrête pas de "déglutir", de dire "merde" ou "putain de bordel de merde". Cette oie blanche perd sa virginité avec ce garçon et, d'un seul coup, elle connaît six orgasmes ! Et elle pense que toute cette affaire de SM, au fond, ça va passer.... Quant à lui, c'est un amant très responsable : même lorsqu'il sort la cravache, il reste très convenable et très doux. À mon avis, cette E.L. James se moque de la littérature. C'est le degré zéro ! Elle a, semble-t-il, d'autres chats à fouetter...
Voilà, on retombe bien sur le et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Même là.

Je suis presque incapable de lire les livres dans cette veine, déjà parce que la plupart du temps, c'est du grand n'importe quoi écrit par des gens qui fantasment le BDSM mais ne le vivent pas, et quand il s'agit d'initiés, il se trouve que ça ne correspond pas à mes pratiques. Difficile de s'immerger dans une histoire où une soumise vit aux pieds de son maître 24/7, la bouche rendue disponible par un bâillon-anneau et avec un Rosebud dans l'arrière-train duquel pend une clochette qui ne doit pas tinter sous peine de se retrouver sodomisée dans la minute par quinze étalons en rut alors que ça ne fait pas du tout partie de mes fantasmes. Quand je lis ça, je ne peux pas m'empêcher de m'identifier, et si c'est quelque chose que je ne laisserais jamais faire, alors ça me met plus mal à l'aise qu'autre chose. Autant dire que le plaisir n'est pas au rendez-vous. Quoique... sans le 24/7, et sans les étalons... Zut... Bref. Puis, la relation entre un maître et une soumise est quelque chose que je considère comme tellement unique, que ce que font les autres en vrai ou dans les livres ne me concerne jamais vraiment. Ce sont d'autres arrangements qui ne me regardent pas.

Janos Czencz


Pire encore, la nouvelle mode semble s'est déplacée vers la Dark Erotica. Je cherche encore pourquoi le mot érotique est mêlé à tout ça, car il s'agit la plupart du temps d'histoires dramatiques d'enlèvement, de contrainte, de viol, d'esclavage... et d'emprise psychologique. Un auteur a même trouvé de bon ton d'annoncer sous le résumé de son livre que :

Ceci n'est pas une histoire de BDSM consenti. C'est véritablement une histoire d'esclavage. Si lire une histoire érotique sans mot de sécurité vous met mal à l'aise, alors ce livre n'est pas pour vous. Il s'agit d'un travail de fiction, et l'auteur ne valide ni n'encourage ce type de comportements avec d'autres personnes sans leur consentement.

Tu fais bien de le préciser. Je vais donc acheter l'autobiographie de Natascha Kampusch et voir si ça me fait de l'effet. Ah non, pardon, ce n'est pas une histoire érotique, c'est la réalité de l'enlèvement, du viol et de l'esclavage. D'un esprit brisé. Et tu racontes quoi comme histoire déjà ? Non, vraiment, je ne vois pas ce qu'il y a d'érotique là-dedans (Érotique = qui a rapport à l'amour, qui a un tempérament sensuel, qui est enclin au plaisir physique, c'est dans le dico). Même sans amour, toute relation BDSM est basée sur le consentement initial, peu importe ce qu'il se passe après, que la personne se fasse agrafer les grandes lèvres et taillader les mamelons pendant qu'on lui envoie des décharges électriques entre les cuisses. Dur, mais consenti. La défense des auteurs comme des lecteurs, c'est qu'il s'agit d'un travail de fiction... Pourquoi 50 nuances n'est pas considéré comme tel alors, et que les gens jouent à Christian et Ana ?

Der Bücherwurm de H. Fenner-Behmer


Il m'arrive pourtant de succomber de temps en temps à quelques ouvrages du rayon érotique. J'ai lu Histoire d'OLe LienLa Vénus à la fourrure, quelques romances gay tendance BDSM (une niche pas pire qu'une autre), des témoignages et des anthologies autour de la fesse. Comment j'effectue mes choix ? En général, il s'agit d'ouvrages de référence qu'il est bon d'avoir lus pour la culture. C'est ma motivation principale. Parfois, il s'agit de recommandations. Il n'y a pas de recherche particulière de source d'excitation vu que ça fonctionne rarement, pas de réelles recherches de scénarios à réaliser, tout au plus, il y a des idées à adapter avec l'un ou l'autre de mes partenaires, parce que je sais que ça pourrait leur plaire. Ça me permet aussi de croiser des situations nouvelles qui, par mimétisme, me permettre de mieux définir ce que je suis prête à faire ou pas du tout, ou peut-être. Mais, de mémoire, si effectivement il arrive qu'un peu d'humidité déborde, ça ne va que rarement plus loin. Je suis plus dans une approche de documentation, d'analyse et de compréhension. Le seul plaisir que j'en retire est généralement celui des mots. Comment ça, je ne suis pas fun comme nana ? 

Ce qui reste le plus cocasse là-dedans, c'est que je ne doute pas qu'une partie de mon entourage, non initié à mon style de vie, pense, en voyant mon rejet du genre parfois virulent, que je suis mal baisée, frigide ou je ne sais quoi. Alors que justement, c'est tout le contraire. Pendant longtemps, j'ai emmagasiné de la théorie et tenu en laisse pas mal d'envies. Aujourd'hui, je vis tout ça : je rencontre des hommes, des femmes, des couples, je me laisse marquer les fesses et je ne m'interdis pas de tomber amoureuse. Et en faisant tout ça, je cultive mon jardin secret. Avec cuillère et levrette si ça me chante, mais toujours sans les fameuses bulles.

Jean Jacques Henner - La liseuse

PS : Si vous voulez en savoir plus sur la romance et ses sous-genres, Wikipedia a une page pour ça. Je rappelle que, quelque part dans le bazar, il y a du dino-porn
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Lu ailleurs #2


  • Un portrait de Stoya, l'actrice porno par qui le scandale arrive. Stoya, c'est la première participante du projet Hysterical Literature. Et je ne m'explique pas encore comment j'ai pu résister à l'appel du film porno pour découvrir ses performances... Je me retiens de mettre une ligne de petits cœurs, mais vraiment, je trouve que cette nana est aussi bien foutue de corps que d'esprit. En tout cas, c'est ce que tend à prouver ce long article.
  • Une interview et un projet intéressant autour du libertinage. Je suis bien d'accord avec lui en plus.
    Je ne suis pas sûr que cette pratique sexuelle doit être la norme chez les jeunes. Je ne me place pas sur le plan moral mais plus le parcours qui doit ou peut emmener chacun à pratiquer ce type de sexualité. La plupart des couples que j’ai vu vivre une sexualité heureuse, ce sont ceux qui sont dans leur deuxième vie. Ceux qui ont eu une ou des histoires amoureuses et qui se retrouvent vers la quarantaine à entamer une autre vie, et là ils se sentent en phase avec eux mêmes. C’est un parcours que chacun doit faire avant d’envisager de partager celle ou celui qu’il aime. Il faut du temps pour régler son problème d’ego, trouver une certaine harmonie dans la relation du couple. Le libertinage enrichit le couple qui va bien mais il peut aussi détruire un couple fragile. D’ailleurs la moyenne d’âge des gens que j’ai photographié pour ce livre c’est plutôt 35 ans.
  • OMGYes... J'ai presque envie de dire : je demande à voir par curiosité, mais pas au point de payer pour. Le compte rendu de L'Obs me suffit je crois et le site semble faire le buzz un peu partout depuis quelques jours.
  • Propagande anti-pornographie... Je crois que propagande est, en effet, le bon mot. D'ailleurs, je pense qu'il aurait été aussi de bon ton de dire que c'était de la faute aux jeux vidéo dans la foulée. Ah non, ça ne marche pas cette fois. Flûte ! De la bien belle propagande en tout cas avec du suspense, une enquête, un coupable et une morale à l'histoire. 
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Sapio quoi ?



J'ai failli m'étouffer avec mon thé en lisant cet article ce matin. Maïa s'était déjà attardée sur ce mot sur GQ l'année dernière, mais là, elle va beaucoup plus loin. La charge est sévère. Apparemment et pour résumer, être sapiosexuel (sapio = savoir en bas latin), c'est être snob, psychorigide et donneur de leçon en matière de sexe. Super ! Merci !

Faut-il donc s'excuser maintenant d'avoir un peu de culture, d'aimer échanger avec les gens entre la poire et le cunni et d'apprécier repartir d'un rendez-vous avec un orgasme sous un bras et quelques connaissances en plus sous l'autre ? Désolée encore de ne pas me satisfaire d'un résumé des derniers épisodes des Ch'tis à Pétaouchnok-les-Bains, ne pas avoir dévoré le dernier numéro de L'Équipe et d'espérer que mon partenaire du jour saura exprimer ses envies d'une manière un peu plus élaborée que : "je peu passé des heure a te lécher" et "tu aime les grosses keu bien dur ?" Alors, oui, je suis snob, j'aime le bon français et les efforts sur la grammaire. D'ailleurs, je prends mon pied en lisant Bescherelle ta mère et aussi quand une personne me contacte avec un premier message qui se dénote de la banalité ambiante. Je pars aussi du principe, un peu bête sans doute, que quelqu'un qui sait s'exprimer et a un bulbe bien habité sera plus à même de rebondir sur mes allusions coquines dissimulées derrière un bon mot au 15e degré, faisant de nos échanges une source de plaisir intellectuel pour moi. Ce n'est quand même pas de ma faute si mon cerveau est câblé bizarrement et qu'il faut séduire mon esprit avant que je regarde si le corps me plait aussi. Donc oui, au test de sapiosexuaptitude, j'ai 80/100. Et j'en profite pour repiquer cette petite chose qui m'a amusée et que j'ai complétée entre les lignes :

1. Au collège, vous aimiez en secret la bête du cours de latin-grec.
Non, mais il était premier en maths.
2. Au lycée, vous aimiez en secret votre jeune et fringuant prof de philo.
Plutôt le prof d'allemand.
3. Ses fautes d'orthographe vous font hurler.
Je sais faire abstraction quand il faut.
4. Vous avez fait un rêve érotique avec Frank Underwood.
Non, mais j'aime Kevin Spacey depuis qu'il cite Baudelaire.
5. Et un autre avec Tyrion Lannister.
C'est le meilleur personnage des livres, comment ne pas l'aimer et l'admirer !?
6. Vous avez eu une relation avec une personne plus âgée.
Je n'ai que des relations avec des personnes plus âgées, c'est devenu un critère en attendant de devenir cougar dans 10 ans.
7. Vous ne répondez plus de rien face aux lecteurs du métro.
Non, ça m'amuse de regarder ce qu'ils lisent, au contraire.
8. Vous aimez les types à lunettes.
Forcément, ils sont plus vieux que moi, ils sont au moins presbytes.
9. Vous aimez qu'on vous fasse une cour textoïque assidue.
Pire que ça, j'aime écrire des textes cochons et qu'on m'en écrive. La preuve ici même.
10. Dans votre liste d'ex figurent : un agrégé, un chanteur à texte, un journaliste, un type dont vous n'avez jamais vraiment compris le job mais qui avait des lunettes en écaille.
J'ai surtout une collection d'ingénieurs dans mes ex. Mes actuels sont beaucoup plus variés.

Pour revenir à Maïa et extraire un bout de sa caricature  :
Ce faisant, ils tentent de propager l’idée que le sexe est meilleur quand il est purement cérébral, et le désir, plus légitime quand il se porte sur la collection de livres anciens. Vous reconnaîtrez ces parangons du snobisme à leurs perles de sagesse préférées, qui ressemblent à ces petites phrases d’inspiration « philosophique » qui broutent partout sur Internet. 
Justement, j'ai la citation parfaite sous le coude :
Je suis un intellectuel. Ça m'agace qu'on fasse de ce mot une insulte : les gens ont l'air de croire que le vide de leur cerveau leur meuble les couilles."
Simone de Beauvoir - 1908-1986 - Les Mandarins - 1954
Puis bon, je préfère être attirée par un cerveau que par un portefeuille, ça fait moins pute quand même.


PS : Faut-il rappeler que dans ce petit monde, personne ne force personne à rien, que les gens ont le droit de réfléchir à ce qu'ils veulent et le dire, que ce que j'aime peut ne pas leur plaire et vice-versa ? Je ne juge pas les gens qui aiment le scato, alors qu'on ne me juge pas parce que j'aime la cervelle. Et puis, qui se ressemble s'assemble d'abord, c'est bien connu. 
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Polyamour : un introduction


Je suis polyamoureuse. Voilà. C'est dit.



Ok, c'est un peu court...
Vaste vaste vaste sujet que le polyamour. Tellement vaste que je ne sais pas comment l'aborder en fait. Comme le reste, ça sera traité selon l'inspiration du moment, je pense.

En tout cas, le polyamour, c'est un peu comme le libertinage, une fois qu'on a mis un pied dedans, on ouvre les yeux et on perçoit le monde avec un petit décalage pas désagréable. Comme l'histoire de Tilda Swinton, son mari, son amant, qui avait fait jazzer il y a quelques années. À l'époque, je me souviens que j'avais trouvé ça un peu curieux quand même, et qu'il devait forcément y avoir anguille sous roche. Aujourd'hui, je comprends. Entre-temps, je suis devenue libertine et polyamoureuse. Ça aide.

Reste que dans l'esprit de la majorité, à partir du moment où il y a plus d'une personne dans un couple, c'est forcément le début des maux de tête, parce que c'est 1 + 1 et pis c'est tout et qu'après il y a tromperie, jalousie, crises de larmes, assiettes brisées, divorce, une de Voici, et qui va garder le chien, etc.

Sauf que, voilà, pas forcément. Mais ça demande beaucoup de boulot pour dépasser ce que la société tout entière nous a inculqué depuis toujours et que nos concitoyens ne sont pas près d'arrêter de nous renvoyer dans la figure parce que c'est tellement mieux de juger le comportement des autres plutôt que de se remettre en question et de se demander si on est vraiment heureux dans la vie (ouch !). Être polyamoureux, c'est se frotter à l'incompréhension profonde des gens qui nous entourent. "Comment ça, on peut être en couple et avoir un, deux, trois amants ? Plus des partenaires sexuels occasionnels avec lesquels il se tisse parfois des liens d'amitié ? Mais tu es nympho-mytho-dérangée, ma pauvre fille, il faut te faire exorciser ou on va t'envoyer au bûcher !" (Citation purement fictive.) C'est là que le "Vivons heureux, vivons cachés" devient assez essentiel. Parce que, oui, c'est possible, et c'est assez épanouissant en plus quand on fait les choses comme il faut.



Un coup de cœur virtuel, une rencontre explosive, un coup de foudre réciproque et une tempête émotionnelle dans la foulée. L'amour-passion contrarié, de la douleur, de la culpabilité, l'envie de fuir loin, mais loin. Si loin.

Quand tout ça m'est tombé dessus, je n'étais vraiment pas prête, je n'y connaissais pas grand-chose en polyamour, ni dans la réalité ni en théorie, à part une série de livres qui en parlait sans que ce soit son sujet principal et qui, en plus, avec le recul, en parlait assez mal. Il a donc fallu apprendre et s'adapter très très vite à cette situation nouvelle sous peine de voir, en effet, tout exploser. Aller voir ailleurs et tisser des liens d'amitié avec d'autres partenaires sexuels est une chose, tomber amoureuse en cours de route en est une autre.

Je partais néanmoins avec un atout de taille dans ma manche. Non seulement ma relation était déjà ouverte et j'avais déjà eu quelques partenaires libertins, mais en plus la communication à ce sujet avec mon partenaire de vie continuait à se faire pour suivre un peu mon évolution et surtout pour adapter les bases de notre accord commun au besoin. Car, initialement, cette liberté n'a pas été retrouvée sans la pose de quelques règles pour préserver le couple établi depuis longtemps. Cette communication était, sans que je le sache, la pierre angulaire qui a permis à tout le reste de se mettre en place.



La Salope éthique de Dossie Easton et Janet W. Hardy


Il y a un livre référence que j'avais pourtant acheté, que je n'avais pas encore lu et que j'ai fini par ouvrir après avoir essuyé les premiers plâtres. Ce livre, c'est La Salope éthique de Dossie Easton et Janet W. Hardy. Je l'ai donc lu trop tard, mais il m'a quand même permis de comprendre beaucoup de choses, de retrouver et de valider la logique de mon cheminement, de reconsidérer certaines choses aussi et surtout de mettre des mots sur des ressentis, ce qui a permis de mieux gérer des situations nouvelles par la suite. Je ne jure pas que par lui, mais quand même, c'est une bonne base sur le polyamour au sens très large. Et le premier gros coup de pied que le livre donne dans les idées reçues, c'est le suivant :

LAISSEZ L’AMOUR COULER À FLOT
Beaucoup de gens croient, consciemment ou non, que nos capacités pour l’amour romantique, l’intimité et les liens affectifs sont limités, qu'il n’y en aura jamais assez pour tout le monde et que ce que l’on donne à l’un doit forcément être retiré à un autre. 
Nous appelons ça l’« économie de la famine ». [...] 
La plupart des gens ont intériorisé cette croyance dès l’enfance. Leurs parents leur prodiguaient peut-être peu d’affection, si bien qu'ils ont intériorisé l’idée qu'il existe une quantité limitée d’amour et qu'ils doivent se battre pour l’obtenir, parfois dans une rivalité impitoyable avec leurs frères et sœurs.
Ceux qui se comportent selon cette « économie de la famine » sont souvent très possessifs à l’égard des gens, des choses et des idées qui comptent pour eux. Ils appréhendent le monde à la lumière de cette impression de « pénurie », si bien que, dans leur esprit, tout ce qu'ils obtiennent, c’est quelque chose qu'ils ont pris aux autres, quelque chose que les autres n’auront pas, et parallèlement tout ce que les autres ont, c’est une chose qu'eux-mêmes ont en moins. Il est important de faire la distinction entre l’« économie de la famine » et les limites du monde réel. Le temps, par exemple, est une limite du monde réel : même la salope la plus motivée ne dispose que de vingt-quatre heures par jour. Par contre l’amour n’est pas une limite du monde réel. Les parents de neuf enfants les aiment chacun autant que les parents d’un enfant unique.

La Salope éthique, p 41-42
Simple sur le papier, pas si simple à vraiment accepter dans la réalité. D'un côté, il y a le sentiment de culpabilité : aimer un autre, c'est trahir son compagnon de longue date. De l'autre côté, voir l'être aimé tomber amoureux de quelqu'un d'autre, c'est effectivement avoir l'impression d'être privé d'un coup d'une part de son amour avant de tout perdre. Les deux situations sont hautement douloureuses au début. Mais il faut peut-être en passer par là et s'accrocher pour avancer dans cette voie. J'y reviendrai dans un prochain post sur la notion de fidélité. Je reviendrai sur plein de choses d'ailleurs. Mais en attendant, en dehors de la référence de ce livre, j'ai envie de donner deux liens : un qui résume tout en beaucoup moins de mots que moi et avec lequel je suis entièrement d'accord, un autre que j'ai dans mes liens à gauche et qui est un beau retour d'expérience sur la longueur (même si la fin n'est pas heureuse). Et si vous avez vraiment un intérêt prononcé pour ce mode de vie, il y a aussi le forum de polyamour.info.

[À suivre...]
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Florilège 4 : spécial tâches ménagères

Homme seul : bonjour Charmante Dame, il va faire beau ce weekend tu vas faire quoi ?
Moi : Bonjour, rien de bien excitant, j'en ai bien peur. Ou alors il faut que je réévalue mon fétichisme du ménage :)

Homme seul : Bonjour..au plaisir d'échanger quelques mots...
Moi : Bonjour,
voici quelques mots alors. Vous pouvez les garder d'ailleurs, j'en ai d'autres.

Homme seul : J'adore ...
Moi : Dior !

Homme seul : Beau profil je t'ouvre mon album
Moi : C'est gentil, mais ce n'est pas ce que je regarde en premier chez un homme.

Homme seul : bonjour Ana, je suis d'humeur taquin et coquin aussi aujourd'hui.. disponible ce soir je me déplace et dois me rendre dans l'ouest ensuite donc la distance ne me gêne pas... parlez moi de vos gouts
Biz
Moi : Bonjour homme seul, 
je suis d'humeur à faire le ménage et à aller voir un film avec mon compagnon ce soir. C'est dire si nos emplois du temps ne collent pas du tout.
Bonne recherche à vous néanmoins !
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Docteur Green, vite ! Je crois qu'on est en train de le perdre !

http://mes-dessins-perso.over-blog.fr/article-la-poule-qui-a-trouve-un-couteau-54008746.html

Je sais, c'est mal de se moquer, mais tellement tentant, et tellement révélateur aussi de l'état d'esprit de beaucoup de "libertins". Rien qu'à la lecture de l'annonce, je savais que ce jeune homme n'était pas là pour les mêmes raisons que moi et que la différence de "philosophie" allait vite se faire sentir. Je voulais voir quand il allait le comprendre de son côté.
Homme seul, 33 ans : bonjour comment vas tu
Moi : Bonjour,
je vais bien et toi ?
HS : tres bien comment t appelle tu
Moi : Un indice se cache sur ma fiche je crois
HS : anna?
Moi : Bingo !
HS : ok je voudrai bien te rencontrer ton corps me donne envi
Moi : Je crains que vous ne soyez que trop nombreux sur le coup...
HS : Pour un câlin on di jamai non
Moi : On = les hommes de ce site j'imagine. Parce que moi, je passe mon temps à dire non.
HS : pourquoi ca
Moi : Parce que je ne suis pas une machine sans doute.
HS : oui c'est vrai , qu elle est le truc que tu adore le plus dans le sexe
dis moi
Moi : Tout, mais uniquement avec le bon partenaire.
HS : y a bien un truc que tu aime le plus
Moi : L'instant de communion
HS : comment ca
Moi : Ce moment où corps et esprit forment un tout qui transcende le plaisir purement physique.
HS : ok
Fin de l'échange.

Comme me l'a suggéré une amie qui suivait l'échange en live, j'aurais aussi pu répondre : "la sodomie à sec le soir au fond des bois"... mais je ne suis pas sûre qu'il aurait compris le second degré non plus et il aurait été capable de rebondir en disant que ça n'était pas son truc...
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