Un profil de danseuse

Steve Richard http://www.steverichard.com

La formation d'un danseur classique, comme celle que j'ai suivie, est certainement la formation physique la plus dure qui soit pour un jeune corps. Tous les jours que Dieu fait, heure après heure passées à sculpter, modeler et plier méticuleusement, par la contrainte, le corps, le ventre et les membres, selon des formes, des angles et des lignes qui dépassent de loin, de très loin nos limites physiques et naturelles. On en veut toujours plus. Toujours plus d'élongation, plus de pirouettes, plus d'"en-dehors", plus de force, plus de tout. Cette exigence entraîne à la fois le corps et l'esprit dans une région de l'existence qui échappe à l'expérience normale. Dès l'âge de quatre ans, j'ai appris à affronter la vie à travers mon corps, à l'intérieur de mon corps, toujours à la limite d'une perpétuelle endurance.
Cet arrière-plan, je crois, m'a préparée à la voie de l'enculade. Celle-ci répond à l'appel de mon masochisme physique. Elle récrée l'extrémisme athlétique de la danse, sa discipline, la recherche de la perfection. Elle est ma façon d'être aux extrêmes. 
Ma reddition de Toni Bentley (La Musardine)

Un jour, on m'a posé cette question : "Est-ce que vous avez fait de la danse étant plus jeune ?" "Oui", ai-je répondu. J'ai bien tout de suite compris le rapprochement qu'il y avait à faire et je trouve même ça plutôt bien vu. La lecture de ce livre confession de Toni Bentley m'a encore plus éclairée sur l'origine de la question. Il y a quelque chose de très logique autour du lien qui peut être établi entre cette activité exigeante, contraignante, qui demande d'être sans arrêt en train de s'observer et de se corriger, et le besoin quasi proportionnel de lâcher-prise. 

Sans parler du rapport à la douleur et à son acceptation. À partir du moment où on monte sur des pointes, on apprend à tolérer la douleur et à sourire les pieds parfois en sang. 

Sauf que... je n'ai jamais aimé la danse, je n'étais pas du tout du genre à faire des stages intensifs l'été, à forcer mon corps à être longiligne et toujours plus souple, à rentrer en compétition avec les autres pour être la meilleure de la classe. Chaque semaine, je subissais ce sport qu'on avait choisi pour moi. Et j'ai subi longtemps. Les pointes, j'ai connues et effectivement, j'ai appris à supporter la douleur en gardant le sourire. Pour le reste, je n'ai clairement pas eu besoin de ça pour devenir trop exigeante envers moi-même et trouver d'autres occupations très carrées qui vont en effet dans le même sens, avec la même conséquence.

Mais ce lien reste malgré tout intéressant et sans doute applicable dans beaucoup de cas. Après tout, être danseuse reste un rêve de petite fille...

Je suppose que c'est aussi pour cette raison qu'existent ce type de chaussures, que j'imagine plutôt destinées à immobiliser ou ralentir une soumise, en plus de lui donner une belle ligne et de torturer ses orteils. Sinon, ça reste quand même assez moche et peu pratique comparé à de jolis escarpins.

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire