Primaire, secondaire, tertiaire


A est en couple avec B depuis fort fort longtemps, mais a la liberté d'aller voir ailleurs pour se dégourdir les pattes. Un jour, A rencontre C et c'est le coup de foudre. A se retrouve bien embêtée car ce n'était pas vraiment prévu, mais travaille avec B qu'elle ne veut pas quitter pour permettre à C de rester dans sa vie. C est célibataire et très libertin, mais A n'a pas de problème avec ça, au contraire : elle aime la liberté affichée de C et sait qu'elle a une place très privilégiée dans la vie de C. Tout roule pendant six mois. A est toujours avec B, A aime C et C aime A. 

Puis C rencontre D et a un coup de foudre pour elle. Il ne veut pas quitter A, mais aime D à la folie... et D est célibataire comme lui, ce qui tombe bien, mais pas libertine, ce qui complique un peu les choses. A souffre. A pense qu'elle doit s'effacer pour laisser la place à D. C retient A parce qu'il l'aime toujours autant, mais aime aussi D. Tout ça est douloureux, si douloureux, pour A. Même B se retrouve à épauler A pendant cette période délicate.

Puis un jour, A comprend que ce qui l'a fait tant souffrir malgré tous les efforts fournis par C pour la rassurer, ce n'est pas tant que quelqu'un d'autre est entré dans la vie de C, il a toujours eu d'autres femmes dans son lit, mais que pendant six mois, elle a été sa relation primaire par défaut et, même s'ils ne vivaient pas ensemble, ils étaient en contact en quasi continu et partageaient énormément de choses au quotidien. C était, par contre, une relation secondaire pour A depuis le début, puisqu'il y avait B.

D'un coup, A s'est retrouvée rétrogradée au rang de relation secondaire sans comprendre ce qu'il s'était passé et pourquoi ça lui faisait aussi mal alors que C ne partait pas, que A et C se voyaient toujours et que, surtout, C faisait tout pour faire accepter la présence de A dans sa vie à D. Tout le monde a beaucoup trop souffert pendant cette période, mais c'est ce qui a permis à A de faire des pas de géants dans le polyamour.


HIÉRARCHIES ET ALTERNATIVES
Dans le polyamour, il est courant d’utiliser une terminologie hiérarchique : les gens avec lesquels vous vivez une relation de type mariage seront vos partenaires « primaires », ceux que vous aimez mais avec lesquels vous ne vivez pas sont appelés « secondaires », et ceux avec lesquels vous aimez passer du temps (en général du bon temps) mais dont vous n’êtes pas forcément amoureux sont dits « tertiaires ».
Bien que répandue, et parfois utile pour s’y retrouver, cette hiérarchisation ne nous satisfait pas entièrement. Janet préfère dire « X est mon partenaire dans la vie et Dossie est ma coauteure. Si j’achète une maison, X est la personne la plus importante, alors que si j’écris un livre, c’est Dossie. Chacun a sa place dans ma vie, pourquoi devrais-je les classer par ordre d’importance ? »
La Salope éthique de Dossie Easton et Janet W. Hardy, p 75.

Je ne suis vraiment pas fans des petites cases, mais le jour où j'ai découvert cette notion de relations primaire, secondaire, tertiaire, j'ai vraiment compris un truc sur la façon dont j'organisais mes cercles. Organisation que j'avais adoptée naturellement pour mes amis depuis bien longtemps d'ailleurs : le cercle rapproché, le cercle plus distant et tout le reste. En mettant des mots sur un schéma, j'ai soudainement compris pourquoi j'avais tant souffert sans arriver à reprendre la main sur ma douleur et que la jalousie ne semblait plus vraiment en cause parce qu'il y avait eu un gros travail de fait à ce sujet. C'était mon "utilité" qui était remise en question : toute une partie de ce que j'apportais à quelqu'un pour qui j'étais la seule relation très sérieuse et très porteuse se déportait vers quelqu'un d'autre qui était "disponible". Savoir que j'étais passée de primaire à secondaire ne rendait pas forcément la situation plus digeste et moins douloureuse, mais ça permettait tout de même de recadrer les choses et d'avancer.

En lisant un peu ce qu'il se dit ça et là sur cette organisation, je me rends compte qu'elle ne met pas tout le monde d'accord, certains n'y adhérant même pas du tout, et que j'ai moi-même adapté cette vision à mon expérience personnelle. Pour certains, la relation primaire peut-être multiple alors que pour moi, elle ne peut concerner qu'une personne : mon partenaire de vie avec qui je partage un toit depuis des années, et bien d'autres choses. J'ai aussi tendance à mettre dans les relations secondaires, des relations qui ne sont pas forcément amoureuses, mais où l'affect est très loin d'être neutre. Il s'y trouve actuellement trois personnes. Le cercle tertiaire est, quant à lui, plus vaste : j'y place des gens (hommes et femmes) pour lesquelles j'éprouve une réelle affection, mais qui restent des relations plus épisodiques, moins construites, moins suivies. On prend des nouvelles de temps en temps, on voit si on se voit, pour un café ou plus. Simple. Je me retrouve donc plutôt pas mal dans la vision de Dossie plus haut.

Pour autant, j'adhère aussi en partie à la vision de Janet. Ma relation primaire est à part, privilégiée, avec des projets propres à toute vie commune et ça, mes relations secondaires le savent et soutiennent même ces projets. Mais au niveau de mes relations secondaires, je parle de bulles. Chaque relation à deux est dans une bulle et les bulles ne rentrent pas en collision les unes avec les autres. Ce qu'il y a dans chaque bulle est unique, propre à la personne avec laquelle je m'y trouve et, quand je suis dedans, je ne suis pas perturbée par l'image de mes autres amants. Ce qui est dans la bulle reste dans la bulle. C'est ce que m'a aussi appris mon histoire personnelle : à bien compartimenter et à restreindre ma vision de la relation à ce qu'il se passe réellement entre les deux éléments de cette relation, tout en faisant abstraction au maximum des autres bulles de mon partenaire. Ce qui ne veut pas dire que je ne m'intéresse pas à l'autre. C'est comme ça que j'ai appris à limiter grandement les effets de l'envie et de la jalousie. Je regarde ce que j'ai et j'évite de me projeter dans ce que je ne peux pas avoir mais que d'autres ont éventuellement, parce que plus disponibles ou plus proches géographiquement. Ça m'a aussi permis à terme de développer ce qu'on appelle la compersion. Ce qui n'a vraiment pas été une mince affaire, mais le jour où elle s'est exprimée de manière naturelle et en toute sincérité, j'avoue que j'ai été assez fière du chemin que j'avais parcouru pour en arriver là. Mais je digresse.

Mes relations secondaires, au même titre que la primaire, sont des relations dans lesquelles je suis vraiment investie et qui me demandent de rester vigilante au bien-être de tous, y compris et surtout du mien, parce que je dois reconnaître que parfois, j'ai aussi besoin de me retrouver seule avec moi-même :)

Voilà comment je fais ma tambouille pour organiser mes relations amoureuses. Mais d'autres schémas existent bien sûr.

Source inconnue


Aujourd'hui, A est toujours avec B et leur vie suit son cours. A a rencontré E il y a un an et leur relation bénéficie de tout ce qu'elle a appris de son expérience avec C auparavant. La relation de A et E est épanouie grâce à cela. C a revu ses priorités dans la vie et A a sans doute un peu pâti de ce choix, mais A et C restent unis par un lien unique qui fait qu'ils ne se perdent pas de vue, même si la relation est un peu plus distendue et que leurs routes ont du mal à se croiser. Quant à F, le dernier arrivant, il est dans une bulle vraiment à part, une bulle où il n'est pas question d'amour, mais où, pourtant, il se construit quelque chose d'intéressant et d'unique.

B, C, E et F ne se sont jamais rencontrés, A et D non plus, mais tout le monde connaît l'existence de tous les autres.

Note : C'est en ça que Lutine est bien vu. À partir du moment où on commence à expliquer les liens entre les personnes dans une relation polyamoureuse, ça devient compliqué. Alors que, vu de l'intérieur, tout est limpide.

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