Sexpowerment. Le sexe libère la femme (et l'homme) de Camille Emmanuelle



Au fait, je ne vous ai pas dit ? J'ai écrit un deuxième livre... Ah, mais mince ! C'est encore Camille Emmanuelle ! Pourtant en lisant certains passages, j'ai eu l'impression de me relire, et là aussi. Puis j'ai encore eu envie de faire comme le professeur Moustache quand il rencontre un scientifique.

Tu mourras moins bête de Marion Montaigne
Décidément !

Ce qu'il y a de bien avec Camille Emmanuelle, c'est qu'elle dit tout et assume tout. De son envie de se gratter les couilles devant la télé comme un mec à son infiltration en camp ennemi à l'université d'été de la Manif pour tous, en passant par son opinion sur le buzz autour des fesses de Kim Kardashian et, beaucoup moins fun mais essentiel, son propre viol.

Son livre, c'est le manifeste d'une salope comme on l'entend dans La Salope éthique*. Camille est une femme qui aime le sexe, qui s'intéresse à la culture autour du sexe, qui aime en parler à toutes les sauces, et surtout qui en défend les bénéfices à petite et grande échelles. Elle a beaucoup de recul sur son vécu, son évolution, ses engagements et en quoi tout ça a aidé à construire celle qu'elle est aujourd'hui. Elle fait du sexe une force motrice et ça fait du bien, parce que c'est bien le genre de livres que je voudrais coller dans plein de mains, jeunes, moins jeunes, féminines et masculines, juste pour que les gens se posent de vraies questions sur leur identité propre qui n'a pas à être définie par leur sexe de naissance, leur orientation sexuelle et tout un tas d'injonctions diverses et variées. Et il n'y a pas d'âge pour changer le filtre qu'on applique sur le monde et sur soi-même. On a même le droit de ne pas être d'accord avec tout ce qu'elle raconte et se faire sa propre opinion. Elle dit elle-même ne pas être en phase avec tous les mouvements féministes du moment et, surtout, elle explique très bien pourquoi. Elle a su mettre des mots sur ce qui me chiffonnait souvent, sans arriver toujours à mettre le doigt dessus.

En tout cas, comme elle, je suis convaincue que l'émancipation sexuelle de la femme peut être positive pour la femme, l'homme et la société. Ce n'est pas la claque qu'avait été King Kong Théorie de Virginie Despentes, mais c'est un ouvrage qui apporte des pierres à ce même édifice. D'une autre manière, avec d'autres mots, avec d'autres expériences et en poussant souvent la réflexion plus loin, mais les grandes lignes sont là.

Je suis totalement pour ce mouvement de féministes-pas-en-colère dont Camille Emmanuelle parle. C'est ce que j'ai appelé féminisme intelligent dans ma présentation. J'aime cette approche individuelle et individualiste qui se tourne malgré tout vers l'autre en montrant à travers l'expérience que ce modèle de femme libre et libérée fonctionne, est épanouissant et ne transformera pas le monde en nouvelles Sodome et Gomorrhe.

C'est d'ailleurs ce que j'essaie aussi de faire modestement avec ce blog : dresser le portrait d'une femme qui, à un moment, a repris sa sexualité, et donc une partie de sa vie, en main, et en a fait une forme de coup de poing sur la table. Comme Camille Emmanuelle, je pense que ça n'est pas forcément en essayant d'argumenter avec les idiots qu'on gagne des points (ils continueront à voir le bout du doigt de toute façon), mais c'est en faisant en sorte d'ancrer toujours plus fermement une certaine philosophie dans la société que la bêtise et l'intolérance reculeront, parce qu'elles n'auront plus le choix. Si les bien-pensants, les donneurs de leçons et ceux qui ont le jugement facile se font tant entendre aujourd'hui, c'est parce qu'ils sentent bien qu'ils sont en train de perdre du terrain et qu'il faut profiter des crises en cours** pour essayer d'en regagner. Mais une chose est certaine, rien de ce qu'ils pourront penser, dire ou faire ne changera ce que je suis aujourd'hui. C'est pour cela que les Camille Emmanuelle de ce monde ont tout mon soutien, mon respect et mon affection.

Amen donc, ma sœur. J'adhèrerais bien à ton club, mais en fait, j'en fais déjà partie.



* Quel que soit notre genre, nous sommes fières d’être des salopes. Nous célébrons la sexualité en partant du principe radical que le sexe fait du bien et que le plaisir est bon pour nous. Les salopes peuvent choisir les plaisirs solitaires ou décider de s’envoyer en l’air avec le dixième régiment d'infanterie au grand complet, elles peuvent être hétérosexuelles, homo, bi, militantes radicales ou petites-bourgeoises pépères…
En tant que salopes et fières de l’être nous sommes convaincues que le sexe, l’amour et l’érotisme possèdent une énergie fondamentale. Ce sont des forces dotées du pouvoir d’améliorer le bien-être, de renforcer les liens entre les gens, d’ouvrir la conscience et même de changer le monde. De plus nous sommes convaincues que chaque relation sexuelle basée sur le consensus en est capable, et que toute voie vers l’érotisme choisie en son âme et conscience peut avoir une vertu positive et créatrice au niveau individuel et collectif. (La Salope éthique, de Dossie Easton et Janet W. Hardy.)
** N'oubliez jamais qu'il suffira d'une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. (Simone de Beauvoir) 

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