"Vraie" libertine


Libertinage
Le libertinage étant une forme d’échange, le pratiquer en solo est plutôt mal vu, notamment pour les hommes. On y va en couple. Sinon, c’est pas du jeu.
Libertinage, adultère : modes d’emploi, Slate, 2 novembre 2016. 

Pardon ?

Pour baiser heureux, baisons cachés : si l’hôtel abrite vos amours parallèles, il n’a pas vocation à devenir un confessionnal. Les amants ne sont pas là pour échanger sur leurs vies familiales respectives. Ni pour établir des comparaisons ! Entre deux étreintes, parlez de votre série préférée ou du temps qu'il fait, pas des notes du petit dernier.
Concernant l'adultère. Ibid. 

Wouaaah...

L'article n'est pas signé. J'ai envie de dire : heureusement. Non seulement c'est un beau ramassis d'injonctions et d'absurdités qui me font grincer des dents très fort, mais en plus, il s'agit de la goutte d'eau qui fait déborder mon vase en matière de définition du libertinage et de la qualité de libertin. Être un "vrai" libertin, c'est ci. Être un "vrai" libertin, c'est ça. Le libertinage, c'est juste du cul. Le libertinage, c'est en club. Le libertinage, c'est en couple. Si vous souhaitez vous intégrer, voici la notice à suivre à la lettre : soyez propres, soyez intégralement épilés, aimez les bulles et le velours rouge. En gros, c'est vouloir ne pas faire comme les autres en ayant la sensation d'avoir une sexualité hors-norme, mais moutonner quand même un peu. Je ne parle même pas du nombre de sites de rencontre qui utilisent le terme "libertin" dans leur présentation, voire leur intitulé, pour appâter le chaland et qui ne sont rien de plus que des sites de rencontre pour avoir des relations sexuelles entre adultes consentants. Dire que l'on est libertin, c'est classe. C'est ne pas être comme le voisin que l'on préfère abandonner à sa sexualité que l'on imagine bien morne. Peu importe ce que l'on met derrière, dire que l'on est libertin, ça sent le soufre, ça sent le stupre et la vie est bien trop courte pour ne pas tout essayer sans se poser de questions, du speed-sex sur une poubelle dans une rue sombre au gang-bang dans un château au Cap d'Agde. Là tout de suite maintenant et avec tout ce qui a deux jambes.



Récemment, un ancien partenaire avec qui j'aime bien prendre des cafés de temps en temps m'a légèrement vexée en commentant le fait que je ne rencontrais plus de nouvelles personnes actuellement et me contentais d'un amant depuis quelques mois. "Tu n'es plus libertine, alors ?" Ben si, c'est juste que je ne trouve plus chaussure à mon pied. Je suis peut-être molle de la fesse, je suis peut-être (un peu trop) exigeante, mais je garde néanmoins un œil ouvert, des fois que. Baiser ne suffit plus, baiser n'a d'ailleurs jamais suffi. J'ai besoin de croiser des gens aussi libres dans leur tête que moi et ceux pour lesquels j'aurai un coup de cœur aussi bien intellectuel que physique sont des perles rares. C'était la version courte.

Qui sont les vrais libertins ?
Contrairement à une idée reçue, sachez que les libertins sont de tous âges. Il y a autant de jeunes que de vieux. Toutes les couches sociales sont représentées. Il n'y a pas d'assiduité obligatoire dans la pratique. On peut être libertin jusqu'au bout des ongles et ne "sortir" qu'une fois ou deux dans l'année. 

La version longue que j'aurais pu lui donner si je m'étais vraiment formalisée, c'est qu'au fil des conversations sur les sites de rencontre et avec quelques partenaires, un constat est souvent revenu : être libertin, quand on en adopte l'état d'esprit et pas juste la grande liberté de mœurs, est quelque chose qui ne nous quitte jamais. On peut renoncer pour des raisons X ou Y à l'exercice physique, mais être libertin, ce n'est justement pas que baiser à tout va dans une optique consumériste et/ou juste pour assouvir quelques bas instincts en buvant du champagne. C'est avant tout un cheminement, une recherche d'épanouissement personnel, une ouverture d'esprit, c'est aussi énormément de tolérance, de respect et d'honnêteté envers soi et envers les autres. Et niveau respect sur les sites, je pense qu'entre celles qui ne répondent pas parce qu'elles sont au-dessus de ça et ceux qui proposent des plans cam sans dire bonjour, il y a des signes qui en disent long sur l'état d'esprit des participants.

Le libertinage donc, c'est une autre façon d'appréhender le monde et c'est se libérer de beaucoup d'idées bien implantées par l'éducation, la bien-pensance, la religion, la société, etc. dès notre plus jeune âge et qui finissent par faire tellement partie du paysage que l'on n'y pense même plus et que l'on ne remet plus rien en cause, et, en premier lieu, surtout pas soi-même. Pour moi, il y a dans le libertinage quelque chose qui dépasse la sexualité et qui s'appose à tout le reste. Il aide et/ou force à penser le monde par soi-même. Et penser, c'est comme baiser, ça ne fait jamais de mal.

De plus en plus souvent, j'en viens à dire clairement qu'être libertine est dans ma nature profonde. Rétrospectivement, je me suis rendu compte que ça l'était en fait depuis longtemps, presque depuis que j'ai une sexualité et que j'ai timidement commencé à lire sur le sujet de manière très large. Ça a stimulé ma curiosité, mon intérêt, j'ai formé mon regard petit à petit, j'ai compris plein de choses et je continue à apprendre tous les jours, et ces enseignements, cette démarche, ne disparaitront pas en arrêtant de fréquenter ce milieu. Ma curiosité sera toujours là, mon ouverture d'esprit et ma tolérance aussi. Mon appétit a même grandi depuis trois ans en passant de la théorie à la pratique, et je ne parle pas ici d'appétit sexuel. Un retour en arrière serait donc, de facto, impossible. Et, ce, même si je me contente d'un partenaire de vie et d'un amant pendant encore quelques mois.

Après avoir été vexée, c'est à mon tour de vexer un peu, mais il ne suffit pas de se proclamer libertin pour l'être. Et comme le dit si bien Adam :
Le libertin est donc très souvent un libertin d’esprit bien avant de devenir un libertin des mœurs et j’ai tendance à penser que c’est un passage indispensable pour aborder ensuite le libertinage des mœurs en toute sérénité que ce soit seul ou en couple.
En général, le libertin aime réfléchir au sens de la vie et se poser les questions que les autres ne se posent pas. Vous voulez quelques exemples ?
  • Pourquoi vit-on dans une société où la position de la femme n’est pas à stricte égalité avec l’homme ?
  • Les religions monothéistes ont-elles empêché une égalité sexuelle entre les hommes et les femmes ?
  • Pourquoi doit-on exclusivité (sexuelle) dans le mariage alors que l’on est capable d’aimer tous ses enfants avec la même intensité et donc d’aimer plusieurs êtres en même temps ?
  • ...
Désolé donc de le dire, mais si vous voulez être libertin parce que vous avez envie uniquement de tremper votre biscuit de façon irréfrénée dans n’importe quel vagin qui se présente, vous n’êtes juste qu'un queutard en manque. 

Ô combien je suis d'accord avec lui et me retrouve dans cette définition.



Au rayon des articles qui, selon moi, parlent très bien du libertinage dans lequel je me reconnais, il y a ma référence ultime que j'ai beaucoup partagée à une époque. En écrivant cet article, je suis également tombée sur le site nouveauxplaisirs.fr et son dossier en 5 parties (1 - 2 - 3 - 4 - 5) sur le sujet. Et là, honnêtement, il y a tout et plus encore.

Le sexe peut être un divertissement pour occuper le samedi soir, le sexe peut être anonyme, le sexe peut être expérimental, le sexe peut être brutal ou doux, le sexe n'a de limites que celles de l'imagination. Le sexe, c'est un truc que l'on a tous en nous et que l'on aurait tort de réprimer. Baiser, c'est bien, c'est beau, c'est B... bon. Être libertin, par contre, ça ne s'improvise pas vraiment sur un coup de tête. Être libertin, c'est parfois être précisément quelque chose que les gens ne recherchent pas : des êtres un peu prise de tête sur les bords qui vont poser des questions pièges d'entrée de jeu comme "L'épilation de la peau des couilles. Pour, contre ou sans opinion ?" ou "Ton image de profil dit : 'Les sous-vêtements, c'est comme le vernis, ça s'enlève avec un peu d'alcool.', est-ce que cela veut dire que tu estimes que sans alcool, la fête du slip est moins folle ?"

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire