Ces Dames de l'annonce de Philippe Lecaplain


Présentation de l'éditeur - Un homme passe une annonce. Elle fouette l'imagination érotique de femmes d'âges, de conditions et d'univers différents mais qui ont toutes le désir de vivre une rencontre aventureuse.
Au fil des rendez-vous, ce libertin étreint - ou pas - des femmes riches d'une douce sensibilité et d'une exquise sensualité. Aristocrate, militante féministe, artiste expérimentale, huissier de justice, journaliste, mannequin, soldate, bonne sœur..., il découvre des personnalités complexes avec leur part d'ombre ; jusqu'à être, pour certaines, fantasques et inquiétantes.

Philippe Lecaplain est journaliste à la radio. Après avoir été grand reporteur, il présente la session d'info du soir le week-end sur RFI, anime le "Débat du jour" et l'émission "Dimanche politique". Il a publié plusieurs livres mais dans ce premier roman, laisse courir sa plume et harmonise son style à chaque rencontre.



Élégant libertin de 43 ans, bel homme d'esprit doté d'une riche imagination, joueur et délicat, curieux et cérébral mais aussi - à les en croire - bien nanti, goûterait à de nouvelles expériences avec une Femme féminine, accomplie, gourmande et sûre de ses désirs. Humour apprécié, vulgarité interdite. Osez donc !

Dans un grand moment d'égarement, j'ai décidé de lire cet ouvrage. Il ne correspond pas vraiment à ce qui attire mon œil habituellement, mais j'ai vraiment eu envie de me confronter à cette annonce et de voir ce que l'auteur avait brodé autour. Parce que, soyons honnêtes, des annonces comme celle-ci, j'en ai vu passer beaucoup et ça fait bien longtemps qu'elles ne me font plus lever le sourcil. À en croire l'auteur, elle a pourtant valu à son personnage (Alter ego ? Lui ?) un certain succès. Mais qui sont donc ces femmes ? Et qui passe encore par des annonces papier à l'heure du grand Internet ?

Ce recueil est à mi-chemin entre le roman et l'essai. Difficile de faire le tri entre des expériences réellement vécues et des discussions avec des tiers qui ont donné lieu à des récits romancés. Je doute fort qu'il y ait des chapitres qui ne soient pas basés sur la réalité. C'est tout le talent d'un auteur après tout et Lecaplain réussit plutôt bien le troublant exercice auquel il se livre. Mais il est aussi journaliste de profession et ça se ressent à la lecture. Il garde le réflexe d'observer, de noter, d'analyser. La prise de recul et l'humour rendent le livre plus intéressant qu'excitant, mais ça n'est finalement pas plus mal ; il y gagne en saveur. Dommage cependant que les exercices de style sur certaines thématiques soient un peu trop indigestes. Certes, l'auteur s'amuse avec les champs lexicaux (sportif, militaire, notamment), mais le résultat est, du coup, trop forcé, trop pensé. Les chapitres où certaines femmes expliquent les raisons qui les ont poussées à répondre à l'annonce sont bien plus plaisants que ceux où les choses sont très explicites. Je pense à la top-modèle et à la rédactrice dans un magazine féminin en particulier dont les témoignages transpirent le vécu.

Je ne peux pas m'empêcher de partager une citation au sujet de la presse féminine. Sa façon d'inverser le point de vue est tout à fait délicieuse.

Elle aussi adorait tester les catégories. Comme cet après-midi où je fus accueilli par une domina ludique et inventive... Trois numéros plus tard, je lisais : "Pimentez votre relation en lui fessant les pommes" ou "Tout ce qu'il faut savoir pour en faire votre homme objet". Très agréable à lire et ne choquant personne. Mais mon esprit de contradiction se mit à fulminer : imagine-t-on l'anathème si un magazine pour homme affichait les mêmes harangues en couverture. Les chiennes de garde ne lâcheraient-elles pas leurs avocats contre celui qui oserait un "Fessez-la, elle adorera !" ou "Tous les secrets pour en faire votre petite pute". Mais où est donc cette parité qui est le fonds de commerce des revues féminines ? (p. 127-128)
Ce qui m'est tout de suite venu à l'esprit, c'est une réflexion sur cette illusion de liberté sexuelle inlassablement véhiculée par la presse féminine qui empêche, au final, les lectrices de penser leur sexualité par elles-mêmes et d'être réellement plus libérées. Tout comme la romance (érotique ou non) peut être contreproductive dans l'effort d'émancipation de la femme. Mais je digresse.

Si l'annonce plus haut vous fait fantasmer comme ces dames, alors, peut-être le livre vous plaira-t-il. Dans l'ensemble et pour ma part, c'est peut-être plus le regard du journaliste qui aura retenu mon attention. À lire éventuellement, donc. 

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire