Induction, autohypnose et blondeur




Espace marginal bas : Cet espace se produit quand le dom dirige l’attention du sub. Ceci peut se produire aussi délicatement qu’un regard, un contact léger, un petit bruit ou n’importe quelle combinaison de ces derniers. Le sub est en continuelle attention, souvent par le regard ou l’audition de la prochaine commande venant du dom. Si l’interaction entre dom et sub est recherchée, il est préférable de rester dans cet espace.

Aux prochains niveaux le sub est incapable de transmission, d’articuler des simples mots, étourdi.

Espace blond : Dans cet état, le Q.I. du sub tend à diminuer progressivement, mais revient à la normale à la fin de la séance. Il se sent devenir plus lent mentalement. À ce moment le sub ne peut pas distinguer le danger, il est incapable d’utiliser un véto car il lui est devenu incompréhensible. Encore, une autre raison pour laquelle la confiance du dom est essentielle. Le sub ne peut pas penser pour lui-même, incapable de décider s’il en a assez, s’il est temps d’arrêter. C’est dans cette situation que le dom devra utiliser son jugement.
BDSM Attirance, même si je préfère cette page en anglais.

J'avais déjà évoqué ces états dans un précédent post sur la douleur. Je ne sais pas trop d'où sort cette description d'ailleurs (des USA, a priori quand même), mais je reconnais néanmoins des états très proches de ce que j'ai déjà pu vivre. La majorité du temps, lors de mes amusements BDSM, je reste consciente de ce qui m'arrive, mais je fais facilement abstraction de mon environnement. Autrement dit, je suis concentrée sur mon partenaire et moi. L'espace marginal bas reste l'état que je fréquente le plus souvent. Je suis devenue blonde une seule et unique fois il y a trois ans. Depuis, plus rien, alors que j'en garde un bon souvenir. Forcément, je me suis longuement interrogée sur le pourquoi du comment. 

Comme d'habitude, j'ai lu. Notamment sur les états modifiés de conscience. Pas exhaustivement, parce que le sujet ne m'intéresse pas plus que ça et parce qu'il y a des parts de mystère que je tiens à préserver pour continuer à expérimenter tranquillement, mais suffisamment pour avoir une idée de ce qui avait pu se produire ce jour-là. Une longue série d'échanges sur un forum dédié au BDSM m'a mise sur la piste de l'induction et de l'autohypnose qui auraient permis d'atteindre exceptionnellement cet espace blond. À moins que ça ne soit, en fait, pas tout à fait ça.

Retour en arrière. J'avais, à l'époque, un partenaire libertin que la soumission et la douleur tentaient et qui avait cette petite odeur de dominant qui me titillait les narines. La relation de confiance était établie puisque nous nous fréquentions depuis un moment. Il s'agissait pour moi d'un premier passage à l'acte plutôt safe, donc. Sauf que j'étais celle des deux qui avait le plus de connaissances théoriques sur la façon de procéder : de la communication à l'utilisation de certains accessoires. J'ai donc servi de guide en lui fournissant les informations essentielles, mais en faisant attention de ne pas trop le prendre par la main non plus.

En plus des discussions, je me suis servi d'un texte pour transmettre une idée de scénario et quelques envies. Pour l'écrire, il a fallu, comme à mon habitude, que je me projette dans le moment, que je le vive pour le poser sur le papier et le rendre palpable. C'est sans doute là que le conditionnement a commencé. J'ai lu et relu mon texte pour m'en imprégner parce qu'il y avait des points qu'il me fallait respecter à la lettre dès mon arrivée dans la chambre. Puis le jour venu, j'ai eu une bonne heure de route pour continuer à y penser, à tout répéter dans ma tête, encore et encore, entre boule au ventre et excitation, peur d'oublier et hâte de me livrer à lui.

J'étais à point.

L'arrivée dans la chambre s'est faite dans le plus grand silence. Je rentrais alors dans le scénario, je sortais les accessoires en tremblant et toute mon attention s'est portée sur lui à chaque fois qu'il a sanctionné mes maladresses par des soupirs et ma lenteur par des tapotements de pied sur le sol. Ce qui a bien sûr amplifié ma fébrilité. Je me suis ensuite positionnée en face du miroir, regard baissé et j'ai attendu. Puis il y a eu les premiers contacts physiques, les premières paroles, le ton de sa voix. Je me souviens avoir souri un peu nerveusement et d'un regard échangé, sans vraiment chercher à le défier, ou alors totalement inconsciemment. Le recadrage a été sec et efficace. Je pense que c'est à ce moment que le déclic a eu lieu et que j'ai perdu le fil. Je me suis laissée porter. Il y a eu des jeux de pinces, des coups de cravache et des fessées. Cette partie était scriptée dans les grandes lignes. Pas la suite. Je ne me souviens d'ailleurs pas aussi bien de ce qui s'est passé ensuite. Vaguement d'avoir été positionnée et repositionnée et prise dans la foulée. Puis de m'être rhabillée. C'est en sortant de la chambre, quand mon partenaire m'a demandé si ça allait que j'ai repris mes esprits. Le claquement de doigt. Il s'est assuré que j'étais bien en état de rentrer chez moi et j'ai profité de mon état de bien-être le reste de la journée.

Au milieu de tout ça, il y a eu ce moment très très bizarre pour moi où je me suis retrouvée incapable de répondre à des questions très basiques. Impossible de construire une phrase. Même un oui ou un non me demandait un réel effort. La sensation était vraiment celle d'avoir un mur dans le crâne. Forcer ce mur ne me paraissait pas impossible, mais je sentais aussi que ça allait me ramener à la réalité sans possibilité de retour dans l'état précédent. Comme je me sentais bien et pas en danger, je n'ai pas lutté contre ce mur. En y réfléchissant à postériori, c'était même précisément cet état que je recherchais. La chance du débutant avait frappé.

C'est le fait de n'avoir jamais pu retrouver cet état qui m'a fait m'interroger sur les déclencheurs et surtout sur ce qui m'avait manqué par la suite pour que ça ne se reproduise jamais. Le ton de la voix, une main sur la nuque, certains gestes font partie des éléments importants et suffisent à me faire basculer dans l'espace marginal bas. La confiance en mon partenaire en est une autre et je sais que ça pêche un peu de ce côté-là. D'un autre côté, la confiance ne se force pas. Mais ce qui manque par-dessus tout, c'est l'induction et l'autohypnose que j'ai réussi à mettre en place un peu par hasard. 

L'état hypnotique ou transe hypnotique est considéré comme un état modifié de conscience.
C'est un état de veille caractérisé par une conscience à la fois rétrécie (par focalisation de l'attention ou par une concentration extrême) et à la fois élargie (par une sorte de disponibilité à soi et à l'environnement). La transe se manifeste par un état de concentration accrue avec une diminution de la réceptivité aux stimuli extérieurs et une réorientation de l'attention focale vers les phénomènes internes.
Le corps est dans un état de léthargie, de détente profonde, accompagné d'un désintérêt envers tout effort, des sensations de flottements, de légèreté, la musculature est relaxée, la respiration et le pouls ralentis, la tension artérielle diminuée. Le sujet décrit des sensations inhabituelles, parfois paradoxales : lourdeur et légèreté, modification du schéma corporel, fourmillement dans les extrémités, sensation d'être complètement présent tout en étant ailleurs.

Ouep, y a de ça en effet.

Que faire maintenant ? En trois ans, j'ai évolué dans mes pratiques. Je ne scénarise plus autant. Mon fonctionnement n'est plus le même. Celui de mes dominants successifs non plus. L'improvisation et la fluidité ont pris le dessus. J'ai donc, sans le réaliser, enlevé un des éléments déclencheurs qui me parait être la clé. 

Bien sûr, maintenant que j'ai analysé le phénomène, ça peut aussi bien faciliter les choses que les compliquer. Surtout dans la mesure où je continue à regarder l'hypnose un peu de travers à cause de certaines pratiques (comme le conditionnement à l'orgasme et autres fausses bonnes idées un peu limite niveau Sane, Safe, Consensual). Le niveau de confiance qu'il faudrait que j'aie en mon partenaire pour le laisser très volontairement m'hypnotiser ou tout du moins réitérer un schéma comme celui ci-dessus, reste à ce jour d'une rareté extrême. Voire unique. Mais cet "unique" me permettra néanmoins de tester dans un environnement protecteur et sécurisant un fichier audio d'hypnose érotique dégoté sur le net. Un simple essai pour mesurer l'intérêt de l'induction et de l'hypnose quand j'y mets de la bonne volonté. Au mieux, ça marche, je prends mon pied et j'en fais un post, au pire, ça me sert de séance de relaxation. En tout cas, j'ai bien compris que si je ne veux pas, alors ça ne marche pas.
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Lu ailleurs #15


  • Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le bondage (sans jamais oser le demander) : Un article des Inrocks qui aborde les choses de manière plutôt originale.
  • Sexualité : qu’est-ce qu’un bon coup ? Autant dire que les autoproclamés rois du cunni peuvent aller se rhabiller fissa.
    Dans ce chaos, je n’ai qu’une certitude. Dès lors qu’une personne se définit comme un bon coup, publiquement ou secrètement, elle est à mon humble avis, automatiquement, disqualifiée. Un bon coup ne s’autoproclame pas. Il ne doit son existence qu’au ressenti des autres, ponctuellement. Il appartient à un état transitionnel, une connexion : le bon coup est toujours, finalement, même pour un soir, un bon couple.
  • Le polyamour dans la Tête au carré : un traitement en surface, mais toujours avec curiosité et ouverture d'esprit.
  • Polyamour sur le blog de Philippe Brenot, justement invité de l'émission ci-dessus, avec son avis sur le livre Fragments d’un discours polyamoureux de Magali Croset-Calisto.
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Lu ailleurs #14


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Clitoris

Crédit photo : Marie Docher
Crédit photo : Marie Docher

J'étais partie pour écrire un texte sur le jouissance féminine qui me chatouille les doigts depuis quelque temps, puis j'ai été reroutée par le grand Internet.

L'image ci-dessus a fait le tour du net et d'une partie de la presse l'année dernière. La vidéo qui suit est encore mieux même si elle date de 2010, contre 2016 pour l'impression 3D du clitoris dans son ensemble. Tout est tellement limpide et simple. Ça explique le fameux, et ô combien remis en question, point G, le fait qu'orgasme vaginal et orgasme dit clitoridien sont en fait la même chose même si les ressentis ne seront pas les mêmes (et pour cause), et il y a même des IRM du cerveau et du cervelet pour comparer orgasme et simulation.

Si je dois expliquer le plaisir sexuel féminin à quelqu'un un jour, je lui enverrai cette vidéo de 15 minutes sans hésiter. Et ça ne fera peut-être pas de mal aux 20 % de femmes qui ne savent pas où il se trouve aussi. La faute à l'excision psychologique l'occidentale sans doute... 


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Carnet de bal d'une courtisane de Grisélidis Réal



Présentation de l'éditeur - Grisélidis Réal, prostituée genevoise, a tenu un carnet noir de 1977 à 1995, petit répertoire téléphonique où elle consignait par ordre alphabétique les prénoms de ses clients, agrémentés de leurs us, coutumes et petites manies ainsi que du prix de la passe. Outre ce document exceptionnel, Carnet de bal d'une courtisane comprend un choix de textes de Grisélidis Réal en "courtisane révolutionnaire" qui mettent en lumière son engagement dans les mouvements de prostituées initiés à partir des années 70. 



Claude -- Gros homme gentil, très tendre, rencontré près de chez moi un soir de pluie en rentrant de L'Aiglon - d'origine française - suce, baise, 100 Frs. (Lui ai prêté Pourriture de psychiatrie et La Redresse.)
Christian -- (de Berne) Gentil, quarantaine, cheveux blancs frisés, assez rondelet, sucer devant le miroir, puis sur le lit, enculer profond, sucer à fond. 100 Frs. Intérieur de l'anus assez lamellifère, prostate enfoncée.
Pierre -- Grand très maigre, 40 ans, lunettes, plus beaucoup de cheveux - aime la musique et l'écologie - air Français moyen intellectuel - jouis dans la bouche - ne pas enculer - sucer avec beaucoup d'art et de nuances, fourmis japonaises, etc., 80 Frs. (Dit que je suis une 'parenthèse dans le Temps".)
Willy -- Homme charmant genre méditerranéen, très caressant (genre Truand de charme ou intellectuel) - sucer, enculer doucement (ou pas ?), 80 Frs. (On pourrait en être presque amoureuse...) (Oh la la...!) (Intérieur du cul extrêmement moelleux.)

Ce ne sont que quelques extraits de la longue liste de clients soigneusement consignés dans son petit carnet noir par Grisélidis Réal. Une liste qui pourrait paraître rébarbative à lire à première vue et qui se parcourt en fait très vite et avec beaucoup de plaisir, voire avec le sourire. Pourtant, il ne s'agit que de prénoms suivis d'un petit descriptif de la personne, de ses pratiques et du prix de la passe pour ne pas s'y perdre, mais ce n'est pas que cela. Entre les mots se lisent aussi de la tendresse, de la douceur, une forme de bienveillance et de l'empathie parfois même. Il est évident qu'un certain nombre d'hommes viennent voir la prostituée pour le contact humain et la conversation en plus de la décharge et qu'ils ne sont pas tous que de vils personnages abusant de la misère humaine.

Ce que dévoile aussi ce travail de compilation, c'est un aperçu au plus près des pratiques demandées, avec notamment cette propension des hommes à accompagner la fellation d'un petit massage prostatique, chose qui, de toute évidence, ne se demande pas à la maison. Pas plus à l'époque qu'aujourd'hui d'ailleurs. Avec le recul, il n'y a finalement pas que la femme qui a encore du pain sur la planche pour être vraiment libérée.

Bien sûr, en contrepartie, il y a aussi le cru, le sale, le désagréable. Rare, masqué par le pragmatisme des phrases, mais bien présent. Les deux faces d'un métier que l'auteur assume et défend dans la seconde partie du livre, plus pamphlétaire. Là où l'on découvre que Réal a une belle plume et une belle intelligence et fut très engagée dans la reconnaissance d'un droit à se prostituer pour donner à ce métier un rôle social fort qui soulage un peu ce monde de sa misère sexuelle. Une initiative qui serait à saluer si elle n'était pas noyée sous la violence, le drame, la drogue et l'irrespect profond pour les femmes que l'on retrouve aussi dans le porno tout puissant. Il y a aussi un peu de cette mentalité que je croise de temps en temps sur les sites de rencontre où, à partir du moment où un homme paye, alors l'acte sexuel lui est dû, effaçant encore une fois l'humain au passage. Dans un monde meilleur, la prostitution trouverait sans doute sa place dans nos sociétés. En l'état, elle reste un miroir dérangeant de l'âme humaine.

Maïa Mazaurette a publié le dimanche 26 février sur le site du Monde un article intitulé Pour un droit minimum à jouir ?. Elle s'y interroge justement sur l'épanouissement sexuel. De manière amusante, Réal s'aventurait sur le terrain de l'anticipation et répondait à sa façon à la question.
LE BORDEL DU FUTUR
[...] C'est là, enfin la plus belle victoire des Ligues Abolitionnistes et de la propreté helvétique conjuguées au dernier cri de la morale judéo-chrétienne : il n'y a plus une seule Putain dans les rues de Genève, ni aux Pâquis, ni égrenées comme autrefois sous les ponts du boulevard Helvétique. On les a toutes recyclées en Bourgeoises-dites-Honnêtes à la périphérie de la ville, chacune dans un pavillon entouré d'un jardin, où elles coulent leurs derniers jours dans le calme de la repentance, aux frais de l'État et de l'Église, assistées socialement, médicalement et gratuitement par toute la communauté de leurs anciens clients reconnaissants.
Désormais délivrés de toute angoisse, de toute culpabilité et de la crainte autrefois toute-puissante des virus, les consommateurs de l'amour se rendent régulièrement au palais comme au va au musée, où d'étage en étage, servis par d'habiles mécanismes cachés à l'intérieur des statues (à chaque fois immédiatement désinfectés après usage), ils réalisent impunément leurs fantasmes. Ces splendides Robots érotico-sexuels fonctionnent jour et nuit, mobiles, souples, se déplaçant à volonté, avançant qui une main ou un cul compatissants, une bouche vibratile, une verge à la finesse de pulpe, un clitoris fruité, parfumé à la fraise ou au lys martagon, offerts à la convoitise des usagers éblouis.
Nul besoin maintenant dans ce Paradis aseptique d'avoir recours aux anciennes rebutantes protections (plus connues sous le nom des capotes anglaises) au goût si âcre, et qui pétaient souvent au moment le plus dramatique, vous menaçant d'une mort à long terme.
Tranquilles, sûrs de leurs droits et n'éveillant la jalousie de leurs épouses par aucune aventure "sur le vif", bien au contraire, les soulageant d'un devoir conjugal et bestial trop souvent répété et subi à leur corps défendant... les citoyens s'en retournent chez eux libérés et joyeux, et tout réconfortés de pouvoir sans arrière-pensée se consacrer à leur famille et spirituellement à leur femme, n'ayant qu'une tendresse sans risque à lui donner, et sans craindre l'échec qui guettait autrefois des rapports incertains.
C'est ainsi que Genève, ville humaniste de toute éternité se souvenant de sa grande époque de pureté calviniste, a su rendre tout leur éclat aux Droits de l'Homme enfin réconciliés avec les Droits si souvent méconnus et trop bafoués de la Femme. 
Extrait de Carnet de bal d'une courtisane, Grisélidis Réal, péripatéticienne, in Mot de Passe n° 5, avril 1993.


[Appel à toi, ô grand Internet (qui n'a pas vraiment su me répondre quand j'ai utilisé un moteur), sais-tu ce que sont ces fourmis japonaises dont il est fait mention plus haut et qui reviennent régulièrement dans la liste des pratiques ? Mon seul réel indice est celui-ci : « Les femmes, elles, flattent "le chapeau du commissaire", font "les fourmis japonaises" ou "scalpent le Mohican".  », trouvé ici. J'en déduis qu'il s'agit probablement d'une histoire de gland et de prépuce. Pour le reste, mon imagination travaille dur.]
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