L'accessoire

Man Ray, 1930

Je ne la connaissais qu'à travers les mots de son maître et quelques photos recadrées de son visage d'une part et de bouts de son corps d'autre part. Il l'avait toujours protégée, tout en l'exposant suffisamment pour me titiller. Je n'avais conservé que les mots, par respect pour elle et pour lui. C'est ainsi qu'était née la confiance. 

Il avait fallu brûler quelques cierges et invoquer les esprits pour que cette plus qu'hypothétique rencontre devienne réalité, mais la patience fut notre meilleure alliée au final. Des mois à entretenir un fantasme : celui de partager son pouvoir avec moi pour lui faire vivre, à elle, une expérience inédite et, nous l'espérions, jouissive. Un nouveau pas dans son cheminement. Dans leur cheminement. Et moi comme accessoire.



C'était le calme avant la tempête.

Comme à mon habitude, j'étais arrivée en avance dans la chambre qui allait servir de scène à la débauche. La pièce était spacieuse avec un grand lit à gauche en rentrant, deux beaux fauteuils recouverts de velours et un petit secrétaire discret. L'ensemble était moderne mais classe. Du noir, du gris, du blanc et quelques touches dorées apportées par ces gigantesques miroirs que j'affectionne tant. Tout était en ordre.

Quelques minutes plus tard, je fis entrer les deux hommes que nous avions sélectionnés, son maître et moi-même. Une sélection qui n'avait pas été simple, mais qui devrait satisfaire toutes les personnes en présence. Deux beaux hommes, suffisamment sportifs pour avoir une belle ligne, suffisamment mâles pour ne rien avoir à prouver et suffisamment éduqués aux jeux de pouvoir pour comprendre leur rôle précis dans notre plan et s'en satisfaire. Je pris le temps de vérifier que tout le monde était bien sur la même longueur d'onde et nous attendîmes sagement l'heure du rendez-vous en discutant.



Elle n'avait reçu qu'une seule et unique consigne de son maître : m'obéir. Mais elle y avait été préparée pendant de longs mois. D'abord à travers une hypothèse, une idée lancée en l'air. Et si... Puis de manière plus concrète avec quelques photos et quelques questions/réponses ayant transité par la boite mail de son maître. Il n'y avait pas eu de contact direct entre elle et moi, mais l'idée avait fait son chemin dans son esprit. Elle avait confiance en lui et il avait confiance en moi. L'idée des deux hommes en plus venait de moi et il avait fallu négocier les limites de leur intervention. J'avais néanmoins réussi à les imposer dans le scénario pour mon plaisir personnel.



À l'heure dite, on toqua à la porte. J'ouvris et les laissai entrer dans la chambre, elle d'abord, lui ensuite. Arrivé à mon niveau, il se pencha vers moi, déposa un baiser sur le haut de ma joue et poursuivit son mouvement pour venir chuchoter à mon oreille :

- Elle est toute à vous, belle amie.

Et il l'abandonna là.

Elle ne portait qu'une robe légère, tellement fine qu'on aurait dit un voile, tellement fine que je voyais bien qu'elle était nue en dessous. Comme il en avait été convenu. Nous la voulions terriblement virginale, une sainte innocente face à un cliché de dominatrice en chemisier de dentelle noire transparente et jupe de cuir. Notre opposition visuelle allait jusqu'à la couleur de nos escarpins.

Elle avait le regard baissé et je la sentais nerveuse. Je compatissais, j'aurais détesté être à sa place. Elle allait devoir se raccrocher à ce lien invisible beaucoup plus viscéral et cérébral et il allait être mis à l'épreuve dans les minutes à venir. J'entendais presque la petite phrase qui tournait sans aucun doute dans sa tête : ne pas s'effondrer, ne pas dire stop, pour ne pas le décevoir, il faut qu'il soit fier. Elle s'imaginait le pire - on s'imagine toujours le pire. Je savais qu'elle ne flancherait pas, elle lui était trop dévouée.

Ma main se posa sur la peau nue de son bras et se voulut rassurante, puis elle remonta jusqu'à trouver les premières mèches de ses cheveux longs que j'enroulai autour d'un doigt. Prise d'une impulsion, je glissai ma main dans la masse derrière sa nuque et attirai ses lèvres contre les miennes. Elle vacilla sous le coup de la surprise, mais laissa ma langue chatouiller ses lèvres et forcer le passage de ses dents pour venir caresser sa langue. Elle était crispée contre moi, le baiser se fit donc plus doux, moins inquisiteur. Je mordillais ses lèvres, jouais avec sa langue, prenais mon temps, je cherchais à la séduire avec un baiser. Et elle se détendit progressivement, prit goût à la bataille, prit même quelques initiatives.

C'est alors que je coupai court. Écartant son visage du mien, capturant son regard, je murmurai ces quelques mots suffisamment bas pour qu'elle seule les entende :

- Il sera attentif à tout, à ton plaisir, à ta détresse et à la moindre tentative de résistance...

Je vis son regard glisser derrière moi à l'évocation de son maître. Je l'attrapai alors par le menton et ma voix se fit très ferme pour la rappeler à l'ordre :

- Regarde-moi dans les yeux ! Toujours ! Sauf si tu as une queue dans la bouche ou le visage enfoui dans ma chatte. Compris ?

Une forme de souffrance mêlée de peur traversa son regard le temps d'un souffle. Peut-être un début d'excitation aussi à l'image de sa bouche sur mon sexe. Qui sait...

- Oui, Madame.

Je sentis les mots lui brûler littéralement les lèvres. Elle n'aimait pas ça. Je n'étais pas son maître, il était présent quelque part dans la pièce, son regard pesait de tout son poids sur elle et maintenant, il lui fallait lutter pour me regarder moi et plus lui.

Je l'attirai au milieu de la chambre pour la mettre dans l'axe du plafonnier. En pleine lumière.

- Messieurs, pourquoi ne pas aider notre invitée à se mettre à l'aise ?

Mes deux chevaliers servants me contournèrent pour venir la cerner. Je fis un pas en arrière et les regardai à l'œuvre. Une main fit glisser la fermeture éclair et une autre fit passer la robe par-dessus ses épaules et sa tête. Je pris le temps de la détailler de bas en haut. Elle était nue devant moi, plantée sur ses talons hauts et encadrée par deux hommes en pantalons de costume et chemises blanches. Je voulais qu'elle se sente encore plus nue qu'elle ne l'était déjà. Et à ma merci.

- Allez-y.

Ils étaient excités au possible, leurs mains les démangeaient. Leurs deux corps se jetèrent avec avidité sur elle. Une bouche dans son cou, deux mains sur ses seins, une sur ses fesses, une autre dans son dos. Une bouche sur un sein, un frottement appuyé de pelvis sur une cuisse, une main placée sur une queue terriblement dure et forcée à masser à travers le tissu, des doigts qui glissent sur la peau des seins, du ventre, des fesses, du sexe, qui tirent, qui pincent. Des caresses et un peu de douleur. Je le voyais dans son regard, elle était excitée par le flot de testostérone et de sensations qui se déversait soudainement sur elle. Elle se tenait aussi immobile que possible, les jambes légèrement écartées, mais je voyais la pointe de ses seins durcie et cette palpitation sourde entre ses cuisses. Elle transpirait le sexe elle aussi.

Les yeux dans les yeux, je me rapprochai pour pouvoir plonger un doigt dans sa chatte. Elle n'aima pas, mais resta très silencieuse. Je le remuai doucement juste jusqu'à obtenir un gémissement et lui faire mieux prendre conscience de son état d'excitation. Elle était trempée, le haut de ses cuisses était trempé. Je glissai un deuxième doigt en elle, la forçant à plier les genoux et à ramener son bassin vers moi. Le mouvement de va-et-vient que j'effectuai ajouté aux diverses stimulations de mes deux Apollons lui faisait de l'effet, beaucoup d'effet même. Alors même que sa tête commençait à basculer en arrière en signe d'abandon, j'attrapai de nouveau sa nuque d'une main, retirai mes doigts de sa chatte et les fourrai dans sa bouche.

- Lèche ta mouille, petite chienne baveuse. Lèche bien. Si tu es sage, je t'autoriserai peut-être à jouir. Ouvre grand la gueule en attendant.

D'un appui ferme sur sa nuque, je la forçai à se mettre à genoux. Le premier homme se présenta queue en l'air devant elle et je guidai sa tête sur le membre.

- Allez, suce. Montre-moi à quel point la petite salope en toi aime ça.

Et elle obtempéra. Sans aucune résistance. Elle me surprit même par son enthousiasme à accomplir sa tâche. À peine le deuxième homme à portée, elle le prit naturellement en main pour mieux le branler.

J'en profitai pour croiser le regard de son maitre dont j'avais un peu perdu la trace tant mon attention s'était concentrée sur elle. Il valida d'un hochement de tête, même s'il y avait beaucoup trop de mâles dans la pièce à son goût. Mais nous voulions une chienne ce soir et elle ne s'en sortait pas mal du tout pour une première. Je m'asseyais dans un des deux grands fauteuils pour profiter du spectacle et quand je jugeai qu'elle les avait assez chauffés, si tant est qu'ils en aient eu besoin, je lui ordonnai d'arrêter.

Elle était haletante et rouge cramoisi. Je l'observai longuement en silence. Je voulais lui laisser le temps de prendre conscience de ce qu'il venait de se passer et d'imaginer aussi ce qui allait se produire maintenant. Car oui, elle allait se faire baiser.

- Lève-toi et viens me rejoindre. Pose tes mains sur les accoudoirs et regarde-moi.

Les deux mains fermement appuyées sur les accoudoirs, cuisses écartées, offerte à la vue de tous, ses yeux étaient plantés dans les miens. Serrait-elle un peu les dents à cause de l'appréhension ? J'étais aux premières loges et je n'allais pas rater une miette de tout ce qui allait s'afficher sur son visage. J'allais même m'en nourrir et elle le sentait. D'un regard, j'indiquai au premier homme de venir la prendre. Il s'enchâssa en elle d'un grand coup de reins, lui arrachant un cri de surprise. J'observai la lutte intérieure dans ses traits. Une vague de plaisir remonta, puis une autre. Elle ne voulait pas jouir, pas devant moi, pas sans son maître. J'allais devoir l'aider un peu.

Pendant que les hommes pilonnaient à tour de rôle, je me saisis d'un de ses mamelons et pinçai très fort. Son cri m'excita bien plus que tout ce que j'avais vu jusqu'à présent. J'attaquai la torture du deuxième et me mis à alterner, à les faire rouler entre mes doigts, à les tirer et les tendre vers le bas comme si je trayais une vache, puis à les gifler pour les faire balloter sous elle. Ça faisait longtemps qu'elle avait fermé les yeux pour se concentrer sur ses sensations et je la laissai faire. Je continuai à boire son plaisir évident. Si seulement elle pouvait se voir. Son visage n'était plus qu'un enchaînement de grimaces de plaisir et de douleur. 

Puis il y eut une émotion soudaine provoquée par un pouce se glissant dans son cul pendant qu'un inconnu continuait à la prendre sauvagement. Un pouce qui ne pouvait appartenir qu'à une personne. Là, présent, identifiable à coup sûr, préparant l'assaut final. Il ne lui en fallut pas plus pour jouir dans un grand cri et une vibration de tout son corps. On sous-estime toujours l'effet d'un pouce dans le cul et de doigts tirant très fort sur des mamelles, mais le résultat était là. Elle m'offrait tout sans pouvoir se contrôler. Puis le pouce se retira et s'éloigna et elle se retrouva de nouveau seule avec mon regard et deux hommes alternant toujours les coups de boutoirs derrière elle. Ça ne s'arrêtait pas et je voyais déjà l'arrivée d'un second orgasme se profiler à l'horizon. Celui-là, elle ne l'aurait pas aussi facilement.

- Je crois qu'il est temps de vous soulager, Messieurs.

Leurs regards enfiévrés par-dessus son corps me suffirent pour voir qu'ils étaient plus que prêts.

- Baisse les yeux et retourne-toi doucement puis mets-toi à genoux devant moi.

- Oui, Madame, souffla-t-elle docilement.

Je passai alors un bras sous une aisselle et en travers du haut de son corps pour venir la plaquer contre moi, entre mes cuisses et forçai de mon autre main son visage à se tourner vers le mien, au plus près.

- Messieurs, c'est à vous, lançai-je. Et toi, petite salope, caresse-toi. Que le spectacle soit à la hauteur de ce que tu vas recevoir en cadeau, lui murmurai-je dans le creux de l'oreille.

Et je l'embrassai à pleine bouche pendant que ses doigts s'activaient sur sa chatte si humide et gonflée de plaisir.

Était-ce notre baiser profond ? Ou la cambrure que j'imposais à tout son corps pour mieux leur offrir cette belle poitrine blanche ? Quelle que soit la raison, des grognements rauques se firent entendre et les jets chauds des deux invités ne tardèrent pas à jaillir pour mieux venir s'écraser sur ses seins et sur son ventre. L'un d'eux alla même jusqu'à essuyer son gland sur un mamelon et étaler un peu plus son sperme sur sa peau. Je la sentais se tendre et se tordre contre moi, toujours en train de se caresser ; elle avait besoin de jouir encore et fort.

Les deux hommes avaient rempli leur part du contrat. Ils se rhabillèrent vite et disparurent tout aussi vite. Nous n'étions plus que trois. L'ambiance se fit tout de suite plus intime, mais l'excitation habitait toujours tous nos corps avides de jouissance.

Je la relâchai et remontai ma jupe pour laisser apparaitre ma chatte particulièrement luisante et particulièrement en attente. 

- Viens me lécher, petite chienne en chaleur. 
- Oui, Madame.
- Écarte les cuisses et cambre-toi. Allez, lève le cul bien haut.

Ce qu'elle fit. Là encore, elle savait ce qui allait se passer. Elle n'attendait que ça depuis le début. C'était sa récompense. Elle se jeta entre mes cuisses en tortillant des fesses indécemment. Comme si son maitre avait besoin d'une invitation pour prendre ce qui était déjà à lui. Le temps de jeter un coussin sur le sol et il s'enchâssait profondément dans son cul sans le moindre ménagement. Je sentis immédiatement le soulagement et l'abandon chez elle. Il était là, en elle. Enfin.

- J'ai dit : Lèche !

Et elle lécha comme une folle, à grands coups de langue, au rythme des coups dans son séant. J'étais trop fascinée par l'intensité du spectacle pour songer à jouir. Je la sentais elle, je le regardais lui si concentré sur elle, la fessant et lui pinçant la peau des fesses. C'est mon regard qu'il trouva juste avant de jouir. Et je bus.

Je sentis alors le cri du deuxième orgasme s'étouffer dans ma toison, et sans lui laisser le temps de reprendre son souffle, je soulevai son menton dans le creux de ma main pour amener son visage vers le mien. Croisant une dernière fois son regard, je pris ses lèvres à pleine bouche, abusant de sa fébrilité post-jouissance, des cris des répliques et du goût salé de ma mouille. Puis je l'abandonnai là, à quatre pattes, son maitre balançant encore ses hanches contre elle pendant qu'elle s'avachissait sans élégance.

Le spectacle était fini. Je partis à la chasse des quelques effets que j'avais apportés avec moi, puis jetai un derrière regard derrière moi. Elle était lovée dans les bras de son maître. Il y eut quelques larmes de soulagement, le relâchement soudain d'une pression accumulée qui n'avait pourtant pas transpiré tant que ça, une chute brutale d'adrénaline. 

Un murmure grave faisait onduler l'air sans que je ne puisse distinguer les mots. C'est ce moment que je choisis pour quitter à mon tour la chambre et les laisser enfin se reconnecter. Ils avaient le reste de la nuit pour ça et je n'étais qu'un accessoire ce soir. J'avais aussi deux mâles très en forme qui m'avaient attendue dans le couloir...

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