Sexothérapies d'Elsa Fayner



Au commencement, il y a eu une énième émission de France Inter vers laquelle j'ai tendu l'oreille : Dans les secrets d'un cabinet de sexologie. Parmi les invités, il y avait une journaliste qui avait pu, dans le cadre de l'écriture d'un livre sur le sujet, jouer à la petite souris dans le cabinet d'une sexologue et, ce, pendant un an. Elle parle bien de son expérience et me donne rapidement envie de jeter un œil à son travail. 

En quelques pages, le cadre est posé. Il y a un intérêt certain d'Elsa Fayner pour la sexualité et la santé au sens large. Elle croise une généraliste-sexologue à qui elle propose son projet et elle se met à observer en silence les patients qui passent dans le cabinet pour parler de ce qui ne va pas dans leur vie sexuelle. Elle décidera de rapporter le parcours plus ou moins court de huit d'entre eux. 

Elsa Fayner écrit bien, c'est simple, c'est facile à suivre, elle invite à se mettre à sa place et à se confronter aux interrogations qui lui traversent l'esprit. Ça fonctionne à partir du moment où on ne s'attend pas à lire un ouvrage de sexologie clinique bien sûr.

Ici, il y a de l'humain, il y a de la souffrance, des frustrations, des freins, du bonheur et beaucoup de questions. Il y a des confidences touchantes tellement elles sont innocentes et d'autres qui font lever les yeux au ciel. Les patients ne savent pas, n'osent pas, ils pensent que la sexualité doit être comme ça, sauf que chacun la conçoit différemment, et ça leur fait du bien de savoir qu'ils ont le droit de penser, d'éprouver, de construire autrement et par eux-mêmes en donnant la priorité à leur sensualité et à leur bien-être. On n'est pas loin de la psychothérapie par moments, mais le médecin derrière la sexologue essaye d'éviter la confusion. Elle est là pour que le plaisir revienne. 

La sexologue, c'est celle qui écoute et qui éclaire, mais jamais en donnant une solution clé en main. De l'importance d'aller voir quelqu'un qui en a littéralement vu d'autres. En quelques phrases, elle chasse les hontes, les soi-disant anormalités, elle réoriente la discussion vers ce qui semble anodin et qui est pourtant peut-être la clé de tout, elle conseille, elle encourage, elle donne des devoirs, souvent les mêmes d'ailleurs. La sexologue fait la part des choses entre l'explicable qui ne l'est pas pour le patient et les problèmes relevant de la médecine pure (troubles neurologiques, vasculaires, chimiques, etc.). Elle aide les patients à aller mieux en allant puiser la solution en eux et en réconciliant le corps et l'esprit, parfois en recourant à l'hypnose dont je ne suis pas vraiment cliente. Est-ce que ça marche ? Pour certains dont on voit l'évolution positive au fil des mois. Pour d'autres, on ne saura jamais. Au moins, ils auront essayé.

Pour le lecteur, c'est s'ouvrir l'esprit sur ce qui se passe dans la vie sexuelle de ceux chez qui ça ne va pas (et peut-être un peu moins la fantasmer et plus de compassion), avec une pointe de voyeurisme au début, puis avec un réel intérêt pour la mécanique des corps, des cœurs et des cerveaux. Ça ne fait jamais de mal et ça évite de trop regarder le nombril de sa propre expérience. Vraiment, l'ouvrage est plaisant et sait jouer de sa légèreté. Pas incontournable, mais intéressant.



Les femmes, affirme la sexologue sur un ton clinique, ont l'habitude de développer des "attitudes phobiques", des "stratégies d'évitement", quand les hommes s'enferment plus volontiers dans des "névroses d'angoisse et d'échec" à force de fantasmer les attentes de leur partenaire et de se mettre la pression par crainte de ne pas être "à la hauteur".

p. 11

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