Lu ailleurs #23


  • L'expérience sexuelle dégradante de l'une peut être le délire extatique de l'autre
  • Être femme selon son désir : Belinda Cannone m'avait déjà fait un bel effet dans La Grande Libraire aux côtés d'Elisabeth Badinter. J'ai sa Tentation de Pénélope dans ma pile à lire et il vient de devenir une priorité. J'aime vraiment beaucoup sa vision des choses surtout quand elle parle de neutraliser la langue plutôt que de renforcer le féminin face au masculin.
  • Soumission et estime de soi : Beaucoup de questions d'un coup, chez Lady Agnès.
  • L'Epectase de l'Apôtre : La mort de Monseigneur Daniélou (1905-1974) et De l’épectase à la luxure et réciproquement. Il s'en passe des choses sur France Culture le dimanche après-midi. Leur sélection musicale était, pour cette fois, particulièrement coquine et irrévérencieuse. Une occasion de ressortir Fernandel et son Aventure Galante.

Dans un restaurant, un matin
J'fis connaissance d'un p'tit trottin
A l'air mutin
Elle m'avait plu, je le confesse
Parce qu'elle avait de très belles... dents
C'était tentant
Profitant d'un moment propice
Je glissai ma main sous la... table
D'un air aimable
Tout en ramassant ma serviette
J'lui fis un tout p'tit peu... la cour
Ce fut très court
Tandis que je me réjouissais
Auprès d'moi la p'tite... demanda
Un autre plat
Puis elle me dit "Où c'est qu't'habites ?
Tu dois avoir une belle... demeure,
Très supérieure"
J'lui dis "J'ai même un grand balcon
Si tu veux m'ouvrir ton p'tit... cœur
Ce s'ra l'bonheur "
"Entendu" qu'elle m'fait, "c'est promis
Puisque t'as fini d'faire... la monnaie
Faut s'débiner"
Pendant que le taxi s'ébranle
J'lui dis "J'voudrais que tu me... racontes
Sans fausse honte
Ce que tu fais comme métier
Et si tu prends souvent... d'l'argent
C'est épatant"
"Oh, je n'travaille pas sur l'enclume
Seulement quelquefois je taille des... robes
Mais je m'dérobe
Car dans c'métier, on se dispute
Et je préfère faire la... modiste
C'est plus artiste"
En arrivant aux Batignolles
Elle me prit par les rou... flaquettes
C'était pas bête
En rentrant chez moi, tout d'un coup
Elle m'dit "Avant d'tirer... l'rideau
Mon p'tit coco
Faut que j'te l'dise : On m'appelle Luce"
J'réponds "Alors faut qu'tu m'... embrasses
A cette place"
Et en voyant ses yeux de braise
J'lui dis "Viens ici que j'te... dise
Quelques bêtises"
Mais un jour pour me damer l'pion
Elle partit m'laissant des... dettes
C'est pas honnête
Elle m'avait bien pris pour un sot
Pourtant je n'suis pas pu... dibond
Oh, pour ça, non
Et depuis, je m'en mords les tifs
Regrettant mon... cache-poussière
Quelle triste affaire
Comme j'ai le caractère aigri
Je ne porte plus de longs gants... noirs
Par désespoir
Messieurs, il faut que vous l'sachiez
Des femmes comme ça vous font... d'la peine
Voilà notre veine
Elles fouillent d'abord votre pelisse
Et puis vous laissent une... rancœur
Au fond du cœur
Moi je vous dis, il n'y a rien d'tel
Vaut bien mieux aller au... théâtre
C'est plus folâtre
Malgré que je ne sois pas puritain
Méfiez-vous de ces... souvenirs
Qui font souffrir.

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Les Trois talents 3 : Le Guérisseur d'Emma Cavalier


Quand l'amour nous rend plus forts... Élisabeth part pour New York pour retrouver ce père biologique qu'elle ne connait pas. Lex refuse de la laisser affronter seule cette épreuve et l'accompagne. À leur arrivée à New York, ils retrouvent Eviva et les autres amis que Lex avait laissés derrière lui. Tandis que Dom se défile, évitant la rencontre avec sa fille, Beth et Lex se laissent emporter, plus que jamais, par les plaisirs qui les rapprochent. Pourtant, ils refusent toujours de s'assumer comme un couple. Petit à petit, ce voyage crée entre eux des liens plus forts : Lex accepte enfin de s'ouvrir et de parler à Beth de son passé. Saura-t-elle l'aider à retrouver le chemin de l'amour ?

Le Guérisseur est le troisième et dernier tome de la trilogie Les Trois talents. Emma Cavalier clôt ici une jolie histoire que je ne m'attendais pas à autant apprécier et dont je retiendrai surtout le chemin individuel parcouru par les personnages qui va bien au-delà d'une banale romance. L'auteur a choisi de construire des personnages psychologiquement complexes avant tout et pas juste un couple où chacun serait le seul et unique sauveur de l'autre. Il y a un moment où c'est à chacun de panser ses blessures pour ne pas être un poids pour l'autre et surtout pour s'offrir plus sereinement à l'autre, l'autre étant là pour tenir la main au besoin. C'est le sujet de ce tome. Une finalité qui change beaucoup de choses et qui sort des sentiers battus de la romance qui joue bien trop souvent sur le besoin viscéral de dépendance à l'être aimé. Il y a une simplicité et des évidences dans cette série qui ont continué de me séduire là où l'histoire d'amour m'indifférait assez. La lecture est toujours aussi rapide et fluide et les ellipses temporelles permettent de laisser aux personnages le temps de faire leur chemin sans tours de passe-passe ridicules, ce qui renforce la crédibilité de l'ensemble. Se reconstruire prend du temps, même si ce temps parait toujours bien trop long. Il aura ainsi fallu attendre le tome 3 pour connaître enfin le passé de Lex et assister à la rencontre entre Beth et son père, dont on sait qu'elle se produit dès le tome 1. Des moments qui ne pouvaient être constructifs que si l'un et l'autre étaient prêts à se confier, entendre et comprendre.

La fluidité n'est d'ailleurs pas que dans la lecture, elle est aussi très présente au sein de la tribu new-yorkaise d'adoption de Lex et Beth. Comment ne pas se sentir bien et l'esprit libre dans cette petite famille bis où tout est possible, mais rien n'est obligatoire, avec une absence totale de jugement ? C'est un état d'esprit qui m'est plutôt familier et que j'ai aimé voir mis en valeur sans aucun grain de sable pour venir gripper les rouages de la machine. J'ai également aimé les scènes érotiques BDSM que j'ai trouvées très réussies, toujours de bon goût et encore une fois très réalistes et crédibles. Il ne s'agit pas ici d'un auteur qui fantasme le BDSM à grand renfort de clichés, mais bien de quelqu'un qui sait de quoi elle parle et qui défend une certaine façon de pratiquer beaucoup moins codifiée et plus libre. Là encore, c'était terriblement familier donc très plaisant pour moi. Cerise sur le gâteau, ça m'a donné des envies de retour aux cordes. Et de me mettre plus sérieusement aux assouplissements. Pas mal comme second effet Kiss Cool, non ?

(Mes avis sur le tome 1 et le tome 2 sont ici et .)
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Petite éloge de la jouissance féminine d'Adeline Fleury


"Et puis, un jour, j'ai joui. Tout mon corps, toute mon âme. Enfin ! Je n'ai pas honte de le clamer : j'ai joui pour la première fois à trente-cinq ans. La jouissance féminine est une grande fête. Elle est puissante, belle, c'est une joie qui transporte, dans laquelle on lâche prise, on lâche tout, on laisse échapper."
À travers ses lectures, son expérience personnelle, avec des mots poétiques et parfois crus, Adeline Fleury nous fait ressentir, à chaque page de ce livre extrêmement sincère et émouvant, que jouissance et renaissance sont unies, et que plaisir et liberté sont indissociables.


Un jour, j'ai vu la vérité en face : une femme sans désir est une femme a-sensuelle. Une vie sans désir sexuel, c'est une vie sans envie, sans élan, une existence statique, immobile. Une vie sans désir, c'est une vie atone, sans souffle.
J'ai eu un petit grincement de dents en lisant ces mots de l'avant-propos et une furieuse envie de dire à l'auteur : merci de ne pas exclure d'emblée celles qui ont d'autres désirs dans la vie que des désirs sexuels, celles qui y ont renoncé, celles qui n'y arrivent pas et toutes les autres. Parce que là, c'est du même acabit que l'injonction au bonheur. Dès les premiers mots, je me suis un peu braquée.

Je vais faire une analogie étrange pour commencer, mais pour moi, lire est vital, ça me détend, ça me permet de m'évader, ça m'enrichit, ça m'aide à comprendre qui je suis et comment le monde autour de moi fonctionne. Et j'aimerais bien que plus de gens comprennent le pouvoir que renferme un livre ; je suis même persuadée que ça pourrait changer le monde. Je suis aussi féministe pro-sexe à tendance pop et je suis tout aussi persuadée que l'affirmation de leurs désirs par les femmes changera de façon radicale le rapport homme/femme et donc le monde. Mais il ne me viendrait pas plus à l'esprit de dire à quelqu'un : "Lis, c'est pour le bien du monde" que "Baise, c'est pour le bien du monde".

Gary Shteyngart a dit au sujet du livre :
Le roman demande du temps, de l’introspection, de la pensée. Des denrées de plus en plus rares.
Être une femme épanouie aussi, et nous ne sommes malheureusement pas toutes en mesure et en capacité de nous prendre en main pour nous bouleverser. Ça demande de l'énergie pour devenir actrice de sa propre vie et les freins sont non seulement nombreux, mais parfois indépendants de notre volonté.

Adeline Fleury a donc eu la chance, à 35 ans, de découvrir ce qu'est une vie de femme épanouie sexuellement et dans son quotidien, ce qui est une très très belle chose, mais une chose qui arrive à beaucoup de femmes plus ou moins à la quarantaine et qui prend beaucoup de formes différentes. Pour elle, ça a été une telle révélation qu'elle en a fait un livre plein d'étoiles dans les yeux, malheureusement assorti d'un cruel manque de recul que ne comblent ni l'enrichissement apporté par ses lectures ni le récit de son expérience sur laquelle se greffent ses écrits érotiques qualifiés de "crus". C'est au final tellement léger que ça aurait pu être le sujet d'un plaisant petit blog parmi beaucoup d'autres.

À mon avis, en plus de mettre une certaine forme de pression aux lectrices (Jouissez !), Adeline Fleury fait plusieurs erreurs dans les messages implicites qu'elle fait passer. Déjà, elle ne jauge ses amants qu'à leur capacité à lui donner un orgasme. Depuis qu'elle en a eu un, elle est à la limite de l'exiger à chaque rapport. C'est dommage, cela insinue que sans orgasme à la clé, le sexe n'a pas d'intérêt. C'est bien sûr son approche personnelle, mais elle ne laisse aucune place à des alternatives. Je ne suis pas non plus d'accord avec sa volonté de démontrer qu'une femme ne peut être entière dans son plaisir que si elle est amoureuse de l'homme qui la fait jouir. À moins de pratiquer l'abattage, il est tout à fait possible pour une femme de mêler complicité, affect et sexe et d'être tout à fait épanouie dans cette configuration. Et ça ne la rend pas moins belle et désirante. Être amoureuse change bien sûr beaucoup de choses, je suis mal placée pour le nier, mais ne pas l'être n'est pas forcément un frein à l'épanouissement, il s'agit juste de pratiques différentes avec des apports différents. Il y a des désirs qui se passent tout à fait d'amour, voire des désirs qui ne peuvent se réaliser que s'il n'y a pas d'amour. Et ces désirs n'ont pas moins de valeurs que ceux rattachés à l'être aimé.

Ce livre, pour être plus juste, aurait dû s'intituler Petit Éloge de MA jouissance, parce qu'il s'agit avant tout du parcours de l'auteur, mais il n'est pas LE parcours. Il ressemble au mien par endroits, pas du tout à d'autres et il ne me viendrait pas à l'idée de généraliser mon cas. En tout cas, avec mon blog, j'essaye d'être plus dans le partage d'expériences personnelles et de réflexions qui me permettent d'ouvrir subtilement les esprits sur un univers de possibles, mais en laissant toujours, je l'espère, son libre arbitre à mon lectorat. Quitte à se lancer dans une reprise en main de sa sexualité de femme, je préfère conseiller les ouvrages de Heidi Beroud-Poyet et Laura Beltran d'une part et d'Elsa Fayner d'autre part. Ils me paraissent autrement plus neutres, constructifs et ouverts sur le sujet.
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Chroniques de bastringue

Je parlais récemment de la web-série de Florence Rivières et, en me renseignant sur le projet, je suis tombée sur le site de la jeune femme que j'ai commencé à explorer. Au milieu des vidéos et des très belles photos, il y avait ce petit bijou sulfureux, sensuel, fascinant. Je ne résiste pas à l'envie de le partager ici. 

Chroniques de Bastringue - Paul von Borax from Florence Rivières on Vimeo.
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Sans vouloir vous déranger


Sans Vouloir vous Déranger est une websérie humoristique centrée autour du personnage d'Estelle. Estelle est anxieuse. Estelle a peur de déranger. Estelle s'excuse beaucoup. Puis un jour, Estelle est bien obligée de se prendre par la main.

Je suis tombée sur ce projet un peu par hasard grâce à un message sur un forum. Comme je sortais tout juste de J'ai 2 amours, je me suis dit : "Pourquoi pas, tant que j'y suis." Le point positif, c'est que ça se regarde très vite. Le gros point négatif, c'est que globalement, pour le dire vite, j'ai trouvé ça techniquement pas tip-top, pas super bien joué, avec un humour qui ne fonctionne pas à tous les coups avec moi. Bref, il y a pas mal de bricolage (ce qui est tout à fait compréhensible quand on fait avec les moyens du bord) et cette première saison se retrouve ainsi le cul entre deux chaises. Il y a beaucoup de bonne volonté et d'enthousiasme visibles, mais le résultat est trop expérimental et elliptique pour supporter le propos. J'ai envie de qualifier l'objet de comédie de mœurs à ambiance gaguesque largement soutenue par le côté fantasque gaffeur d'Estelle. Avec moi, ça marche moyen sur la forme, comme vous l'aurez compris. Ça m'a un peu fait un effet Girls i.e. je ne me sens pas cœur de cible donc je passe à côté.

Ce qui est vraiment dommage, c'est qu'au niveau de l'argumentaire, il n'y a rien à redire ; je suis séduite. Il suffit de voir la vidéo invitant à financer la saison 2 pour se rendre compte que Florence Rivières, dont j'aime beaucoup l'état d'esprit, et ses deux collègues savent de quoi ils parlent, comment ils veulent en parler et assument le côté militant du projet. Sauf qu'à l'écran, pour l'instant, c'est trop léger. Je vais donc dire la même chose qu'eux : c'est un prologue et la suite va permettre à l'histoire de prendre son envol. En tout cas, j'y crois assez et je trouve positif que des moins de 30 ans se saisissent ainsi de la thématique de la relation de couple pour ouvrir les esprits et les débats. À suivre.


La saison 1 en intégralité :


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J'ai 2 amours


Médecin urgentiste à Strasbourg, Hector, 40 ans, est amoureux de Jérémie depuis cinq ans. Résolus à fonder une famille, les deux hommes projettent d’avoir un bébé avec leur amie Anna, homosexuelle en proie à un pressant désir d’enfant, qui s’est installée chez eux après une rupture douloureuse. Mais alors qu’ils viennent d’entamer un protocole d’insémination artificielle en Belgique, Hector recroise à l’hôpital son premier amour, Louise, qui s’est entaillé la cuisse. Vingt ans après leur séparation, ils retombent dans les bras l’un de l’autre. Aussi épris de la jeune femme que de son compagnon, Hector est incapable de faire un choix et s’engage dans une double relation à haut risque…

Arte diffuse ce jeudi 22 mars l'intégralité d'une série sur le polyamour. Pour les plus curieux et pressés, il est d'ores et déjà possible de regarder les trois épisodes en ligne sur le site de la chaîne. C'est d'ailleurs ce que je fais dès que j'ai su que c'était disponible.

Le ton de cette comédie de mœurs romantique m'a tout de suite fait penser à celui de Clara Sheller ou, plus récemment, celui de Hard. Peut-être que la présence de François Vincentelli y est pour quelque chose puisqu'il joue dans les trois. Cette courte série est légère, souvent très drôle, avec des retournements de situation que je n'avais pas vus venir et est suffisamment prenante et touchante pour que je verse ma petite larme à la fin. Les quatre actrices et acteurs principaux (François Vincentelli, Julia Faure, Olivier Barthélémy et Camille Chamoux) forment une belle tribu très convaincante et très à l'aise dans ses baskets vu le large spectre des thématiques abordées. Mention spéciale à Yelle qui, sans trop en dire, trouve très bien sa place dans la dynamique d'ensemble.

Quant à la relation polyamoureuse en V naissante qui est au cœur de l'histoire, il était bien sûr particulièrement judicieux de placer un homme entre une femme et un autre homme, ça permet de mettre tout de suite de côté plein de mauvaises raisons d'aller voir ailleurs et d'aborder le sujet tout en douceur. Le personnage principal est bi et il lui est donc impossible de résoudre l'indécision puisque chaque partenaire vient le compléter à sa façon. Et c'est finalement une des raisons du polyamour, il n'y a normalement pas concurrence réelle entre les différents éléments ; quelque soit leur nombre et leur sexe, chacun participe à sa façon à l'équilibre général. La série prend le parti d'amener ses personnages sur ce chemin avec subtilité, sans jamais vraiment s'arrêter sur les définitions et surtout pas sur la question qui fâche habituellement, à savoir : est-il vraiment possible d'aimer deux personnes en même temps ? Ici, c'est un fait : Hector aime Jérémie et Louise et il ne peut vivre sans aucun des deux. Il est heureux ainsi. Il leur faudra donc trouver une autre voie et d'autres codes à trois. Un chemin souvent chaotique, mais qui peut mener à un bel épanouissement et à beaucoup d'amour.

Même si elle n'est pas la série du siècle, J'ai 2 amours est une série fluide sous bien des aspects et elle fait du bien par où elle passe. Vraiment beaucoup de bien. 



Bonus : Amy Acker ou Julia Faure ?


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Lu ailleurs #22


  • Les pieds sur terre - La vie sexuelle des Françaises : Quelques beaux témoignages de femmes, notamment le dernier qui me parait être le plus important.
  • Le sexe comme objet - Savoirs et sexualité : Quatre podcasts à réécouter sur France Culture. Ça va des porn studies à l'éducation sexuelle au lycée en passant par la pilule et les enquêtes de santé publique quand il est question de sexualité. 
  • Les lavements mode d'emploi pour elle et lui (2/2) : Vous éviterez de lire ça au petit déjeuner quand même.
  • Le règne de la séduction avec Gilles Lipovetsky : De quoi élever le débat dans une période où la séduction en prend pour son grade. Les paroles de Lipovetsky sont d'ailleurs rassurantes à ce sujet. Et pour aller plus loin, il parle également de la séduction qui sort du cadre de la relation amoureuse ou sexuelle.
  • Total désir : une heure de gens qui parlent de leur désir, de la première fois, de toutes les fois, des hommes, des femmes, des émois avec leur sœur, des choses cachées, du désir tué. Un moment captivant.
  • Balance ton corps : Inutile de préciser que j'aime cette conclusion.
    Sauf que #Balancetonporc, ce n’est qu’un « tout petit filet de voix par rapport au continent noir de la douleur parce que femme », tempère Laure Adler, auteure du Dictionnaire intime des femmes. Elle se demande s’il n’y aura pas « un prix à payer » pour cette parole aussi salutaire que périlleuse quant au rapport intime que chacun entretient avec son corps. Car « c’est un corps très souffrant, douloureux, violenté qu’on entend. On ne parle pas du corps désiré, du corps désirable et arrogant, de l’éloge de l’amour, de la sensualité, de la sexualité », dit-elle. Or, sans désir, point de libération des corps. « Ce discours libérateur du corps objet de la domination masculine est important, on s’en réjouit toutes, mais si on intériorise cette violence, je crains qu’on entre dans un grand silence sur le désir des femmes. » Désir qui serait étouffé sous une chape de plomb, celle qui s’est « abattue sur nous » ces quinze dernières années : « Une régression morale dingue, avec une sexualité hygiénique, domestiquée, quasiment synonyme de reproduction », selon Laure Adler. Elle cherche les figures tutélaires, comme Simone de Beauvoir, qui incarneraient ce corps désirant. Elle voit plutôt se déployer « ce foutu archaïsme qui veut que la femme soit la proie et l’esclave de l’homme ». « Quand, dans l’inconscient collectif, les hommes n’auront plus le monopole du désir, alors on pourra parler d’égalité des droits. Mais cela passe par la sexualité. Et donc, d’abord par l’image intérieure du corps des femmes. » Balançons nos corps. Nos corps désirants.
  • Abnousse Shalmani  "En matière de féminisme, il est fort instructif de garder un œil sur notre passé" : <3
    Il faut apprendre aux femmes leur sexe, la beauté de leur sexe et la beauté d'une vie sexuelle consentie et épanouissante. Leur apprendre à dire leur désir, c'est neutraliser la peur du sexe, c'est les rendre « actives » et  briser pour de bon la position historique de « proie ». Une femme ne devrait pas attendre de l'homme qu'il fasse le premier pas alors qu'elle le désire. Elle devrait « dire » son désir. D'où l'importance de la parole. C'est un travail de fond, il faut du temps, mais c'est à ce prix là que les mentalités évolueront.
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Pas dans le cul aujourd'hui de Jana Černá



Pas dans le cul aujourd'hui
j’ai mal
Et puis j’aimerais d’abord discuter un peu avec toi
car j’ai de l’estime pour ton intellect
On peut supposer
que ce soit suffisant
pour baiser en direction de la stratosphère
Jana Černá, 21 décembre 1948.

Je ne vais pas être très originale en regard des autres avis sur ce petit livre, mais je vais également commencer par citer ce court poème. Il en dit tellement long en si peu de mots qu'il en devient magique. C'est un parfait résumé de la pensée de l'auteur que l'on retrouve dans le reste du texte : Jana Černá est une femme qui aime l'esprit, le cul et la liberté. Tout ça ne pouvait que me plaire.

Au départ de cette lettre d'amour, car il s'agit de cela, il y a une séparation de douze jours et l'envie qui prend aux tripes d'écrire à l'être aimé pour lui dire que, même pendant son absence, il est toujours bien présent dans sa tête et dans sa chair. L'auteur revit leurs beaux moments qu'elle chérit autant que leurs débats d'idée et leurs étreintes charnelles débridées et chaotiques. Elle veut coucher sur le papier tout ce qu'elle aime chez lui, ce qu'il lui évoque, ce qu'il représente et toute la multitude de sentiments et d'envies que ça éveille en elle. Cette lettre, c'est un grand cri du cœur, mais aussi l'expression de son immense admiration pour lui et pour le produit de son cerveau dont elle loue et encourage l'imagination. Elle n'est pas que l'amante qui sait exprimer ses pulsions de manière très très crue, elle est aussi le soutien indéfectible pour le pire et le meilleur. 

Au début des années 60 en Tchécoslovaquie, Jana Černá et Egon Bondy sont des intellectuels dissidents dont les écrits circulent sous le manteau. La vie au quotidien n'est pas facile. Et pourtant, en lisant ce texte, on comprend qu'ils vivent un amour simple, léger, romantique dont ils savourent avec un étonnement touchant les richesses et les nuances. Ça aurait pu être niais, c'est au contraire profond et beau. Et par-dessus tout, il y a cette volonté de protéger une relation hors-norme qui ne se pense pas dans le temps, mais dans l'instant, et surtout hors des sentiers battus.

Je me sens infiniment bien, je n’ai pas la moindre idée de ce qui nous attend, je ne puis imaginer combien de temps nous sépare du moment où tout ceci portera enfin ses fruits et où tout ce que nous avons préparé pendant ces années d’étrange coexistence deviendra réalisable, je n’ai pas la moindre idée de ce qui peut encore se mettre en travers du chemin et avec quelles difficultés nous allons maîtriser et faire disparaître tout cela, mais je me sens bien et j’ai la certitude que tout est pour le mieux, qu'il n’arrivera rien qui ne doit arriver.
Je ne peux pas te perdre et toi, tu ne peux pas me perdre, l’état des choses et ceux qui s’en prévalent n’y peuvent plus rien, nous sommes arrivés à un tel point que c’est sûr et certain. Comment cela arrivera n’est pas de notre ressort, je n’ai aucune intention de forcer le destin et je m’accorde le luxe de cette insouciance d’un cœur léger.

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Sexe sans consentement


À compléter par l'interview de Blandine Grosjean, la journaliste qui a collaboré avec Delphine Dhilly sur ce documentaire pour France 2, invitée de L'Instant M le 5 mars 2018. Et en espérant que ces mots et témoignages ne soient pas récupérés n'importe comment pour en faire un gloubi-boulga difforme comme les réseaux sociaux en ont l'habitude, mais qu'ils servent comme éléments à une réflexion plus large sur l'éducation des garçons, des filles, des hommes, des femmes et de tous ceux entre les deux, et en gardant à l'esprit que la zone grise existera toujours et qu'elle ne se résume pas uniquement à celle décrite dans ce documentaire, Nous sommes en tout cas encore loin de l'espace de liberté dont parle Marie Darrieussecq à un moment.

Comme dit une des jeunes femmes à la fin : "La clé, c'est l'éducation, la sensibilisation et surtout la communication et la confiance." Suivi d'une belle invitation au sexpowerment cher à mon cœur. Ça serait un bon début en effet.
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Beauté fatale de Mona Chollet



Soutiens-gorge rembourrés pour fillettes, obsession de la minceur, banalisation de la chirurgie esthétique, prescription insistante du port de la jupe comme symbole de libération : la « tyrannie du look » affirme aujourd'hui son emprise pour imposer la féminité la plus stéréotypée. Décortiquant presse féminine, discours publicitaires, blogs, séries télévisées, témoignages de mannequins et enquêtes sociologiques, Mona Chollet montre dans ce livre comment les industries du « complexe mode-beauté » travaillent à maintenir, sur un mode insidieux et séduisant, la logique sexiste au cœur de la sphère culturelle.
Sous le prétendu culte de la beauté prospère une haine de soi et de son corps, entretenue par le matraquage de normes inatteignables. Un processus d’autodévalorisation qui alimente une anxiété constante au sujet du physique en même temps qu'il condamne les femmes à ne pas savoir exister autrement que par la séduction, les enfermant dans un état de subordination permanente. En ce sens, la question du corps pourrait bien constituer la clé d’une avancée des droits des femmes sur tous les autres plans, de la lutte contre les violences à celle contre les inégalités au travail.                            
Petite mise en garde : l'auteur tire à boulets rouges sur tout ce qui bouge dès les premiers chapitres et, même si, en tant que femmes tout particulièrement, vous n'avez aucune raison de vous sentir visées (et que vous le savez), vous aurez sans doute malgré tout l'impression d'être coupable de quelque chose. La sensation n'est pas franchement agréable ni engageante, mais comme nous semblons avoir des chevaux de bataille en commun avec Mona Chollet, je me suis accrochée.

L'ouvrage est donc un condensé assez exhaustif et graduel de tous les diktats beauté qui polluent l'esprit des femmes de manière plus ou moins insidieuses avec, en tête, les magazines féminins et toute l'importance donnée à la place occupée dans la grande hiérarchie de la féminité. Pour être une femme, une vraie, il faut bien s'habiller, bien se maquiller, sentir bon, faire du sport, bien manger, s'épiler intégralement et définitivement, se faire blanchir et lisser la peau, se faire tirer les plis, se faire refaire les seins, le visage, le reste du corps. Bref, tout est bon pour changer le regard que la femme porte sur son propre corps jusqu'à ce qu'il devienne l'ennemi et une obsession dont elle n'a même plus conscience. Le tout renforcé par des critiques déplacées et le dénigrement systématique de celles qui ne font pas assez d'efforts ou qui ont juste mieux à faire de leur vie. Et plus on commence tôt, mieux c'est, bien sûr.

Le petit hic, c'est qu'en même temps qu'elle dénonce, à juste titre, tout ce qui ne va pas, l'auteur perd aussi en objectivité et se fait juge là où il n'y avait pas besoin d'en rajouter et où le lecteur avait les éléments nécessaires pour se forger son avis. L'essai devient alors pamphlet. Sofia Coppola, notamment, en prend pour son grade et se trouve réduite à un simple suppôt de la mode, accessoirement réalisatrice fille à papa sans talent qui fait travailler ses potes sur ses films. N'en jetez plus. Ai-je encore le droit d'aimer Lost in Translation ou ça fait de moi une personne écervelée sans aucun goût ? De même, porter des tenues vintage tout droit sorties de Mad Men semble me mettre d'emblée dans la case des dindes qui n'ont pas compris que le jour où la femme s'est débarrassée des gaines, elle s'est libérée. Dois-je me flageller parce que ça me fait une silhouette de dingue, surtout perchée sur des talons de treize centimètres ?

Bien sûr, l'idée de l'auteur est de taper fort pour forcer à une prise de conscience chez le lecteur, ou plutôt la lectrice qui est la première cible. Pour être égalitaire, il faudrait avoir un aperçu du versant masculin des diktats. Chose qui semble être abordée dans le livre d'Olivia Gazalé : Le Mythe de la virilité. Connaître le côté pernicieux de ces injonctions et la façon dont elles s'immiscent dans nos esprits doit pouvoir nous permettre de nous en libérer. En cela, l'exercice est plutôt réussi. Sauf que les personnes visées en premier lieu par ce livre ont, elles, mieux à faire que de le lire et il y a fort à parier que celles le lisant ont déjà un certain recul et sont parfaitement capables de dire merde à la fois aux gens qui critiquent parce qu'il y a un fashion faux-pas, à ceux qui reprochent d'être une pauvre victime de la mode à cause de la présence d'un pull jaune moutarde dans la garde-robe, et à l'auteur aussi au passage. Si vous souhaitez en rajouter une couche sur le concept de liberté de choix, je vous invite à jeter une oreille sur l'émission Grand bien vous fasse datée du 16 février 2018, intitulée : Sommes-nous vraiment libres ? À compléter avec ce petit article qui prouve bien que ça n'est pas si simple : Sortir sans maquillage ne me pose aucun problème mais j'ai l'impression d'être la seule.



La lumière représente, dans notre monde, un déterminant culturel puissant. Nous manifestions une fois profonde et obstinée dans les vertus de l'exposition, au point de nier la violence qu'elle implique. Nous sommes persuadés qu'il est bon d'en montrer le plus possible, que du dévoilement viendra une forme de révélation, de délivrance. Seule la honte paraît pouvoir justifier que l'on veuille pouvoir garder des choses pour soi. (p. 190)
Non contents d'exploiter les peurs et les fragilités de leurs clientes, certains vont jusqu'à affirmer que leur activité est féministe, car elle permet aux femmes d'« acquérir une meilleure estime d'elles-mêmes ». C'est confondre l'estime de soi avec le soulagement que procure le fait de « prouver sa loyauté à l'ordre dominant », comme le formule Laurie Essig, en une synthèse efficace des thèses de Michel Foucault sur l'exercice moderne du pouvoir par la discipline du corps. [...]L'« estime de soi » apportée par une nouvelle paire de seins risque fort de s'évanouir avec la première ride, le premier sillon, le premier signe de cellulite aperçu dans la glace, la première manifestation des effets de la gravité. On peut chercher ailleurs une confiance en soi d'un genre plus solide - une fenêtre sur un autre genre de paradis. (p. 205)
Peut-être existe-t-il en effet des féministes puritaines refusant d'envisager que les femmes puissent être des objets sexuels dans quelque circonstance que ce soit ; mais on a surtout l'impression d'un malentendu persistant. Le problème n'est évidemment pas qu'une femme puisse être envisagée comme un objet sexuel par des hommes qui, par ailleurs, la voient comme une personne globale, dotée d'un libre arbitre. Le problème est qu'elle existe socialement comme un objet sexuel ; qu'elle soit réduite à cela et qu'elle ne puisse jamais affirmer pleinement sa dimension de sujet. Natacha Henry montre bien comment ceux qu'elle appelle les « mecs lourds » se servent de remarques crues, adressées à une collègue, une subordonnée ou une parfaite inconnue, non pas pour la séduire (ou alors, ils s'y prennent vraiment mal), mais pour disqualifier, pour humilier, pour marquer une domination. (p. 256)
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