Pas dans le cul aujourd'hui de Jana Černá



Pas dans le cul aujourd'hui
j’ai mal
Et puis j’aimerais d’abord discuter un peu avec toi
car j’ai de l’estime pour ton intellect
On peut supposer
que ce soit suffisant
pour baiser en direction de la stratosphère
Jana Černá, 21 décembre 1948.

Je ne vais pas être très originale en regard des autres avis sur ce petit livre, mais je vais également commencer par citer ce court poème. Il en dit tellement long en si peu de mots qu'il en devient magique. C'est un parfait résumé de la pensée de l'auteur que l'on retrouve dans le reste du texte : Jana Černá est une femme qui aime l'esprit, le cul et la liberté. Tout ça ne pouvait que me plaire.

Au départ de cette lettre d'amour, car il s'agit de cela, il y a une séparation de douze jours et l'envie qui prend aux tripes d'écrire à l'être aimé pour lui dire que, même pendant son absence, il est toujours bien présent dans sa tête et dans sa chair. L'auteur revit leurs beaux moments qu'elle chérit autant que leurs débats d'idée et leurs étreintes charnelles débridées et chaotiques. Elle veut coucher sur le papier tout ce qu'elle aime chez lui, ce qu'il lui évoque, ce qu'il représente et toute la multitude de sentiments et d'envies que ça éveille en elle. Cette lettre, c'est un grand cri du cœur, mais aussi l'expression de son immense admiration pour lui et pour le produit de son cerveau dont elle loue et encourage l'imagination. Elle n'est pas que l'amante qui sait exprimer ses pulsions de manière très très crue, elle est aussi le soutien indéfectible pour le pire et le meilleur. 

Au début des années 60 en Tchécoslovaquie, Jana Černá et Egon Bondy sont des intellectuels dissidents dont les écrits circulent sous le manteau. La vie au quotidien n'est pas facile. Et pourtant, en lisant ce texte, on comprend qu'ils vivent un amour simple, léger, romantique dont ils savourent avec un étonnement touchant les richesses et les nuances. Ça aurait pu être niais, c'est au contraire profond et beau. Et par-dessus tout, il y a cette volonté de protéger une relation hors-norme qui ne se pense pas dans le temps, mais dans l'instant, et surtout hors des sentiers battus.

Je me sens infiniment bien, je n’ai pas la moindre idée de ce qui nous attend, je ne puis imaginer combien de temps nous sépare du moment où tout ceci portera enfin ses fruits et où tout ce que nous avons préparé pendant ces années d’étrange coexistence deviendra réalisable, je n’ai pas la moindre idée de ce qui peut encore se mettre en travers du chemin et avec quelles difficultés nous allons maîtriser et faire disparaître tout cela, mais je me sens bien et j’ai la certitude que tout est pour le mieux, qu'il n’arrivera rien qui ne doit arriver.
Je ne peux pas te perdre et toi, tu ne peux pas me perdre, l’état des choses et ceux qui s’en prévalent n’y peuvent plus rien, nous sommes arrivés à un tel point que c’est sûr et certain. Comment cela arrivera n’est pas de notre ressort, je n’ai aucune intention de forcer le destin et je m’accorde le luxe de cette insouciance d’un cœur léger.

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