L'Amour, l'accessoire de Fleur Breteau


« Comme un prêtre défroqué, j'ai vécu pendant six ans un sacerdoce non prémédité dans des boutiques qui vendaient des objets dédiés à l'épanouissement sexuel. Recueillant les confessions de milliers de personnes, les angoisses amoureuses, l'effroi de la solitude et l'intimité qui débloque, j'ai vite compris que nous avions en charge non seulement un commerce, mais aussi une mission d'utilité publique. »
Il ne faut pas chercher bien loin pour découvrir que le sex-shop, pardon, le lovestore dont parle Fleur Breteau dans son livre est le Passage du désir. Une boutique qui présente bien et qui, à mon avis, a autrement plus aidé à démocratiser les sex-toys que le très inefficace canard vibrant de Sonia Rykiel.

En six ans au sein de cette entreprise, l'auteur aura accompagné le développement de la marque depuis sa création jusqu'au jour où elle claqua la porte pour cause de grand ras-le-bol personnel et de lassitude. L'arrivée de la trilogie Cinquante nuances de Grey dans les librairies n'y étant pas étrangère. En six ans, elle aura tenté d'imposer sur le marché des produits chimiquement plus sains et de véhiculer un message d'épanouissement des corps et des esprits en solo ou en couples par le biais de la sexualité. Dotée d'un esprit initialement très ouvert qui ne fera que s'élargir après son entrée dans cet univers, elle reste malgré tout très pudique sur sa propre vie privée qui est pourtant évoquée à plusieurs reprises. De l'origine de cette ouverture d'esprit, on ne saura donc rien, mais l'histoire de l'arrière-grande-tante tenancière d'un bordel parisien amusera forcément un peu autant l'auteur que le lecteur. Les chiens ne font pas des chats, il semblerait...

À travers les nombreuses anecdotes retranscrites ici, c'est un peu de sociologie qui transparait entre les lignes, sans l'ambition d'une étude sérieuse bien sûr, mais avec le regard de quelqu'un qui, à la longue, a acquis une bonne connaissance de la psychologie des clients qui entrent dans son magasin. Et là où ça devient cocasse, c'est que parmi ces anecdotes, l'auteur révèle qu'elle n'aura pas hésité à conseiller une bouteille de vin, des vacances à deux ou un peu de délicatesse à la place de l'achat d'un sex-toy censé réparer une vie sexuelle bancale. Ce n'est peut-être pas bon pour les finances, mais niveau satisfaction générale, c'est sans doute plus efficace. C'est ce regard, cet engagement et cette volonté non dissimulée de faire avancer les choses en matière de sexualité qui font de L'Amour, accessoires un ouvrage instructif et très plaisant à lire. Cette visite de l'envers du décor du commerce des sex-toys vaut le détour.

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