Un regard sur l'humiliation

C'est de saison.

S'il y a une question que je ne m'étais jamais posée avant, c'est bien celle de la place de l'humiliation dans mes pratiques BDSM. Est-elle présente ? Est-elle ressentie ? Est-elle recherchée par moi et/ou par mes partenaires ? Et surtout que m'apporte-t-elle éventuellement ? Après une grosse tempête sous mon crâne pour creuser les définitions, les implications et tenter de comprendre, force est de constater que les réponses sont non, non, non et rien. Chou blanc donc, mais il en ressort quand même pas mal de réflexions personnelles sur le sujet que j'avais envie de coucher sur le papier.

Humilier : Faire apparaître quelqu'un (dans tel ou tel de ses aspects) comme inférieur, méprisable, par des paroles ou des actes qui sont interprétés comme abaissant sa dignité. (Définition CNRTL)
L’humiliation érotique est une pratique consensuelle de l'humiliation psychologique dans un contexte sexuel, durant laquelle une personne éprouve un plaisir érotique provenant de sentiments d'humiliation et de soumission. (Définition Wikipédia)
Transgresser : 1) Ne pas respecter une obligation, une loi, un ordre, des règles. 2) Aller au-delà d'une limite. (Définition CNRTL)

Déjà, il me faut préciser ma vision de l'humiliation au sens large. Dans quelques unes de ses formes les plus détestables, il s'agit du sport favori de ceux qui pratiquent le bizutage crasse. C'est aussi l'intention de ceux qui mettent en ligne des photos de femmes nues, qu'elles soient des actrices, des ex, des inconnues qui n'ont rien demandé dans le seul but de les traiter de tous les noms et de les rendre honteuses d'elles-mêmes. Entre autres. La liste est tellement longue. Dans l'humiliation, il y a une volonté de destruction et de rabaissement qui m'insupporte et je n'ai absolument aucun respect pour les cons qui se croient supérieurs et en droit de pourrir la vie des autres. Voilà, ça, c'est dit.

Je considère donc que s'il y a une volonté évidente de m'humilier, alors il s'agit de l'œuvre de quelqu'un de généralement malintentionné qui cherche à se mettre en valeur par contraste ou me remettre à ma supposée place. Mon estime de moi étant plutôt bonne dans son ensemble, je ne vois pas pourquoi elle devrait devenir la cible d'une quelconque agression et, au fil du temps, j'ai mis en place quelques mécanismes de défense contre les personnes qui voudraient me rabaisser volontairement, ou pas (ça arrive). En l'occurrence, soit je dis clairement le fond de ma pensée pour recadrer la personne (ou je garde au chaud pour régler ça en tête-à-tête plus tard), soit je laisse pisser car la personne m'est suffisamment étrangère pour que son opinion m'indiffère profondément et que ça n'ait pas d'impact sur moi. Je croise les doigts pour ne jamais avoir à trouver d'autres parades. Tout cela, c'est bien entendu dans le cadre de la vie quotidienne et j'imagine que nous devons être nombreux à penser pareil.

Sauf qu'il en va aussi de même dans mon BDSM. Plus je me recentre sur mes pratiques en faisant abstraction de celles des autres, plus je personnalise mes expériences en m'extrayant des "il faut" et des "tu dois" et plus je me ressens en rupture avec certains concepts intimement liés à la pratique du BDSM. L'humiliation, en particulier, m'est totalement étrangère, alors qu'elle semble être un levier assez couramment utilisé par les dom' pour faire progresser leur soumise dans leurs pratiques et/ou leur vision d'elle-même. Pour ma part, une volonté trop prononcée de m'humilier (c'est-à-dire que je ressentirais vraiment l'humiliation recherchée) serait interprétée comme une agression et aurait des conséquences négatives sur la relation. Je crois qu'on peut tout à fait parler ici de hard limit.

Pour l'anecdote, il y a quelques années, lors d'un rendez-vous avec un ancien dom', les étoiles étaient particulièrement mal alignées. Du retard d'un côté, un manque de patience de l'autre, un état d'esprit contre-productif au possible chez moi. Un jour sans. Ça arrive. Je l'ai déjà mentionné dans ce post, mais, vraiment, ce jour-là, j'ai supporté la douleur juste pour prouver à tout le monde dans la chambre que je pouvais la supporter. Il n'y a eu strictement aucun plaisir associé. Je peux être une vraie tête de mule parfois. L'accumulation de l'énervement larvé et de l'absence totale de volonté de lâcher prise a poussé ce dom' à faire ce qu'il m'avait fait miroiter une fois et que j'ai senti venir au moment même où il a ouvert la porte de la salle de bain. Traînée par les cheveux jusque dans la cabine de douche, j'ai eu droit à une alternance eau froide/eau chaude pour me forcer à craquer physiquement et mentalement. Entre deux tremblements dus au froid, j'ai fini par dire stop. Jetée sur le lit, il m'a recouvert le haut du corps d'une serviette, y compris la tête, et s'est éloigné. J'ai enfin lâché prise dans le chaud cocon de coton. J'ai sangloté pendant... 2 minutes (?) Peut-être moins. Guère plus. J'ai la sensation d'avoir repris pied très vite, trop vite à son goût. Cette expérience m'a fait réaliser que, psychologiquement, j'avais de bons réflexes, des automatismes. Ça m'a rassurée dans un sens. Lui était, semble-t-il, un peu plus déçu. Il aurait souhaité que le lâcher-prise associé aux larmes se prolonge pour que je fasse enfin le vide et que je me sente mieux. Et peut-être autre chose de non identifié. Mais l'aspect surprenant est venu d'ailleurs. En l'interrogeant pour les besoins de ce post, il m'a confié que c'était la seule fois où il avait eu la volonté de m'humilier. Je ne l'ai pas du tout vécu ainsi une seule seconde. Pour moi, il s'agissait d'une expérience parmi tant d'autres qui m'aident habituellement à me focaliser sur mon corps et mes sensations et court-circuitent mon cerveau. Je ne comprends toujours pas ce qui aurait dû être humiliant. Pas plus qu'une fessée, un crochet anal, des pompes à tétons, me faire traiter de pute ou de chienne durant une levrette, me balader en robe sans culotte avec un plug dans un lieu public, être trainée par les cheveux ou écartelée sur un lit. Inutile de préciser que tout ceci est réservé à des happy few qui se comptent sur le doigt d'une main, je suis encore capable de pudeur :)

Ça fait plus d'une semaine que je me remue les méninges sur le sujet et j'ai fini par réaliser que je ne m'étais jamais retrouvée dans une situation que je jugeais humiliante ; c'est le regard extérieur avec ses propres critères qui pourrait éventuellement la juger comme telle, qu'il s'agisse de l'initiateur ou du public éventuel. Je suppute que, comme j'ai un bon rapport avec mon corps, ma sexualité, mes envies et mes fantasmes, il est plus difficile de jouer sur un quelconque sentiment d'humiliation avec moi, notamment à travers la transgression. Grâce à ma consommation de porno (où j'ai l'habitude de ne pas censurer mon esprit), mes lectures et le temps, j'ai fait le tri entre les oui, non, peut-être et j'ai surtout admis que je pouvais librement fantasmer sur des pratiques que je n'ai pas envie ou que je ne suis pas en mesure de mettre en œuvre dans la réalité, notamment parce que mon corps et ma santé ont leurs limites et qu'il ne s'agit pas de limites qui peuvent être dépassées. Pour le reste, il n'y a que oui, peut-être, envies, motivation et mises en œuvre si les conditions optimales sont réunies. Tout ce qui compte à mes yeux et à ceux de mon partenaire dominant, c'est le plaisir que nous en retirons et l'état de bien-être qui suit. À partir du moment où je consens à me soumettre à mon partenaire, je n'ai pas de problèmes particuliers avec l'image que je vais lui renvoyer dans nos pratiques. Nous ne nous intéressons même plus aux histoires de limites à dépasser et du toujours plus dans la transgression. Les sensations, le plaisir, la plénitude et les shoots d'hormones nous suffisent. Je réalise d'ailleurs, en tapant ces mots, que l'humiliation appartient au domaine de l'intellect, car il faut être en mesure de garder un regard sur soi pour se sentir humilié, et décrocher dans un deuxième temps. Alors que je viens précisément de mettre l'accent sur toute une série de sensations purement physiques. Là est peut-être une piste...

Qu'en est-il des autres ? C'est en lisant ou écoutant les expériences que je mesure le plus les inégalités entre les gens à ce sujet. Ce qui peut paraître anodin pour certains sera le comble de l'humiliation pour d'autres. Il faudrait pouvoir creuser dans la psychologie des dominés pour établir des liens, mais j'imagine qu'intervient ici la déconnexion entre ce que l'on est, ce que l'on voudrait être et l'image que l'on donne à voir aux autres dans les moments de contrôle et les moments de lâcher-prise. J'ai lu çà et là que l'humiliation pouvait être utilisée pour s'apprivoiser soi-même ou apprivoiser ses "peurs". Il s'agit alors de cibler un physique mal assumé ou mal aimé ou d'amener sur le terrain de pratiques jugées comme trop transgressives par le/la dominé(e), mais pourtant désirées.

Pour jouer ainsi avec l'humiliation, il faut, à mon avis, deux choses distinctes. D'un côté, quelqu'un qui ait la volonté d'humilier dans un but précis (une perte de contrôle, le lâcher-prise, une progression, une reconnexion intérieure...) et de l'autre quelqu'un qui y soit réceptif. Au milieu, il s'effectue un transfert de pouvoir. Tu m'humilies parce que je le veux bien et que je te fais confiance pour que ça m'apporte quelque chose. Autant dire que dans le cadre de l'humiliation érotique, le choix du partenaire et le contexte y sont pour beaucoup, car le but est quand même de repartir avec des sensations positives. Si c'est pour rentrer chez soi en se sentant la dernière des merdes, avoir des idées noires et se détester profondément pour ce qu'on vient de faire ou de laisser faire, alors, pour moi, c'est une séance sacrément ratée ou qu'il y a un problème plus profond qui n'est pas du ressors du BDSM.




En complément, voici une longue liste repiquée à Wikipédia sur la page consacrée à l'humiliation érotique

Les aspects verbaux peuvent inclure :
  • Aspect cartoonesque d'un jeu de rôle sexuel entre le soumis masculin et sa maîtresse.
  • Rabaissement en tant que marchandise humaine (prostitué) ou animal (chien), humiliant ainsi l'individu, le forçant à manger de la nourriture pour les animaux et de boire dans une gamelle d'eau.
  • Rabaissement verbal, tel que « esclave », « gamin », « fillette », « jouet ».
  • Insultes et abus verbaux, tels que « gros », « moche », « stupide », « bon à rien ».
  • Références dégradantes, telles que « pute », « salope »…
  • Moquerie des parties du corps ou de l'état psychologique, comme le rabaissement verbal des seins, de l'apparence physique, des organes génitaux, du derrière ou de la façon de marcher, de se tenir.
  • Obtenir la permission des activités quotidiennes telles que dépenser son argent, aller aux toilettes ou manger.
  • Humiliation des seins « trop petits », durant laquelle le physique des seins est rabaissé.
  • Humiliation du pénis « trop petit », durant laquelle le physique du pénis est rabaissé.
  • Répétition forcée, durant laquelle le partenaire dominé est forcé de répéter les gestes que lui ordonne son partenaire dominant.
  • Flatterie forcée, durant laquelle le partenaire dominé est forcé de flatter tout ce que le partenaire dominant décide. Dans ce type d'humiliation, le dominé doit également flatter le physique et la personnalité du dominant.
  • Moquerie, dérision et ridiculisation.
  • Être traité comme un enfant.

Les aspects physiques et tangibles peuvent inclure :

  • Éjaculation faciale, pet, défécation, crachat, gifles ou ondinisme sur le corps du dominé, spécialement sur le visage.
  • Exécution des tâches ingrates ou abusives, telles que nettoyer le sol avec une brosse à dents.
  • Exécution fréquente de services sexuels passifs-agressifs pour le partenaire dominant, tels que le massage érotique, le cunnilingus, l'anulingus, ou la fellation.
  • Contrôle détaillé de tâches ingrates (micromanagement) à exécuter, directions précisées sur la manière de faire son travail ainsi que du comportement.
  • Des rituels spécifiques et d'affection à adopter. Cela inclut un comportement de servitude tel qu'allumer une cigarette, marcher à quatre pattes derrière le dominant, parler une fois l'ordre reçu, obéir et se prosterner devant le dominant lorsque les ordres sont donnés, manger les restes (parfois à même le sol), baisser la tête, ainsi que d'autres variétés de servitude telles que baiser/lécher les pieds, les bottes, l'anus, etc., du dominant pour exprimer la reconnaissance, l'obséquiosité, la honte, ou des émotions positives comme le bonheur ou l'excitation.
  • Liberté de circulation abolie. Cela inclut une suppression totale de liberté de quitter la salle dans laquelle le dominant est présent sans permission, et peut également être interdit de quitter la maison, ou la salle, en général durant le temps d'esclavage ou de servitude.
  • Punitions pour une variété d'« infractions » ou désobéissances, telles que l'ordre d'aller au coin, la flagellation, les coups de fouet, rations réduites ou exercices forcés.
  • Passer au statut inférieur, comme les animaux (chien ou cheval) ou les bébés/enfants en bas âge.
  • Donner la fessée, fouetter, punir et autres activités sadomasochistes telles que le « bondage des testicules et torture du pénis »
  • Prohibitions ou restrictions des vêtements, également en public. Un exemple commun pour les femmes est d'être mandatées sur ce qu'elles portent incluant les bikinis ou la lingerie. Pour les hommes, un sens de l'humiliation particulièrement puissant serait d'être forcé de se femelliser ou de se travestir. Les deux sexes peuvent s'attendre à être complètement nus, portant des objets décoratifs comme les colliers, menottes, etc.
  • L'utilisation de ceintures de chasteté ou autre accessoire restrictifs.
  • Porter des signes externes d'« appartenance », comme un collier.
  • Être assisté des membres de famille, d'amis ou d'étrangers pour assister au mauvais traitement du soumis (humiliation publique).
  • Objectification érotique, dans laquelle le partenaire soumis incarne le rôle d'un objet, tel un trépied.
  • Embarras.
  • Exhibitionnisme du partenaire masculin soumis par sa dominatrice.
  • Pénétration anale forcée du mâle dominé.
  • Cuckolding, incluant un troisième partenaire.
  • Demander la permission d'un orgasme pendant une relation sexuelle ou une masturbation.
  • Forcer le port d'un bâillon et/ou certaines restrictions du corps.
  • Domination financière, dans laquelle habituellement le partenaire soumis (ou « esclave monétaire ») offre des cadeaux ou de l'argent à son dominant. La relation peut également être accompagnée d'autres actes sadomasochistes, mais cela doit être fictif et non intime entre les individus.
  • Masturbation forcée d'une manière humiliante.
  • Les sensations d'humiliation sont habituelles chez les personnes attirées par la clystérophilie.

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