Folle semence


Des fois, il y a des questions qui me viennent à l'esprit à des moments saugrenus. Comme pendant le visionnage d'une énième scène de gang bang se terminant par le traditionnel remplissage d'une bouche par trois ou quatre mecs, si ce n'est plus. Là, par exemple, je me suis demandé combien d'hommes ont déjà eu la curiosité de goûter leur propre sperme. Non parce que, personnellement, je sais quel goût ont mes sécrétions vaginales et j'avoue que j'aime bien mon odeur intime en plus. J'ai bien sûr eu également l'occasion de croiser la trajectoire de quelques spermes au fil des années. Donc pourquoi les hommes ne s'intéresseraient-ils pas eux aussi à leur goût et à leur odeur ? Hein ?

Ce que vous savez sans doute, surtout si vous souffrez d'anosmie : sans odorat, pas vraiment de goût. 
Ce que vous ne pouvez pas savoir : je suis très sensible aux odeurs.

Là, normalement, tout le monde me voit venir. Le sujet du jour, c'est l'odeur et le goût du sperme. Pour tout dire, je suis comme un certain nombre de femmes, je trouve l'odeur du sperme particulièrement âcre. Il paraît qu'il y a un rapprochement à faire avec l'odeur de la javel ; j'avoue n'avoir jamais fait attention. Je trouve juste l'odeur âcre. Trop âcre. Ça a un impact direct sur ma perception de son goût et sur mon envie de l'avoir en bouche. Autant dire que je n'aurais jamais pu faire carrière dans le porno, surtout à l'heure actuelle où tout est très ritualisé.

Cette odeur, c'est une constante chez tous les partenaires dont j'ai eu l'occasion de sentir le sperme, à défaut de le goûter. Il faut dire que j'avale peu. Je crois même n'avoir avalé qu'avec trois partenaires dans l'ensemble. Avec certains, la question ne s'est pas posée, avec d'autres, ça aurait été de toute façon hors de question, pas assez d'intimité entre nous. Comme je ne suis pas une grande séminophage dans l'âme, je ne réclame jamais ma dose, mais il arrive parfois que ça se produise dans le feu de l'action, toujours parce que j'indique que je suis disposée à le faire, jamais parce qu'on me le demande. 

Sur les trois partenaires en question, l'un avait un goût tellement salé que ça m'a décapé la bouche. Je n'y suis jamais revenue. Pour les deux autres, je leur ai dit que leur goût était plutôt agréable, surtout en comparaison avec M. Salé, ce qui est vrai et ce qui, pendant un temps, m'a permis d'avaler assez régulièrement. Mais, il y a un mais. J'y reviens vite.

En parallèle, j'aime qu'on m'éjacule dessus, généralement sur le ventre, la poitrine, le dos ou les fesses, et de manière très occasionnelle sur le visage. C'est dans ces pratiques que la confrontation avec l'odeur se produit. Vient aussi se rajouter à cela l'aspect visqueux, grumeleux parfois, non homogène que je n'affectionne par particulièrement pour je ne sais trop quelle raison ; c'est ainsi. Odeur et texture suffisent donc à me faire grimacer intérieurement ; hors de question de lécher tout ça, même en me le demandant très gentiment. Mais tout ça me gêne néanmoins beaucoup moins quand ça se déroule à l'extérieur de mon corps (ou sur le corps de mon partenaire d'ailleurs) ; le plaisir partagé du moment court-circuite le froncement de nez assez facilement. Un mouchoir, une  douche, un mars et ça repart. Alors que lorsqu'il s'agit d'accueillir le produit de la jouissance dans ma bouche, les choses sont tout de suite moins simples pour moi. Il y a certainement des éléments communs avec l'expérience sur le dégoût de Rozin et Fallon qui, dans un premier temps, consiste simplement à demander à quelqu'un d'avaler sa salive, puis, dans un second temps, de cracher dans un verre et d'en avaler ensuite le contenu. Faites-le à la maison si vous avez deux minutes. Lors de la deuxième partie de l'expérience, il y a fort à parier que vous aurez un petit réflexe de dégoût et rechignerez sans doute de vider le verre. Pourtant, il s'agit toujours de votre salive, mais elle a eu un parcours hors de votre corps qui l'a rendue étrangère à vous. C'est pour ça que les baisers mouillés passent souvent mieux que le crachat dans la bouche de l'autre. Et c'est un peu ça avec le sperme dans la bouche en ce qui me concerne.  

L'éjaculation au moment où je pratique une fellation provoque généralement un haut-le-cœur réflexe que j'ai dû mal à réfréner. Même en anticipant, je n'arrive pas à faire abstraction de l'odeur et de la texture associées à une forme de dégoût bien ancré dans un coin de ma tête alors que, pour le contrer, j'ai justement pris l'habitude de fermer les écoutilles avec le nez pour canaliser l'odeur et de noyer ma bouche de salive pour diluer au maximum la texture du sperme. Ce qui me permet d'ailleurs de l'avaler plus facilement d'un coup. Cette astuce m'évite ainsi les deux choses que je n'aime pas. Ça me permet aussi de vraiment finir le travail et de ne pas en laisser une goutte tout en donnant un dernier coup de langue chaude sur le gland sensible de mon partenaire. Ce qui rend les choses plutôt agréables pour les deux participants finalement. 

Pourquoi avaler, me demanderez-vous, si c'est si désagréable que ça pour moi ? Encore une fois, parce que, parfois, le moment et/ou le plaisir de mon partenaire m'en donnent l'envie. Je ne m'étonne donc pas non plus d'avoir eu celle d'ouvrir ma bouche en grand et de sentir le jet atterrir sur ma langue. C'est toujours une question de moment et de personne.
Pourquoi alors ne pas recracher plutôt ? Parce que vous ne m'avez jamais vu essayer de recracher du vin lors d'une dégustation. C'est une boucherie sans nom dont je préfère épargner la vision à mon entourage.

Entre parenthèse et pour conclure, le truc auquel je ne m'attendais vraiment pas et que j'ai trouvé étonnamment hot, c'est lorsqu'un de mes partenaires m'a embrassée directement après que j'eus avalé. Une surprenante cerise sur le gâteau. Maintenant que j'y repense, je me demande s'il serait capable de snowballer avec moi sous le coup d'une pulsion partagée... Au fait, cette odeur âcre est due à la spermine, sécrétée par la prostate. Et ci-dessous, il s'agit de la photo d'un adorable petit spermophile, mais je crois qu'il ne suce pas :)

The Lilac Breasted Roller
CC BY 2.0

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Lu ailleurs #29


  • Parfum aux pieds de lycéenne : je crois que j'ai un gros faible pour « Essence de jeune fille dont le lait est pompé de force ». L'intitulé en tout cas.
  • La salope du lycée : interviewée par Anouk Perry, une salope du lycée raconte son parcours, son pourquoi, son comment. On en a tous connu et on les a tous jugées sans chercher à comprendre. 
  • J’ai testé la figuration dans un film porno féministe (et j’ai fait la rencontre d’Anoushka) (Pas moi bien sûr :) )
  • Un gay vous drague : que faites-vous ? Je découvre le Homosexual Panic Defense et ça me laisse sans voix. C'est vraiment une circonstance atténuante de merde qui ne fait pas avancer les mentalités. 
  • « Le polyamour, c’est oublier le couple et inventer ses propres valeurs d’amour » : interview de François Simpère dans Le Monde.
    La bienveillance manque à ceux qui ne savent pas et qui s’accrochent au couple monogame parce qu’il est rassurant, omniprésent, oppressant. Ce n’est pas de leur faute, tout est fait pour que l’on pense couple. Dans les magazines, on vous demande comment va votre couple, à la banque, on vous conseille de faire des projets en couple, dans les soirées, on vous demande pourquoi vous n’avez toujours pas trouvé « le bon », « la bonne ». Il faut rentrer dans la case. La société maintient la question dans la sphère privée pour ne pas remettre en cause l’organisation affective sociale et éviter que le modèle du couple éclate.
    Le modèle du couple monogame trace un « droit chemin », qui détermine ce qu’on peut ou ne peut pas faire. Or, décider de rester le plus libre possible équivaut à inventer ses repères tous les jours. Se poser des questions qui donnent le vertige : « Qu’est-ce que j’attends de la vie ? Qu’est-ce que je veux vraiment ? Est-ce que le modèle que l’on me propose me convient ? Et s’il ne me convient pas, qu’est-ce que je peux inventer ? » La liberté est une bataille de chaque instant, perçue comme bien plus perverse que le sexe, qui peut être récupéré comme un marché. La liberté d’avoir des relations avec qui on veut, sans se cacher, parce qu’on se sent bien, gratuitement, pose problème. Cette notion de gratuité affective est très mal admise dans notre société. 
  • La délicatesse des Gang Bangs : encore Anouk Perry que je découvre en ce moment. Ce n'est pas une pratique que j'ai envie de tester un jour, mon corps a ses limites, mais j'ai aimé l'approche et le ton de ces podcasts qui démystifient les choses. 
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Lost in Translation



J'ai déjà amplement parlé de mes pratiques BDSM sur ce blog, notamment de la question de la soumission. En 2015, j'entamais ma réflexion avec un cheminement vers la soumission qui faisait un premier état des lieux : pourquoi, comment, ce que je voulais et ce que je ne voulais pas maintenant que les choses s'étaient concrétisées. J'ai de toute évidence très vite rejeté cette forme de soumission qui consiste à appartenir à l'autre, à faire preuve d'une abnégation exemplaire et qui s'insinue dans chaque cellule du corps jusqu'à la dépendance du corps et de l'âme. Même par amour, je n'ai jamais tout donné, je n'ai jamais "fusionné" et j'ai toujours gardé précieusement ces espaces de temps qui n'appartiennent qu'à moi ; il n'y avait donc pas de raisons qu'il en soit autrement dans une relation D/s. Ce qui ne m'a jamais empêchée de jouer en respectant certains codes et clichés du genre, surtout au tout début. Je l'ai mentionné, j'ai une très bonne réceptivité au ton de la voix et à la main placée sur la nuque. J'ai écrit des comptes rendus pour répondre à certaines "exigences" de mon partenaire du moment. J'ai même utilisé le mot maître à une époque, puis je lui ai préféré "Monsieur" pendant un temps. Jusqu'à aujourd'hui, j'utilisais le terme "dominant", à défaut d'un autre plus approprié qui échappait encore à mon vocabulaire.

Puis, un jour, à force de buter sur des concepts qui ne me correspondaient pas, de me définir avec un terme qui me réduisait beaucoup trop et qui, surtout, impliquait certaines idées préconçues dans l'esprit des autres, j'ai fini par dire fuck et je me suis proclamée rebelle au protocole. Les moules, ça ne me réussit pas, je ne rentre jamais dedans, il y a toujours un gros bout qui dépasse. Il me fallait un contenant encore plus grand. Soumise, ça ne collait vraiment plus. J'aime me soumettre ponctuellement, mais je ne suis la chose de personne et je n'ai pas besoin qu'on me "guide" ou qu'on me "dresse". Il n'y a rien de plus efficace pour me faire grogner que d'utiliser un possessif en s'adressant à moi : MA petite chienne, MA putain, etc., alors que sans, ça me fera ronronner. Ce post sur le collier, qui pouvait prêter à confusion parce qu'il peut être interprété comme l'officialisation d'une relation D/s, est en fait une simple lettre d'amour à l'homme qui a compris ma notice d'utilisation. Ce que je lui ai offert ce jour-là, ce n'était pas ma servitude, mais l'optique de moments de partage encore plus forts et plus beaux à deux dans une relation fondamentalement égalitaire où tout est permis. Depuis, on fait souvent la sieste ensemble.

J'ai par ailleurs abordé mon rapport à la douleur et les lecteurs assidus auront aussi compris que j'aime les cordes. Ce sont mes deux piliers : la douleur et la contrainte. Plus récemment, j'ai réglé son compte à l'humiliation qui ne me parle pas du tout et qui, par conséquent, ne m'apporte rien puisque je ne la perçois pas comme telle. Étonnamment, c'est ce post qui m'a permis de faire un constat dont j'ai été la première surprise : pour quelqu'un qui aime réfléchir, penser, analyser, mes pratiques sont dorénavant essentiellement orientées vers le sensoriel. Le toucher au sens large en priorité ; l'ouïe avec l'emploi de mots crus simples ; la vue, surtout quand on m'en prive ; l'odorat et le parfum de mon partenaire, de la corde, du cuir ; mais assez peu le goût finalement. Par contre, rien qui ne demanderait une quelconque intellectualisation. Exit donc les idées d'obéissance, de punition et d'humiliation qui exigent d'être "présent" pour être appréciées et exploitées. Dans l'instant BDSM, ce que je recherche vraiment, c'est débrancher mon cerveau et me laisser déborder par tout ce que je ressens. J'ai conscience de la présence de l'autre, bien sûr, il sait se rappeler à moi. Il sait aussi se faire oublier dans les moments où je me renferme totalement sur les sensations qu'il me procure. Avec le temps, il a appris à être à l'écoute de mon corps et à jouir de mon abandon. Il n'est pas plus le dominant que je ne suis la soumise. Il est celui qui me procure ce dont j'ai besoin pour me sentir bien, qu'il s'agisse de douleur, de plaisir ou des deux combinés.

Et j'en arrive enfin à l'objet de ce post.

Je tournais autour du concept depuis un moment. C'est ce qui m'avait d'ailleurs amenée à ne plus me définir comme soumise, mais comme aimant me soumettre ; il y avait déjà un début de glissement. Et là, au détour d'une lecture sur un forum, une lumière s'est allumée. Pourtant je le connaissais ce mot, je l'avais croisé dans ce contexte et dans d'autres. Bottom. J'étais sur le cul. Tout bêtement. Bas, dessous, fond, siège, derrière. Ça, ce sont les traductions officielles les plus courantes. Bien sûr à celles-ci se rajoute l'acception gay déjà un peu plus sexuelle : "passif", par opposition au top "actif". Bref, celui qui pénètre et celui qui est pénétré. Ce couple top/bottom, on le croise aussi dans le BDSM anglophone. Le hic, c'est qu'en anglais, bottom et submissive sont souvent considérés comme interchangeables depuis quelques années et, par conséquent, la traduction française a mis tout le monde dans le même panier de "soumis". Mais, en creusant un peu, j'ai fini par comprendre que le terme bottom inclus en fait celui de submissive et qu'il a un sens bien plus englobant.

Le bottom est tout simplement le "receveur" dans le cadre des pratiques BDSM. Celui qui consent à subir l'acte négocié avec le top, le "donneur". Au sens large. Il peut aussi bien s'agir de se faire flageller les fesses, de se faire ligoter (rope-bottom) ou tout simplement de prêter son corps pour une démonstration (ce que j'ai d'ailleurs fait cette semaine lors d'un atelier shibari). Il est donc logique de dire que ce n'est pas parce qu'on pratique le BDSM en étant receveur que l'on devient de facto un soumis. Il faut pour cela induire une relation de hiérarchie indiscutable entre le maître/dominant et le soumis/esclave en plus. S'il y a autorité de l'un sur l'autre, alors la relation top/bottom se teinte de D/s ou M/e.

Mon contenant plus grand semble donc porter le nom de bottom et arriver à contenir la partie de moi qui a besoin de douleur, de contrainte et de plein d'autres petites choses. Deuxième effet Kiss Cool : sortir de ce cadre D/s qui m'encombrait plus qu'autre chose a libéré ma parole ; ce qui n'a pas été chose facile dans les faits. Ouste les postures ! Maintenant si j'ai envie d'être attachée et fouettée, je le demande et on s'organise, si les pinces me font trop mal au point de troubler le moment, il me suffit de le dire pour qu'elles soient retirées immédiatement, si j'ai envie d'un objet en moi, je n'ai qu'à l'indiquer, si je souhaite que mon top fasse comme bon lui semble, je me tais. Depuis, d'un simple basculement de mon corps nu sur les jambes de mon partenaire, je l'invite à me fesser sans prononcer un mot et j'obtiens cette chaude rougeur qui est devenue une marque de tendresse entre nous.

Cette absence de hiérarchie a sans doute également permis une inversion plus facile des rôles puisque ce même partenaire est bien loin d'être un soumis, mais il n'est pas contre me laisser prendre les rênes de temps à autre et s'abandonner à mes envies. Un seul mot d'ordre : du plaisir et rien que du plaisir, même s'il doit passer par une pointe de douleur. 
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