Lu ailleurs #36


  • Freud était-il homophobe ? Freud recourrait quand même un peu trop souvent à l'immaturité. En tout cas, ça fait un moment que l'ouvrage de Sarah Chiche me fait de l'œil. 
  • Bien choisir sa capote : Fini les excuses à la con pour ne pas en mettre. C'est court, très bien argumenté, et j'ai appris quelques petites choses, même si mon allergie au latex restreint forcément le choix pour mes partenaires. 
  • Journal d’une prostituée de campagne : Une vision rare et idyllique, très Grisédèlis Réal dans l'âme aussi.
  • La vie révolutionnaire de Grisélidis Réal, écrivaine péripatéticienne : Ses archives militantes sont désormais consultables par tous à Genève. 
  • #nouveauconcept (3/10) Le polyamour : Il y a comme une perplexité palpable chez la chroniqueuse, mais sa conclusion résume bien les choses.
    Les témoignages de polyamoureux le disent : en fait, même quand on dit les choses, tout reste compliqué et les problèmes restent les mêmes, entre attachement et lien, jalousie et libéralité, etc. Mais quand on est plusieurs, ça n’est pas deux fois plus compliqué, ça risque d’être encore plus compliqué, mais au moins le problème de l’amour, ainsi démultiplié, est sûrement mieux posé…
  • Que sont devenus les « experts en séduction » ? : Anouk Perry part sur le terrain des séducteurs et pose plein de questions qui la travaille. Malgré les beaux discours, il est toujours difficile de ne pas douter de la sincérité de leur démarche. 
  • Faudrait-il signer un contrat avant de faire l’amour ? : Agnès Giard montre, ouvrages à l'appui, pourquoi cette histoire de contrat est une vraie fausse bonne idée. 
  • J’Ouir : Je n'avais jamais eu la curiosité d'écouter les podcasts du Cabinet de curiosités féminines. C'est chose faite avec cet opus dédié à d'autres podcasts érotiques et pornographiques. C'est dans la lignée de ce dont parlait Claire Richard dans le dernier épisode des chemins du désir et Maia Mazaurette a également mis en avant Gone Wild Audio dans la foulée. J'ai tenté de tester. Un flop. Pour revenir à J'Ouir, je connaissais déjà Le verrou, je l'ai recommandé il y a quelques semaines ici-même. Je n'écoute pas tout religieusement, mais j'aime bien découvrir les classiques de la littérature érotique par ce biais. Par contre, je ne connaissais pas Voxxx, j'ai tenté de jouer le jeu avec celui sur la fessée, ce fut un échec total. J'en suis même arrivée à parler à la voix pour lui dire qu'elle était franchement bien gentille. J'ai arrêté avant la fin. Bref, l'audio, c'est comme les photos, c'est largement insuffisant pour secouer ma libido. 
  • Les clientes (du sexe) : Qui sont les femmes qui payent pour du sexe et pourquoi le font-elles ?  Je me suis fait la réflexion en cours de route qu'à partir du moment où il s'agit d'une femme qui paye pour les services d'un homme, cela semble moins douteux et condamnable que dans le cas inverse. Quand il s'agit d'un homme, il y a tout de suite un soupçon de violence et d'abus de pouvoir. On se rend mieux compte ainsi du rôle que la prostitution peut avoir dans une société. À noter que la dernière à témoigner, Ina, n'est autre que la youtubeuse Solange te parle qui a également relaté son expérience en vidéo il y a quelques mois. Elle soulève encore d'autres questions, notamment sur la difficulté des femmes à devenir actrice de leur sexualité.

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Toutes des salopes d'Adeline Anfray


J'étais assez dubitative au moment de la sortie de ce livre et en écoutant les quelques interventions de l'autrice çà et là. Il faut dire que je fais partie de celles et ceux qui ont pour ainsi dire La Salope éthique sur leur table de chevet. Je me suis déjà réapproprié le terme depuis un moment. En tout cas, dans les quelques usages qui ont vraiment une signification pour moi. J'y reviendrai plus bas. J'avais donc besoin de savoir comment cet essai, qui promettait de faire finalement la même chose, allait s'en détacher ou apporter des éléments nouveaux. Mon a priori était qu'il n'allait pas beaucoup révolutionner ma vie.

À l'origine de cet ouvrage, il y a les questionnements personnels d'Adeline Anfray au sujet du mot « salope » dont elle a été plusieurs fois gratifiée dans la rue par un certain nombre d'inconnus. Comme nous toutes, comme elle le fait justement remarquer. Pourtant, à chaque fois, les mêmes interrogations reviennent : Comment quelqu'un qui ne nous connait ni d'Ève ni d'Adam peut-il nous qualifier de « salope » ? Quel sens met-il derrière le mot ? Qui sont donc les salopes ? Que veut vraiment dire ce terme ? D'où vient-il ? Qui le dit et à qui ? Dans les autres langues, c'est comment ? Et surtout, comment faire pour se le réapproprier pour en faire un étendard ? D'ailleurs, est-ce une bonne idée ?

Pour étayer son propos, l'autrice liste un certain nombre de femmes qui, dans l'histoire et la fiction, pourraient être qualifiées de salopes à cause de leurs comportements hors-normes qui en ont fait des femmes plus libres que d'autres. L'insulte devient alors un moyen de le leur reprocher et de tenter de les faire rentrer dans le rang. Personnellement, il ne me serait jamais venu à l'idée de parler d'elles ainsi, qu'il s'agisse de Mata Hari, de Cléopâtre, des sorcières ou de Catherine Tramell. Plus curieux, je n'ai pas souvenir d'avoir entendu quiconque en parler ainsi. C'est un peu comme si Adeline Anfray avait été chercher des exemples pour servir sa définition de la salope, notamment en s'appuyant sur l'ouvrage d'Agnès Grossman.

Ce que j'ai trouvé le plus intéressant dans le livre, ce sont les constats du début, notamment sur la variété de significations que l'on met derrière le mot « salope ». Ça interroge vraiment le lecteur sur le ou les sens qu'il lui donne. J'ai bien sûr joué le jeu. Déjà, j'ai la sensation de ne pas beaucoup l'utiliser à l'encontre des autres femmes et, si ça m'arrive, il me semble que c'est pour qualifier un comportement pernicieux, volontairement malveillant et volontiers destructeur. Comme l'ex-femme d'un ami qui lui a fait les pires saloperies au moment de leur divorce. En aucun cas, je ne l'utilise comme une forme d'opprobre envers une liberté individuelle, qu'elle se manifeste par une vie sexuelle et/ou relationnelle libre ou à des comportements qui ne rentrent pas dans les petites cases de la bienséance. Je serais bien mal placée pour cela. J'utilise aussi le mot « salope » dans un contexte plus précis pour me qualifier moi-même. Mais je vais d'abord me permettre de citer un long passage.

[...] ni Marc, les deux Sébastien ou Jérôme n'admettent avoir utilisé le mot « salope » ailleurs que dans un lit avec leur partenaire... (Un jour, on m'expliquera comment il est possible qu'il y ait autant d'insultées et si peu d'insulteurs...) En effet, selon Stéphane Rose, « lâcher un "salope !" pendant la levrette, c'est une façon de dire "putain t'es trop bonne tu m'excites j'adore ton cul je te kiffe mais pourquoi je t'ai pas rencontrée plus tôt ah putain j'ai déjà envie de jouir bordel mais comment tu fais pour m'exciter autant ?", mais de façon plus concise. » Ces témoignages de garçons déclarant traiter les filles de salopes pendant l'amour sont intéressants, car même si l'on imagine que cette pratique se déroule dans le cadre d'un jeu consenti par les deux (ou plus) parties, aucune femme interrogée ne s'est exprimée là-dessus, à l'exception de Sarah. Elle raconte que la seule fois où un garçon s'est aventuré sur ce terrain avec elle, sans l'avoir consultée au préalable, elle n'a pas aimé et le lui a dit : « Est-ce que tu peux éviter de me traiter de salope ? Ça m'excite pas, au contraire. Je suis pas une salope, en plus. »

Quand j'ai alpagué la communauté sur les réseaux, à part quelques blagues graveleuses et hors de propos de garçons visiblement désœuvrés, je n'ai récolté que peu de commentaires féminins, qui ne vont pas vraiment dans le sens des déclarations rapportées plus haut : « Ça existe encore ??? » ou « Des femmes aiment se faire traiter de salope pendant l'acte ? Hallucinant ! » Seul un témoignage reçu dans ma boîte, et qui souhaite rester anonyme, éclaire un peu ma lanterne : « Je ne sais pas d'où ça vient, mais avec certains partenaires avec lesquels les relations étaient, disons, toniques, ça m'excitait de me faire traiter de salope. Ça allait avec chienne, chiennasse, pute et autres gentillesses du même ordre. Je ne suis pas sûre de rechercher ça aujourd'hui, mais je crois que c'était l'idée du sale, de la transgression, de sortir du rôle de gentille fille qui me plaisait. Ça rendait la chose plus intense et intéressante, loin du missionnaire à la papa du samedi mollement prodigué par certains ex. »

En me baladant sur Barbieturix.com, dédié à la culture lesbienne et féministe, je tombe sur un article « L'insulte au lit : tentatives d'interprétations » qui livre des témoignages ambivalents. Par exemple, celui de Lisa : « Concrètement, dit au bon moment, par la bonne personne (c'est-à-dire au moins quelqu'un que je connais assez pour me sentir en confiance et avec qui ça matche sur le plan sexuel, ça m'excite. Mais quand j'y pense, je me dis que c'est quand même terrible d'avoir un comportement qui ne colle pas avec mes idéaux. Me faire insulter, c'est pas vraiment mon idéal de relation respectueuse. Mais d'un autre côté, je m'ennuierais bien plus au lit si j'étais tout à fait en paix avec moi-même. » ou celui d'Émilie : « Je n'ai jamais trouvé les insultes sexuelles très excitantes. À 39 ans, je pense toujours que les insultes au lit, c'est surtout un script de mec ou de porno : bref, pour moi, ça reste un cliché. » ou encore celui d'Adélaïde : « Une fois, on m'a insultée et je n'avais plus envie, alors que quand je me touche, ça ne me dérange pas d'imaginer une personne qui m'insulte. » Là aussi, il est intéressant de noter que les seuls témoignages que je trouve sur le sujet soient ceux de femmes homosexuelles. (p. 44 à 46.)
Tant de choses à dire sur ces trois paragraphes. Déjà, je ne sais pas comment l'autrice a réussi à ne pas trouver de témoignages féminins pour parler du fait d'aimer se faire traiter de salope au lit par un homme. Elle a bossé pour Dorcel et Wyylde et elle ne trouve personne. Je n'ai pas eu à chercher bien loin pour en trouver plusieurs, en commençant par moi-même. J'ai quand même ma petite théorie sur la question et elle est en quelque sorte validée par les remarques suivantes : « "Ça existe encore ???" ou "Des femmes aiment se faire traiter de salope pendant l'acte ? Hallucinant !" » Ce que je trouve hallucinant quant à moi, c'est le jugement porté par des femmes sur le fait que d'autres femmes aiment réellement se faire traiter de salope pendant l'acte, alors qu'il s'agit justement d'un livre sur la réappropriation du terme par les femmes libres de faire ce qu'elles veulent, notamment avec leurs fesses. C'est plutôt cocasse. Je me sentirais presque insultée, mais en fait, c'est comme dans la rue, je m'en fiche. Ce que je comprends, là, surtout, et qui m'inquiète bien plus, c'est que si les femmes ne font pas un vrai travail de réflexion et plient une fois de plus sous le poids des pressions extérieures, elles vont arriver à censurer leur propre sexualité pour ne pas être accusées de faire le jeu d'un patriarcat qui ne cherche qu'à les remettre à leur place. Trouver "hallucinant" que l'on puisse aimer se faire insulter au lit, c'est un peu comme ne voir dans la pénétration, la fellation, la levrette, la sodomie voire le BDSM, que des actes de domination de l'homme sur la femme. Alors que ce serait quand même se priver de belles et bonnes choses.

Quand je remonte le temps sur mon blog, je retombe facilement sur plusieurs articles et écrits dans lesquels j'utilise ce terme de « salope » pour me qualifier soit directement, soit en le plaçant dans la bouche d'un amant. Je n'avais jamais cherché à analyser particulièrement ce qu'il se passait dans ma tête, tout ce que je savais, c'est que, dit au bon moment par la bonne personne, c'est un booster d'excitation et de lâcher-prise pour les deux (ou plus). Dit à la légère, je confirme que l'effet est inverse et que ça a la fâcheuse tendance à me ramener à la surface. Dit au bon moment, par contre, il vient souligner l'intensité de l'abandon dans l'instant cul. Quand on me dit que j'ai mon regard de salope ou que l'on me traite de salope, c'est parce que je ne suis plus qu'un être de désir et de sexe et que ça transpire par tous mes pores. Son utilisation correcte demande une grande intimité qui ne s'établit pas du jour au lendemain avec moi, mais il n'a rien d'insultant dans ce contexte, alors pourquoi devrais-je y renoncer ?

Ce que résume finalement très bien l'extrait suivant :
Quand on demande à Stéphane Rose si les femmes, et plus précisément les Françaises peuvent se réapproprier le terme « salope », et comment, il répond que « certaines le font. J'en ai connu plusieurs. Et la leçon que j'en tire, c'est qu'elles ne se posent justement pas la question de savoir si elles peuvent ou doivent se réapproprier le mot : elles le font, parce que c'est dans leur nature, leur tempérament, leur façon de vivre la séduction et la sexualité. Après, je crois que ces femmes portent un nom, d'ailleurs elles le revendiquent parfois : ce sont des "féministes pro-sexe", qui doivent essuyer non seulement les "salopes" des hommes qui ne peuvent pas les péchos, mais aussi la désapprobation des féministes puritaines qui voient le diable et l'asservissement sexiste au premier poil de couilles. » (p. 133.)
Tout est dit. Je ne me suis d'ailleurs jamais cachée d'être féministe pro-sexe, c'est même cette ligne de pensée qui sous-tend mon blog.

Je pourrais en rester là, mais il y a un autre petit point qui me chiffonne dans cette histoire de définitions et de réappropriation. Adeline Anfray ne pouvait pas ne pas mentionner La Salope éthique (The Ethical Slut), même si elle passe un peu à côté de l'importance du « éthique » qui n'est pas rajouté juste pour faire passer la pilule du « salope », mais bien pour indiquer qu'il s'agit d'une liberté s'accompagnant de responsabilités et d'un travail de réflexion. Être libre ne veut certainement pas dire faire tout et n'importe quoi juste parce qu'on le peut ou qu'on le décrète. Je tiens d'autant plus à ce « éthique » qu'il me différencie de la salope telle que la conçoit l'autrice. En effet, la langue française manque de nuances sur ce point et Anfray y voit plus une « bitch » qu'une « slut ». Or, « bitch » ne représente strictement rien pour moi. Ce mot est un peu l'équivalent à mes yeux de « princesse » que les femmes aiment parfois arborer fièrement sur leur t-shirt. Ni « bitch » ni « princesse » ne font écho. Mes amies et moi-même ne nous qualifions pas de « band of bitches ». Il est encore plus difficile alors de se réapproprier ce salope = bitch.

En passant, il serait bon d'arrêter de penser que les USA sont la panacée et avant-gardistes en tout. Histoire différente, culture différence, brassage de populations différent. Non, tout ce qui nous vient des USA n'est pas bon à prendre sans se poser de questions. Surtout en ces temps de retour en arrière sur le droit à l'IVG. La France a suffisamment de bagages intellectuels pour lui permettre de penser ses problématiques par elle-même.

Il est en tout cas assez marrant et ironique de constater que la personne avec laquelle je suis la plus en phase dans cet ouvrage, c'est Stéphane Rose (un homme, donc) qui donne la définition qui colle le mieux avec ce que je pense, dis et vis. Il me servira donc de conclusion.
Pour Stéphane Rose : « Une salope est une femme qui assume sa sexualité, tout simplement, sans se soucier de ce qui et bienséant ou non pour une femme. Et ça peut prendre mille et une formes : une femme qui se masturbe, une femme qui regarde du porno, une femme qui n'a pas peur d'expérimenter ses fantasmes, une femme qui se tape une autre femme, ou deux mecs en même temps, une femme qui écrit de la littérature érotique, tourne du porno, une femme qui assume aimer le sexe sans amour, une femme qui ne veut pas d'un mec à la maison qui lui demande à quelle heure on bouffe, une femme qui ne veut pas d'enfant, pas de mari et préfère une sexualité récréative à une sexualité procréative... Ou alors une femme romantique, amoureuse, traditionnelle, maman, qui assume librement sa sexualité dans les bras de l'homme qu'elle aime sans rien lui cacher de peur de l'offusquer, bref une femme qui a appris à se connaitre, assumer et affirmer ce qui lui convient et lui fait du bien. » (p. 138.)



Note 1 : Ce n'est pas la première fois que je fais ce constat, mais La Musardine pourrait investir un peu plus de temps et de budget dans la correction de ses ouvrages. Pour ce qui est du choix très politique de l'écriture inclusive à base de point médian, là aussi, un correcteur aurait pu éviter une ou deux aberrations.

Note 2 : Parce qu'il n'y a pas que Beyonce dans la vie.
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Prendre corps de Ghérasim Luca



Je te flore
tu me faune

Je te peau
je te porte
et te fenêtre
tu m'os
tu m'océan
tu m'audace
tu me météorite

Je te clef d'or
je t'extraordinaire
tu me paroxysme

Tu me paroxysme
et me paradoxe
je te clavecin
tu me silencieusement
tu me miroir
je te montre

Tu me mirage
tu m'oasis
tu m'oiseau
tu m'insecte
tu me cataracte

Je te lune
tu me nuage
tu me marée haute
Je te transparente
tu me pénombre
tu me translucide
tu me château vide
et me labyrinthe
Tu me parallaxe
et me parabole

tu me debout
et couché
tu m'oblique

Je t'équinoxe
je te poète
tu me danse
je te particulier
tu me perpendiculaire
et soupente

Tu me visible
tu me silhouette
tu m'infiniment
tu m'indivisible
tu m'ironie

Je te fragile
je t'ardente
je te phonétiquement
tu me hiéroglyphe

Tu m'espace
tu me cascade
je te cascade
à mon tour mais toi

tu me fluide
tu m'étoile filante

tu me volcanique

nous nous pulvérisable

Nous nous scandaleusement
jour et nuit
nous nous aujourd'hui même
tu me tangente
je te concentrique

Tu me soluble
tu m'insoluble
tu m'asphyxiant
et me libératrice
tu me pulsatrice

Tu me vertige
tu m'extase
tu me passionnément
tu m'absolu
je t'absente
tu m'absurde

Je te narine je te chevelure
je te hanche
tu me hantes
je te poitrine
je buste ta poitrine puis te visage
je te corsage
tu m'odeur tu me vertige
tu glisses
je te cuisse je te caresse
je te frissonne
tu m'enjambes
tu m'insuportable
je t'amazone
je te gorge je te ventre
je te jupe
je te jarretelle je te bas je te Bach
oui je te Bach pour clavecin sein et flûte

je te tremblante
tu me séduis tu m'absorbes
je te dispute
je te risque je te grimpe
tu me frôles
je te nage
mais toi tu me tourbillonnes
tu m'effleures tu me cernes
tu me chair cuir peau et morsure
tu me slip noir
tu me ballerines rouges
et quand tu ne haut-talon pas mes sens
tu les crocodiles
tu les phoques tu les fascines
tu me couvres
je te découvre je t'invente
parfois tu te livres

tu me lèvres humides
je te délivre je te délire
tu me délires et passionnes
je t'épaule je te vertèbre je te cheville
je te cils et pupilles
et si je n'omoplate pas avant mes poumons
même à distance tu m'aisselles
je te respire
jour et nuit je te respire
je te bouche
je te palais je te dents je te griffe
je te vulve je te paupières
je te haleine
je t'aine
je te sang je te cou
je te mollets je te certitude
je te joues et te veines
je te mains
je te sueur
je te langue
je te nuque
je te navigue
je t'ombre je te corps et te fantôme
je te rétine dans mon souffle
tu t'iris

je t'écris
tu me penses



"Prendre corps" dans Paralipomènes de Ghérasim Luca
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